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Article complet: Le faux débat des cotes et des notes

3 Sep 2005
Le faux débat des cotes et des notes
Par Louis Longchamps • 876 mots • dans Bloguons

Avertissement: ce texte pourrait choquer certains lecteurs, l'auteur tenait à vous en avertir.

En ouvrant mon ordi en fin de journée vendredi, j'ai pris connaissance d'un message de sur la liste du RÉCIT. L'année scolaire vient tout juste de commencer et déjà le bulletin scolaire a sorti sa laide tête de son terrier. Voici le message en question:

J'aimerais savoir si vous avez eu connaissance d'un document sur les avantages et les désavantages de la note versus la cote dans le bulletin de l'élève (...)

Je suis certain qu'il existe, quelque part, un ou des documents sur la question. Mais, avons nous besoin de documents pour que le gros bon sens fasse son chemin dans ce dossier?

Je crois que le débat sur les notes et les cotes est un faux débat en ce moment au Québec. La note cache beaucoup plus qu'elle ne dit. Est-ce que la cote et sa légende sont vraiment plus parlantes? Je suis loin d'être convaincu et je vais réfléchir à clavier déployé (contraire de voix haute pour un blogue) en espérant que vous vous joindrez à cette grande réflexion.

Dans un premier temps, on peut poser une simple question: à quoi devrait servir le bulletin?

Selon le régime pédagogique, le bulletin devrait faire état des apprentissages de l'élève. Quand on regarde la note, est-ce que cette dernière répond à ce mandat? Est-ce qu'un 75% ou un B, vous dit quelque chose en terme d'apprentissage? Non! Je répète, le mot important ici est apprentissage. La note ou la cote ne nous donne pas un portrait détaillé et clair des apprentissages des élèves.

La note nous donne certains détails. Elle peut nous dire rapidement si ca va bien ou mal. Avec l'aide de la moyenne, elle peut nous dire où se situe l'élève. Mais on ne sait pas grand chose sur le groupe. L'écart type peut nous aider en ce sens, mais on s'éloigne des apprentissages. On ne sait pas de quoi la note est composée. Elle peut être le résultat d'un calcul mathématique complexe ou d'un simple examen à la fin de l'étape. Nous n'en savons rien. Une note peut être le résultat d'un jugement professionnel, mais en ce moment cette tendance est peu répandue au Québec, voir inexistante.

La cote peut-elle nous en dire plus? Elle aussi peut dire, pour une compétence donnée, si ca va bien ou mal. Mais, la cote est étroitement liée à sa légende. C'est elle qui va donner du sens à la cote. Donc, en suivant cette logique, la cote est un peu plus parlante. Elle va nous dire où se situe l'élève dans le développement d'un compétence précise. C'est à ce moment que cela se complique pour les parents. Puisque les compétences se développent pendant toute un vie, comment peut-on expliquer, à l'aide d'une cote seulement, à quel niveau de compétence est rendu un élève à un moment précis. La cote ne dit pas non plus à quel endroit se situe un élève par rapport au reste de son groupe. Il faut mettre en place un autre dispositif pour donner ces renseignements aux élèves et aux parents.

Est-ce que la cote est garante d'un jugement professionnel de l'enseignant? Non pas vraiment! Un enseignant qui suit le processus d'évaluation a plus de chance de nous donner une cote (ou même une note à la limite) issu d'un jugement professionnel. Mais encore ici, ca n'est pas une garantie (5 ans ou 100000 km)... Certains enseignants se torturent en utilisant un système de conversion. On compile une note que l'on transforme en cote qui ne veut absolument rien dire lorsqu'elle est liée à une légende.

Pour qu'une cote dise quelque chose, elle doit être le résultat (sic) d'un processus d'évaluation rigoureux. Elle doit être le jugement professionnel de l'enseignant en lien avec un standard stricte, connu de tous: enseignant, élève, parents, école, commission scolaire et MEQ.

Nous sommes loins de cela en ce moment. Pour l'évaluation soit vraiment au service de l'apprentissage, nous allons devoir élargir le cadre du bulletin. L'information doit circuler plus librement entre l'élève, l'enseignant et les parents. Pour ce faire on ne doit pas se fier uniquement aux bulletins pour donner de l'information sur l'état de l'apprentissage des élèves. A la limite, le bulletin scolaire devrait être la confirmation de ce que l'élève et les parents savent déjà.

J'entends déjà vos questions...Comment allons nous faire cela? On doit voir l'évaluation comme un moment privilégié pour faire prendre conscience à l'élève des apprentissages faits ou non faits. Que l'élève reçoive cette information à l'école est une chose, mais les parents ont le droit de savoir ce qui se passe à l'école aussi.

Grant Wiggins suggère trois éléments à respecter pour une communication efficace entre l'enseignant, l'élève et les parents.

1) Un standart permettant à l'élève de se situer

2) Une compréhension uniforme de la cote ou de la note. C'est-à-dire comprendre ce que ca veut dire ou de quoi la note ou la cote est composée.

3) Un jugement doit être appuyé par des traces.

Je pense qu'il y a dans ces lignes matière à réflexion. Je ne sais pas si j'ai aidé la personne dans ce qu'elle cherchait, mais ca m'a permis de mettre sur le blogue du RECIT une réflexion que j'avais en tête depuis les vacances estivales.

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Commentaires, Trackbacks:

Commentaire de: Martin [Visiteur] · http://recit.org/index.php/fabulations
Belle réflexion!

Je vais certainement prendre du recul suite à la lecture de ton texte.

Mais, permet moi ce petit commentaire "à chaud": Dans le cadre de référence d'évaluation des apprentissages au primaire, il est dit que l'élève doit devenir autonome et responsable dans l'évaluation de ses apprentissages. J'ose espéré qu'il en sera de même dans le cadre du secondaire. Donc, les nouveaux outils de communications devront donc tenir compte des propos de l'élève sur son propre cheminement. Dans ce cas, le bulletin n'est plus adéquat pour communiquer. Il faudra alors annexer d'autres outils de communication au bulletin (le portfolio par exemple!) pour tenir compte du "regard" de l'élève.

Ce que je veux dire, c'est qu'il faut arrêter de croire qu'il faut présenter le bulletin "à la sauce du jour". Il n'est qu'un outil de communication parmi tant d'autres. Il n'y a pas qu'à la fin des étapes qu'il faut communiquer avec les parents et l'élève!

En conclusion, avant de parler de bulletin, parlons donc d'apprentissage et d'évaluation des apprentissages. Professionnellement parlant, notre rapport à l'outil ne pourra qu'évoluer!
PermalinkPermalien 03/09/05 @ 15:16
Trackback de: Carnet :: PL en toute liberté! [Visiteur]
Note ou cote?
Ouf! Grosse question/patate chaude que Louis nous amène. Je crois donc que je vais réactiver ma section sur l'évaluation ;o)


D'abord je dois dire que lors de ma première lecture je me suis senti un peu mal à l'aise pour la personne qui a posé la...
PermalinkPermalien 04/09/05 @ 10:34
Commentaire de: Stéphane Allaire (Ytsejamer) [Visiteur] · http://carnets.ixmedia.com/stephane
«Puisque les compétences se développent pendant toute une vie, comment peut-on expliquer, à l'aide d'une cote seulement, à quel niveau de compétence est rendu un élève à un moment précis.»

J'ai toujours pensé que les notes que j'obtenais indiquaient ce que j'avais appris par rapport à ce qui est jugé nécessaire de savoir par un élève de mon age. Évidemment, il y a une part d'arbitraire dans cette détermination, mais c'est l'interprétation que j'ai eue des résultats qu'on m'a attribués, lettrés ou chiffrés.

Dans la mesure où, effectivement, les compétences peuvent s'améliorer tout au long de la vie, je vois difficilement quel autre référent nous pouvons avoir (les attentes pour un niveau donné) en situation d'évaluation puisque les compétences d'un domaine ne sont pas figées non plus. On pourrait aussi évaluer les compétences par rapport à ce qui est connu du domaine à un moment donné, mais ce serait sans doute une autre paire de manches pour les concepteurs de programmes de formation...

Quant à l'idée de mieux faire circuler l'info, j'aime bien et le portfolio [numérique] me semble un outil tout désigné.

PS: Serait-il possible d'agrandir l'espace pour les commentaires sur ce blogue?
PermalinkPermalien 04/09/05 @ 13:25
Commentaire de: Martin Bellemare [Visiteur]
Quelle belle discussion que de parler d'évaluation!

L'important, lorsque l'on pose un jugement en vue de mettre une note ou une cote au bulletin est de porter ce jugement sur le développement de compétence et non sur ce qui a été appris ou non. Ça semble évident et pourtant...

Comme le disait Louise Lafortune (UQTR), on peut noter ou coter une compétence. On peut défendre une note de 75% d'atteinte d'un niveau de compétence comme on peut défendre un B (répond de façon satisfaisante) à cette même compétence. Il faut avoir des critères d'évaluation précis, des traces et des observations pertinentes à l'évaluation d'une compétence. Le Programme de formation nous donne des outils (critères d'évaluation, attentes de fin de cycle) pour justifier la cote ou la note que l'on donne à l'élève.

Un débat intéressant serait de savoir quel type d'évaluation est plus pertinent: par objectif ou par compétence. De plus, il faudrait s'entendre pour savoir si l'élève apprend mieux en étant évalué sur l'un ou l'autre.

Puisque la réforme arrive au secondaire, le débat sur l'évaluation des compétence va commencer et puisque c'est un sujet qui passionne parce qu'il fait appel à la subjectivité et aux valeurs personnels, on a pas fini d'en parler!!
PermalinkPermalien 06/09/05 @ 15:15
Commentaire de: Marie-Hélène [Visiteur]
C'est tout un débat, qui a lieu, dans plusieurs CS je crois. On se questionne, on tente de se positionner, on veut informer et outiller les enseignants avec qui on travaille, mais ce n'est pas une tâche facile... Je crois qu’il est important de:
planifier son enseignement en fonction du programme de formation, bien cibler les critères d’évaluation dans chaque situation, garder des traces de notre évaluation (pour l’enseignant), garder des traces des apprentissages par le biais du portfolio (format papier ou numérique).

Sur les travaux en cours…
 Ne jamais inscrire de cotes
 Privilégier les commentaires, en lien avec les critères d’évaluation
 Inscrire les forces et défis de l’élève

Une cote serait inscrite lors de l’appréciation de l’ensemble des travaux et du cheminement qui aura été fait par l’élève au cours de l’étape ou de l’année.

Quant à la façon d’indiquer une cote à chaque étape :

Les 1, 2,3 et 4 ont toute leur signifiance lorsqu’elles sont accompagnées du portfolio
Un élève qui aurait plus de difficultés et pour lequel on jugerait de sa progression pourrait avoir des cotes 2 en cours de cycle et se retrouver avec des cotes 4 à la fin du cycle lorsque l’on doit trancher en fonction des attentes de fin de cycle. Si le parcours de cycle a été accompagné de rencontres avec les parents, de traces laissées au portfoflio, de commentaires signifiants, il n’y a pas de problèmes à ce que cela soit fait de cette façon.
PermalinkPermalien 13/09/05 @ 14:11

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