Au préscolaire, on chicane les voleurs de berlingot. Au primaire, on chicane les voleurs de boîtes à lunch. Au secondaire... bon ok, vous comprenez que je fais une progression dans la gravité du vol. Disons qu'on les chicane parce qu'ils ont volé les souliers de course d'un autre pour... "fins d'évaluation avant achat"...

À l'école, quand on a réussi à payer des logiciels, comme une suite bureautique par exemple, on s'attend à ce que les jeunes l'utilisent. Il se peut très bien qu'ils souhaitent même l'utiliser à la maison. Si ces mêmes jeunes viennent de familles qui n'ont pas la première piastre pour s'acheter le logiciel utilisé à l'école, quel serait un des premiers réflexes? Chercher une alternative libre ou propriétaire gratuite? Partir BitTorrent et se procurer le logiciel sous le manteau? Internet coûtant trop cher ou le modem 56k étant trop lent, aller voir le chum l'autre bord de la rue qui a un beau graveur et une copie crackée?

Pour avoir vécu moi-même dans un milieu relativement défavorisé à l'époque où DOS et WordPerfect 4.2 faisaient un malheur, laissez-moi vous dire que j'ai souvent utilisé des copies piratées d'un paquet de logiciels. Le seul que je m'étais payé, c'était OS2/Warp avec mon premier chèque de concièrge de HLM dans Saint-Henri. J'étais fier et mon 386-40mHz n'avait jamais si bien ronronné.

Je m'éloigne... Je crois que si on a des logiciels payés dans les écoles, il faut quand même offrir des alternatives libres et propriétaires gratuites. Pourquoi? Pour que l'école les diffuse auprès des élèves ET du personnel. André Cotte qui s'occupe du dossier du libre à la Société GRICS m'a proposé de poser la questions à mes collègues des écoles que j'épaule: "Levez donc la main si vous avez Word à la maison. Maintenant, qui d'entre vous l'a payé?" Je passe sous silence la réaction que j'obtiens à chaque fois. Il ne s'agit pas ici d'être humiliant, intimidant ou moralisateur. Avec ce que je viens d'avouer quelques lignes plus haut, je n'ai aucune prétention à la supériorité ou à la pureté de mon historique logiciel. Non, je crois qu'il faut profiter du malaise causé par cette question pour montrer à nos collègues que le libre et le propriétaire gratuit peut nous aider à rendre notre discours cohérent, conséquent. Rappelez-vous le berlingot, la boîte à lunch et les souliers de course. On chicane les élèves pour tout ça. De notre côté, nous sommes plusieurs (sauf peut-être Gilles et les Pierre hahahahaha &#59;) ) à faire la même chose que nos petits chapardeurs. De plus, en n'offrant aucune alternative au payant, on encourage le piratage chez certains d'entre eux.

Avec le fabuleux boum que connaît l'univers du libre et du propriétaire gratuit, on a de moins en moins l'impression de se contenter d'un film de série B. On découvre plutôt des films indépendants, des films d'auteur et parfois quelques parodies. Sans occuper tout l'espace médiatique d'une production hollywoodienne, ces films ont probablement une plus grande portée sociale, une plus grande portée éducative.

Poursuivons avec les métaphores...

Disons qu'un enseignant a acheté un roman pour sa classe et le recommande à ses élèves. Il peut en avoir commandé des exemplaires pour eux. La bibliothèque de l'école en a peut-être déjà. Les jeunes peuvent aller à la librairie et l'acheter. Ils peuvent aussi l'emprunter à la bibliothèque municipale. J'aime aller chez Renaud-Bray et Archambault. J'aime aller chez Raffin, rue Saint-Hubert et aussi chez Asselin dans Montréal-Nord. J'ai beaucoup de plaisir à me rendre à l'Échange, rue Saint-Denis. J'aime également aller dans une des bibliothèques du réseau de la Ville de Montréal. L'important c'est qu'un de ces hôpitaux de l'âme guérisse mon bobo du moment. Petite note littéraire: l'image des hôpitaux de l'âme me vient de Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar. Gilles mentionne justement ce super livre dans un billet de 2005, tout en bas.

Dans un prochain billet, il va bien falloir aborder comment je présente tout ça à mes collègues qui enseignent.