Article complet: La réplication

19/01/07

Dans ce billet de M. Lachance, l'une des solutions pour former est de se donner comme modèle aux enseignants qui suivent une formation sur la façon d'intégrer les TIC en classe avec les élèves.

Comme lui, ça fait bientôt sept ans que je m'évertue à trouver "LA" façon de former qui inciterait le personnel enseignant à utiliser l'ordinateur, non pas comme un ustensile, mais comme un outil pour favoriser le développement des compétences des élèves. Je crois dans ce modèle, mais il a ses limites.

Il est évident qu'il faut partir des intérêts des enseignants, de proposer des contextes similaires à la réalités de la classe pour démontrer qu'il est possible d'apprendre sans être obligé de suivre un cours de 45 heures pour utiliser un traitement de texte. Qu'il faut que le besoin émerge chez l'élève pour qu'il s'approprie l'outil et qu'il sollicite sa créativité pour réaliser une production originale. Il est important d'accompagner pour s'assurer que lorsqu'un besoin surgit, que la ressource (l'enseignant ou autre) soit là pour apporter du soutien. Nous sommes là en plein dans le paradigme de l'apprentissage. Paradigme que la plupart des animateurs et animatrices du RÉCIT partageons (du moins, j'ose l'espérer).

Malheureusement, la plupart des enseignants en sont encore au paradigme de l'enseignement. Pour eux, il faut enseigner afin de s'assurer que tous les élèves disposent des outils nécessaires pour réaliser la même tâche, le même produit standardisé! Bon! Je sais! Je généralise! Mais...

Ainsi, lorsque je me propose comme modèle, que je questionne les apprenants sur leur motivation à apprendre à utiliser les TIC, que je leur demande leur vision de l'utilisation qu'ils pourraient en faire en classe, que je les place en contexte d'apprentissage, que je prends le temps de réguler le processus d'apprentissage avec eux et enfin, que je prends le temps d'objectiver pour une utilisation possible de l'outil ou du projet TIC, bien souvent, je ne me trouve pas dans le même registre qu'eux! Certains s'attendent à avoir le procédurier (la recette! Mais c'est un terme un peu trop préjoratif) pour reproduire intégralement le projet dans la classe.

D'autre sont là pour consommer! Ils assistent au spectacle et ne se sentent nullement concerné par ce qui est proposé; j'en suis conscient et ça ne me dérange pas. Au mieux, cela les pistera sur une façon de faire en classe, mais en mode enseignement. En tant que spectateur, ils consomment; ils sont loin d'être en mode acteur. Ce qui se passe en avant ne les concerne pas; surtout si la direction de l'école a insisté pour qu'ils soient présents. Au mieux, ils ont passé du bon temps!

Il y a ceux qui sont dans le même registre, qui croient dans l'intégration des TIC. Mais, généralement, ils ne sont pas nombreux. Du moins, nous en n'entendons pas parler. Pourquoi? Parce qu'ils aiment innover et que ça dérange la masse. Ainsi, ils ferment la porte de la classe et font réaliser des apprentissages à leurs élèves. Ils demeurent en vase clos pour éviter de déranger et de se le faire reprocher par les pairs. On serait porter de croire qu'ils devraient rayonner dans leur école. C'est pourtant le contraire qui se passe. Il agissent bien plus souvent comme un "épouvantail à moineaux". Ils passent tellement d'heures à peaufiner leurs projets qu'ils font peur aux autres enseignants. Ils sont de bonne foi, mais ils provoquent l'effet inverse. Ainsi, ils s'isolent et préfère ne pas s'impliquer dans l'émergence d'une culture de réseau.

Il faut bien comprendre! Je ne remet pas en question l'idée du formateur en tant que modèle. Je dis simplement qu'il faut prendre le temps d'expliquer notre intention lorsque nous donnons une formation centré sur le paradigme de l'apprentissage. Sinon, les enseignants croiront que nous utilisons une simple technique d'animation pour des adultes et qu'il est impossible de reproduire le modèle que nous offrons en classe.

Le modèle d'intégration des TIC en classe est a inventé! Nous y travaillons tous très fort depuis sept ans. Mais, je pense qu'il faut être conscient des dérives qu'il peut générer.

Il faut aussi être patient. Le climat de morosité généralisé dans les écoles présentement en ce qui concerne le renouveau pédagogique et l'augmentation du nombre d'heures de présence à l'école fait que nous avons déjà deux prises contre nous (référez-vous au baseball!) avant même que l'on ait débuté notre formation.

Lorsque la possière aura retombé et que les compétences professionnelles auront émergées, je pense que nous aurons alors un auditoire plus réceptif. Je suis optimiste de nature.

Animateurs et animatrices! Percévérons!

Le gars du Bas-du-Fleuve

Catégories: Je partage  
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Commentaires:

Commentaire de: Pierre Lachance [Membre]

Mon premier commentaire avait été publié avant la fin de la rédaction du billet, donc voici une mise à jour.


Allo, merci bien pour le M. ;o) et pour avoir lu le billet.

En fait, je ne dis pas que j'utilise la stratégie du modèle mais bien que les enseignants appliquent facilement la méthode de réplication. Il faut juste en être conscient.

Je suis en questionnement présentement, donc j'ai une autre question: Est-ce qu'on doit accepter de former des professionnels qui ne veulent pas l'être (ou ne sont pas prêts)? Je sais qu'il y a les contraintes de notre emploi, mais il faut voir les impacts de ce geste qui peut sembler sans conséquence.

À + mon ami.
 
Permalien 19/01/07 @ 14:53

Commentaire de: Mario Asselin [Visiteur]

Bravo pour cette réflexion «du Bas-du-Fleuve» qui contribue à nous faire avancer... Le texte de Gilles, celui de Pierre, celui-ci combiné au débat qui n'a pas levé sur «Édu-ressource» (ou «Plan-école», je ne sais plus trop) me semble converger vers une urgence de cibler le bon filon pour changer la dynamique de nos interventions.

Tout ça me fait penser au quatre/cinq milles dollars que j'ai mis dans le feu à mes premières tentatives de former les profs de mon école à Internet. Ils n'en avait rien à foutre eux, d'Internet, mais moi, j'y tenais. Une belle formation d'une journée pour quarante adultes où tout-le-monde-il-devait-apprendre-la-même-chose-en-même-temps! J'étais dans le paradigme de l'enseignement moi aussi. Trois mois après la formation, deux enseignants sur quarante éducateurs avaient réinvesti avec la formation reçue...

C'est là que j'avais compris qu'il me fallait changer mon plan de match. Depuis ce temps, je n'ai pas fait que des bons coups, mais je peux vous dire que je ne touche plus au «mur-à-mur». Je crois vraiment qu'il faut faire appel à la fibre apprenante des enseignants pour qu'ils aient le goût eux-mêmes de faire apprendre au contact des TIC. Nous sommes tous des immigrants dans ce beau monde et «notre accent» nous rend plus ou moins signifiants auprès des jeunes, natifs du numérique. Tant qu'on ne prendra pas conscience de notre accent et du besoin différencié d'entrer par la porte de notre choix qui nous aidera à comprendre comment ces merveilleux outils peuvent changer nos rapports aux savoirs, on va continuer de perpétuer notre dépendance au matériel avec lequel on veut enseigner. «Du cahier d'exercices au logiciel de présentation ou de traitement de texte, il n'y a qu'un pas et c'était le plus facile à faire». On n'est pas sortie de l'auberge. Et ce n'est pas une affaire de TIC. C'est une affaire de paradigme. Le mot est presque «brûlé», je sais. Mais l'essentiel reste de s'adresser aux enseignants comme on
voudrait qu'ils s'adressent aux élèves. Trouvons des situations d'apprentissage et d'évaluation authentiques pour les enseignants. Utilisons des SAE qui sollicitent les TIC parce qu'ils répondront plus efficacement aux besoins et là peut-être les enseignants intégreront le potentiel puissant des TIC. Nous faisons apprendre au contact des TIC parce qu'en tant qu'apprenants nous avons vécu et intégré un apprentissage signifiant au contact des TIC. Notre petit côté paresseux a été servi par la puissance des TIC et on ne voudrait pas revenir en arrière. On n'écrit plus avec un traitement de texte parce qu'on commence à apprendre qu'en écrivant sur un wiki ou un blogue on fait bien mieux pour servir la culture de réseau à laquelle on croit...

Excusez cette envolée du vendredi 15 h. C'est juste que ce billet de quelqu'un que je n'avais pas lu depuis un bail, m'a fait bien plaisir...
 
Permalien 19/01/07 @ 16:04

Commentaire de: Pierre Lachance [Membre]

Bonjour M. Asselin. Vous venez de me donner des outils pour ma réflexion. Merci.

Ne vous excusez pas de ce genre d'envolée ;o)

Au plaisir.
 
Permalien 19/01/07 @ 16:16

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