Aux abris! Les TBI sont parmi nous!

Il y a actuellement un débat sur l’utilisation du TBI (tableau blanc interactif) dans les écoles du Québec. Ce débat est nécessaire, mais il se limite pour l’instant à POUR ou CONTRE le TBI. Le réseau du RÉCIT est-il en train de manquer le tableau?

Je tiens d’abord à dire que sous ma photo d’employer du mois RÉCIT, il est inscrit « animateur du RÉCIT » et non « vendeur de TBI ». Dans le contexte, difficile d'écrire un article favorable à une réflexion sur le TBI sans avoir l'étiquette de vendeur. De plus, n'étant pas blogueur, je tiens aussi à souligner que j'ai pris connaissance de la question de Mario Asselin qu'après avoir rédigé ce billet. Puisqu'il est question d'interactivité, mon intervention est donc plus une action, qu'une réaction. Enfin, je ne fais partie du comité qui a travaillé sur le site http://tbi.recit.qc.ca.. Bref, je suis le petit nouveau dans le débat.

L’origine
Par déformation professionnelle, je suis du domaine de l’univers social, voici d’abord la petite histoire du TBI. Le témoignage anonyme de SQ :

«J’en ai un dans mon bureau. Je l’ai utilisé la première fois lorsqu’il est sorti de sa boîte il y a 10 ans… la deuxième fois c’était il y a environ 6 mois je crois… un jeudi ou peut-être un mardi, je ne sais plus. Maintenant, je l’utilise régulièrement pour des séances de tempêtes d’idées mémorables avec mes collègues. Le TBI est maintenant mon ami.»

Ce que je viens de décrire SQ résume un peu l’histoire du TBI au Québec. Pendant longtemps, le Québec a été le village d’irréductibles Gaulois qui ont résisté aux attaques incessantes de l’Empire TBI. Les premiers TBI ont effectivement fait leur entrée dans les écoles il y a au moins 10 ans, mais sans grand succès. Cependant, depuis 2 ans… c’est l’explosion. Charles Tisseyre, journaliste à l’émission Découverte, dirait à ce moment précis : « Que s’est-il passé? C’est fascinant… Voyons le TBI, dans son environnement sauvage… »

L’équation
Bien que je ne sois pas du domaine de la mathématique, de la Science et de la technologie, je me permets l’équation suivante pour expliquer cet engouement soudain pour le TBI :

TBI = MC2

C’est-à-dire, que l’engouement pour le TBI est égal à (M) Mesure TIC d’achat de matériel, additionnée à un retour du balancier du combat titanesque des (C) Compétences vs (2) Connaissances.

Dans cet univers d’électrons libres, il faut aussi dire que nous vivons dans un monde capitaliste où des compagnies veulent notre bien (et l’obtiendront) en vendant des TBI et que des directions d’école et de services informatiques sont séduites par le produit pour différentes raisons (fondées ou pas). Ajoutons ensuite l’élément (P) Parent et l’équation ((é+m)/R) élève + motivation, divisé par le métal lourd (Ré) Réussite éducative. Ce qui donne l’équation complexe suivante :

TBI = MC2
P+(é+m)/Ré

Dans cette équation, il manque certainement l’élément (E) Enseignant… C’est l’électron libre qui ne fait pas partie de l’équation puisqu’il est toujours le dernier consulté.

Le débat
Bon, tant qu’à prendre le job et le domaine des autres, je comparerais le débat actuel sur le TBI à une partie de football. Les adversaires du TBI ont le ballon et sont à la ligne des buts. Les pros TBI sont sur la défensive, et ce, malgré une masse salariale très importante… le touché est imminent. Bon OK, mon analogie sportive n’est pas très efficace.

Les Arts peut-être? Ça me rappelle l’œuvre de Malevitch, un tableau tout blanc. Une œuvre très critiquée, à l'origine d'un grand débat, mais révolutionnaire à l’époque! En fait, il s’agit d’un carré blanc sur fond blanc. Pensez-y, grâce au TBI, nous pouvons maintenant apprécier un tableau blanc représentant un carré blanc sur fond blanc projeté sur un tableau blanc…. Révolutionnaire!

Ou imaginer le pire cauchemar de l’écrivain… souffrir de la page blanche… seul devant un tableau… blanc… immense… Vous voyez maintenant l’enseignant devant ce tableau blanc? Souffre-t-il du syndrome de la page blanche?

En fait, je n’ai jamais aimé les analogies, elles sont incapables de rendre compte d’une réalité toujours complexe. C'est simplement un façon plus subtile de lancer un appel à mes collègues nationaux. Mais, le meilleur moyen de présenter clairement le débat est certainement d'utiliser la seule vraie science… La méthode historique!

Les faits
En historien que je suis (même ici, dans mon domaine, je suis un imposteur), voici les faits :

Fait 1 : Il y a une importante augmentation des achats de TBI dans les commissions scolaires du Québec.

Fait 2 : Les personnes ressources du RÉCIT reçoivent de plus en plus de demandes de formation sur le TBI.

Fait 3 : Il y a eu 115 inscriptions dans les ateliers portant sur le TBI lors de la dernière rencontre nationale du RÉCIT.

Fait 4 : Le mandat du RÉCIT indique que nous devons former les enseignants à « utiliser efficacement les TIC à des fins d’enseignement et d’apprentissage dans les différentes disciplines ; »

Fait 5 : À ce jour, la valeur pédagogique du TBI reste à démontrer.

Fait 6 : À ce jour, le TBI est largement utilisé comme un outil d’enseignement.

Que faire?
Le RÉCIT doit accompagner les enseignants dans leur appropriation de cet outil TIC. Il ne s’agit pas d’un outil technologique révolutionnaire. À première vue, il renforce le modèle de l’enseignement, mais en travaillant une seule journée avec plusieurs RÉCIT locaux, j’ai cru voir la possibilité d’en faire un outil d’apprentissage… je me trompe peut-être, il faut voir avec les RÉCIT locaux présents. Tout le monde a sa petite idée sur le TBI. Il est temps que le réseau se penche sérieusement sur la question. C'est ce besoin d'échanger qui est à l'origine de ce billet.

Je suis donc TOUT À FAIT D’ACCORD que la valeur pédagogique du TBI reste à être démontrée. Honnêtement, le TBI est incapable d’un grand effort pédagogique. C’est un objet inanimé. Il a certainement besoin d’un enseignant. Mais l’enseignant seul avec un TBI n’est pas d’une grande valeur pédagogique, il faut aussi une classe remplie d’élèves.

PS : À toutes les compagnies qui se serviront de ce billet pour vendre des TBI, je veux mon pourcentage. Envoyer le chèque à

Steve Quirion
RÉCIT national de l’univers social
8205 Fonteneau, Anjou, Québec, H1K 4E1
steve-quirion@cspi.qc.ca

Vive l’argent.

Suite de ce billet : Pour une réflexion sur le TBI 2.0