Blogue du RECIT

[Blogue d'équipe - Opinions personnelles]

Article complet: Un retour sur les droits d'auteur et l'Internet

27 Sep 2005
Un retour sur les droits d'auteur et l'Internet
Par Pierre Lachance • 600 mots • dans Réflexions

Voici quelques éléments qui précisent la position du Québec dans ce dossier. Un message de Mme Danielle Lemay qui fait suite à ce billet.

Dans un communiqué émis par le CMEC, les ministres de l'Éducation du Canada, sauf le Québec, écrivent que la loi fédérale sur le droit d'auteur va priver les élèves d'un accès à Internet.

Cela mérite explication, comme le mentionne le spécialiste de ces questions au MELS, M. Jacques Laurendeau. La position des autres provinces est à l'effet que les milieux éducatifs devraient pouvoir utiliser ce qui est accessible "gratuitement" sur Internet. Les provinces disent que s'il n'y a pas de barrière à l'entrée (mot de passe, etc.), le contenu devrait pouvoir être utilisé par les élèves et les enseignants. Selon elles, cela équivaut à un consentement tacite des auteurs. D'une certaine manière, cela renvoie aux créateurs la responsabilité de prévoir des mécanismes de protection du contenu sur Internet, alors que la loi sur le droit d'auteur au Canada accorde une protection automatique aux oeuvres dès qu'elles sont créées. D'autre part, la position des provinces occulte le fait qu'un grand nombre d'oeuvres protégées sont mises en circulation sur Internet à l'insu des ayants droit.

Le danger de la position du CMEC, c'est que les créateurs cadenassent de plus en plus leur contenu pour éviter qu'on l'utilise gratuitement, ce qui aura pour effet d'en limiter l'accès aux élèves effectivement... Dans ce contexte, comment les usagers pourront-ils consulter un contenu sur Internet comme il leur est possible de le faire présentement au moyen du survol électronique? C'est une arme à double tranchant.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui est le maître d'oeuvre de la position du Québec sur les questions de droit d'auteur, s'oppose généralement à ce que l'on inclut dans la loi des exceptions qui ont pour effet de priver les créateurs d'une juste rémunération pour les utilisations qui sont faites de leurs oeuvres. Le MCC estime également que la protection des droits des créateurs constitue un puissant incitatif qui encourage l'acte de la création et favorise ainsi la production et la diffusion d'oeuvres variées.

Le Québec propose la création d'une société de perception nationale, qui serait représentée au Québec, et avec laquelle les groupes d'usagers en éducation, ou leurs représentants ministériels, pourraient contracter une licence moyennant versement d'un montant annuel par élève, en contrepartie de quoi les usagers pourraient utiliser les contenus sur Internet à toutes fins éducatives. La position québécoise comporte donc trois avantages :

1. On reconnaît que le travail des créateurs mérite compensation..
2. On "décriminalise" l'utilisation de l'Internet par les élèves ou les étudiants et par leurs professeurs au moyen d'une licence générale d'utilisation des contenus.
3. On facilite la gestion de tout cela (une seule société de perception avec laquelle transiger, au lieu des nombreuses sociétés de gestion auprès desquelles il faut actuellement acheminer des demandes d'utilisations à la pièce).

Le projet de loi sur le droit d'auteur inscrit au feuilleton de la prochaine session parlementaire de la Chambre des Communes ne contient aucune disposition relative à la position du CMEC ni à celle du Québec. On risque donc de discuter encore longtemps de ces questions. Entre- temps, les reproductions et autres utilisations de contenus sur Internet continuent d'être illégales, sauf lorsque des mentions sur les sites l'autorisent expressément. Par ailleurs, une entente entre le MELS et la SODRAC et la SOPROQ (ces dernières sociétés représentent respectivement les auteurs et compositeurs de musique ainsi que les producteurs de disques) permet aux écoles de procéder à certaines utilisations d'oeuvres musicales en intranet, à des fins éducatives ou parascolaires.

Danielle Lemay
Coordonnatrice RÉCIT

Commentaires:

Commentaire de: Benoit St-Andre [Visiteur] · http://benoitst-andre.net/blog
Très très intéressant.

Je retiens ceci:

Entre- temps, les reproductions et autres utilisations de contenus sur Internet continuent d'être illégales, sauf lorsque des mentions sur les sites l'autorisent expressément

Le problème , c'est dans le "autres utilisations de contenus sur Internet".

Je m'explique: si je lis un texte dans Internet, "j'utilise" le contenu sur Internet. C'est une utilisation tout à fait légale à mon avis, l'auteur a rendu public le contenu, je le lis.

Maintenant, que puis-je faire avec ce contenu ?

D'après ce que l'on dit dans la loi sur le droit d'auteur, que j'avais relevé ici, je peux par exemple lire un texte sur Cyberpresse, et en tant qu'élève écrire quelque chose qui ressemblerait à cela:

Dans un article paru dans Cyberpresse le Xè jour du mois de Y 2005, le journaliste UnTel nous parle des droits d'auteurs. Il mentionne plusieurs utilisations différentes que font les médias des contenus qu'ils rassemblent. On peut également y lire: Une phrase assez courte tirée de l'article (Nom du journaliste, Cyberpresse-url complet. Selon moi, le journaliste exagère un peu en utilisant bla bla bla...

D'après moi, un tel travail (j'espère que mon exemple est clair) ne pose aucun problème quant à la loi sur le droit d'auteur. En ce sens, l'utilisation du contenu disponible dans Internet, si cette utilisation respecte la loi, n'est pas plus problématique que l'utilisation du contenu provenant de divers livres ou manuels disponibles à l'élève à sa bibliothèque ou dans sa classe.
PermalinkPermalien 27/09/05 @ 16:16
Commentaire de: Benoit St-Andre [Visiteur] · http://benoitst-andre.net/blog
Oups, le lien a pas passé. Mon commentaire où j'avais relevé un extrait de la loi sur le droit d'auteur est ici: http://recit.org/index.php/2005/09/16/creative_commons#c261
PermalinkPermalien 27/09/05 @ 16:17
Commentaire de: Pierre Lachance [Membre] Email
Il y a beaucoup d'apprentissages à faire avec le contenu de l'Internet (tout en respectant les droits d'auteur) comme j'ai écrit ici:
http://recit.org/index.php/2005/09/17/droits_d_auteurs_et_l_internet#c245

Benoit, ton exemple est très bon!

Miguel, merci de ton billet, il m'aide à mieux saisir le problème.

Serait-ce nos situations d'apprentissage qui sont la cause du «non respect» des droits d'auteurs (donc de la mise en place des redevances)?

Je crois que si on veut utiliser le web comme on utilise les livres, CD, cassettes, etc, on va frapper un mur. Notre méconnaissance de ce média (le web) nous amènerait-il à faire de mauvais choix?

Réflexion à continuer...
PermalinkPermalien 28/09/05 @ 08:13
Commentaire de: André Cotte [Visiteur] · http://www.opossum.ca/cotte
Je crois que Benoît a mis la table pour une discussion plus en profondeur. Certaines distinctions sont occultées dans le débat actuel.

1. Quand un texte, une image, une vidéo, un son sont en accès libre sur le Net (sans mot de passe ou abonnement), on peut toujours l'utiliser au sens où le dit Benoît. Je lis le texte, je regarde l'image, je visionne la vidéo ou j'écoute la musique. La seule façon d'interdire cela en classe serait de décréter que si plusieurs personnes, ne faisant pas partie de la même famille, regardent ensemble un site Internet on fait une présentation publique... Là on appliquerait la même logique que pour les vidéos loués au magasin du coin. Je ne peux en faire une présentation publique, à moins que le gouvernement, par un fonds spécial rémunère les auteurs. Si c'est cela que veut faire la loi C-60, considérer l'acte de regarder, en groupe, un site Internet public comme une représentation publique illégale, alors je trouve qu'on commence à pousser fort. Fermons donc les écoles tant qu'à y être.

2. Par contre quand je télécharge un texte, une image, une vidéo ou un son à partir d'un site qui ne m'en a pas donné explicitement l'autorisation, là je crois que je viole le droit d'auteur et cela même sans C-60. Cette utilisation du contenu sur Internet doit être bannie des écoles. Il existe des sites où on donne explicitement la permission d'utiliser le matériel pour un usage scolaire ou privée. Ce sont ces sites qu'il faut fréquenter.

Quelqu'un, M. Laurendeau, par exemple, peut-il confirmer ou infirmer le point 1, à savoir que le fait de regarder en groupe un site constitue une représentation publique qui sera interdite par C-60 ?
PermalinkPermalien 28/09/05 @ 15:45
Commentaire de: Pierre Lachance [Membre] Email
M. Cotte écrit: «La seule façon d'interdire cela en classe serait de décréter que si plusieurs personnes, ne faisant pas partie de la même famille, regardent ensemble un site Internet on fait une présentation publique...»

Je ne crois pas, je sais je me répète, qu'on doive appliquer les mêmes lois au web car il y a trop d'éléments différents. Mais bon, je ne suis pas juriste ni juge!

Une petite question sur les droits d'auteur: si je construis une présentation multimédia avec «PowerPoint» par exemple, que j'inclus des petits logos (vous savez ces cliparts tant aimés) fournis avec l'outil, aurais-je le droit de la projeter à une foule de 500 personnes? Aurais-je le droits de diffuser le fichier sur le web?

Ha! Les droits d'auteur!
PermalinkPermalien 28/09/05 @ 18:17
Commentaire de: Benoit St-Andre [Visiteur] · http://benoitst-andre.net/blog
D'abord, pour répondre à Pierre, les lois sont les mêmes sur le web qu'ailleurs.

Ensuite, pour poursuivre sur la lancée d'André, une petite technicalité pour contredire son point 2: lorsque l'on consulte une page web, on a NÉCESSAIREMENT téléchargé son contenu. Un peu comme lorsqu'on lit un livre provenant d'une bibliothèque, on a nécessairement une copie de l'ouvrage entre les mains. Maintenant, avec cette copie, on a bien sûr pas le droit de la photocopier pour en garder en archives personnelles si le droit d'auteur ne nous le permet pas (je dis cela parce qu'il existe quelques livres sous licence libre qui nous en donneraient le droit). On a pas plus le droit j'imagine de stocker une copie de la page web en question sur un médium à côté.

Mais en tout cas, il faut garder en tête le fait que lorsqu'on voit du contenu sur le web, c'est nécessairement qu'on a téléchargé les données jusque sur son ordinateur.
PermalinkPermalien 29/09/05 @ 10:08

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))
This is a captcha-picture. It is used to prevent mass-access by robots.

Please enter the characters from the image above. (case insensitive)

Mai 2012
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<< <     
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
Derniers commentaires

Qui est en ligne?

  • Visiteurs: 15