Ce billet est la suite de celui intitulé "Un portable à la fois".

Mon coeur étais plus glacé que l'hiver... Jour après jour le ciel était triste et gris...

J'arrête ici de reprendre les paroles de la chanson de Daniel Hétu. Ce que j'attendais d'un portable par élève, je l'ai vu lors de ma visite à l'école Lennoxville Elementary dans l'Eastern Townships School Board (ETSB ). La directrice nous y accueille en nous disant que rien n'a été préparé pour nous à part du café et des biscuits. Nous, les 12 visiteurs, pouvions aller où nous voulions dans l'école, poser des questions à n'importe quel élève, à n'importe quel employé, dans n'importe quelle classe. Elle spécifie qu'au moment de voir arriver les premiers portables, la personne avec le moins d'ancienneté dans l'école en comptait pour 25 ans! Cette petite révolution se vivait en même temps que le changement de Programme et que ça s'inscrivait dans un mouvement de enhanced learning. Dernier détail avant de nous laisser investir son école: un prof sert d'agent multiplicateur à raison de 150 minutes par semaine. Sur ce, les biscuits sont dans le salon du personnel et votre autobus part à 11h15.

En me promenant, j'en ai appris un peu plus. La réponse à la question qui brûle bien des lèvres technophiles: ils ont choisi Mac. On évoque des questions de durabilité des piles et de facilité d'utilisation. J'ai même vu de bons vieux MacBook G4 entre les mains de jeunes du 2e cycle servir honorablement pour consulter le site du Service national du RÉCIT en Univers social. Restons encore côté techno. Ils ont le portail Édu-Groupe. On encourage les enfants à s'en servir pour les communautés mais aussi pour faire des copies de sécurité de leurs documents (ce qu'ils font rarement, déplore-t-on). En juin, les portables sont récupérés par les services informatiques, nettoyés et réinstallés. Au mois d'août, les comptes sont créés sur chaque poste... c'est long... Les jeunes n'ont pas la possibilité d'installer d'autres logiciels par eux-mêmes. Ils doivent passer par l'enseignant agent multiplicateur à moins d'être un des fin-fins du secondaire qui savent déjouer le système. Les enseignants, eux, peuvent installer ce qu'ils veulent quand ils le veulent du moment que c'est légal. Il y a une procédure à suivre pour tout réinstaller automatiquement en cas de pépin. Deux techniciens sont certifiés par Apple pour effectuer les réparations matérielles dans toute la CS. Ils tirent 6 ans de vie de chaque portable. Les grands du préscolaire et du premier cycle n'ont pas de portable. En 3e année, c'est un portable pour deux élèves. En 4e année et jusqu'à la fin du secondaire, on passe à un ratio 1:1.

J'ai pu entrer dans quelques classes, toutes bien différentes. Il y avait du rang d'oignons, une classe en zones d'atelier et même une classe qui ressemblait plutôt à un resto végétalien branché du Plateau avec des canapés en rotin et des élèves étendus au sommet de petites bibliothèques avec un coussin et un portable. Il ne leur manquait qu'un espresso équitable et des amandes au tamari.

À mon passage, une classe pouvait avoir ses portables éteints, les élèves en discussion avec l'enseignante à propos du chocolat équitable et ses impacts sur la population productrice. On n'y sortirait les ordinateurs que quelques minutes plus tard pour que l'enseignante propose iPerle comme plateforme de travail. Dans une autre classe, l'enseignante posait des questions sur le tabagisme et la santé. Chaque élève avait le portable ouvert sur Google et tentait de participer à une recension complète sur le sujet. Tout près du clavier de chacun se trouvait un papier pour noter les mots, idées et concepts les plus importants selon les avis du groupe. Une production écrite allait suivre sur le traitement de texte ou le portail Édu-Groupe. La classe qui surfait sur l'océan Univers social du RÉCIT avait les documents reproductibles sagement imprimés et disposés sur le pupitre. À l'écran les sources, sur le papier la construction des réponses. Sur le mur à côté du bureau de l'enseignante, un carton diffusait appel à l'aide d'un élève qui voulait savoir comment convertir les données du site IGA.net en unités impériales, histoire de ne plus rater ses recettes à la maison. Sur le mur opposé, il y avait des références linguistiques sur papier mais aussi BonPatron.com et Lexilogos. L'enseignante me disait que c'étaient de grandes vedettes de l'écran SmartBoard.

J'ai bien vu trois classes des 2e et 3e cycles avec des portables qui n'étaient pas sur le point d'être démarrés. On y discutait, on y écoutait, on y écrivait à la main et on y calculait avec les doigts. Il y a des jours comme ça où la technologie se repose parce que les jeunes ont d'autres choses à vivre. Ça semblait parfaitement normal ainsi.

J'ai beaucoup apprécié ma liberté lors de cette visite. J'ai été épaté par les différences entre les classes quant à la fréquence d'utilisation, les raisons, la disposition et le degré d'intégration au quotidien. Je vois très bien des classes de ma CS vivre au même rythme, sans hypercontextualisation, sans extrémisme. Juste une vie d'école bien normale avec un outil bien normal qu'on utilise au bon moment, pour les bonnes raisons.

Dans un prochain billet, j'aborderai ma visite dans une école secondaire. J'y reprendrai les paroles d'une célèbre chanson de Willie Lamothe...

Petite référence qui vaut ce qu'elle vaut, le canal YouTube pour le projet ELS de l'ETSB: http://www.youtube.com/user/etsbELS