06/17/09

Permalink 02:32:11 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Changement au procès de Drummondville

On m’a appris cette semaine que les requérants dans la cause sur le programme Éthique et culture religieuse au procès de Drummondville, ont modifié leur requête initiale : ils demandent seulement que leurs enfants soient exemptés du cours. Les parents allèguent que celui-ci porte atteinte à la liberté de religion et de conscience de leurs enfants, garantie par les chartes et que, par conséquent, ne pas les en exempter constitue un préjudice grave.

Ils ont donc laissé tomber leurs demandes initiales par lesquelles ils voulaient faire déclarer inconstitutionnelles le cours lui-même, la loi de 2005 abolissant le régime d’option entre l’enseignement religieux catholique et protestant et la formation morale, ainsi que le nouvel article 41 de la Charte québécoise qui vise à assurer les parents que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux conforme à leurs convictions.

J’ignorais totalement ce fait au moment d’écrire mon commentaire paru plutôt sur ce blogue. Je m’en excuse auprès des lecteurs. Mais à ma connaissance, aucun média n’a fait état de ce changement.

Ce virage majeur est le résultat d’une entente intervenue l’automne dernier entre les parties. Il change considérablement l’enjeu du procès : il n’y a plus de débat sur la constitutionnalité du programme lui-même, ni sur aucune loi. Les demandeurs ont sans doute constaté, ce qui n’était pas difficile, que cette approche n’était pas la plus prometteuse.

Le débat porte donc maintenant sur une décision administrative de la commission scolaire : le refus d’accorder l’exemption aux élèves concernés et donc sur le droit ou non qu’ont les requérants d’être exemptés du cours ECR pour motif de liberté de conscience. Dans cette perspective, la question de la « croyance sincère » demeure probablement la clé de ce procès. Les demandeurs l’invoquent d’ailleurs explicitement.

Voici la conclusion que recherchent maintenant les requérants. Ils demandent au tribunal de déclarer :

« 1) Que le caractère obligatoire du cours ECR porte atteinte à la liberté de conscience des demandeurs et de leurs enfants, telle que protégée constitutionnellement par les articles 3 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et 2 de la Charte canadienne des droits et libertés.
2) Que cette atteinte constitue un « préjudice grave » au sens de l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique;
3) Que la commission scolaire doit accorder l'exemption de l'article 222 LIP à l'égard du cours ECR lorsque les parents en font la demande sur la base de leur liberté de conscience ou de religion;
4) Que les décisions des autorités scolaires de refuser d’exempter les élèves demandeurs du cours ECR sont inopérantes constitutionnellement ».

06/08/09

Permalink 08:55:46 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

L'unilinguisme de Louise Harel

Hier:

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui a pour les mêmes raisons fait l'objet de railleries lors de la dernière campagne électorale provinciale, s'est opposée à ce que la connaissance de l'anglais soit un préalable pour tous les élus francophones.

«On ne peut pas reprocher (à Louise Harel) d'être unilingue: nous ne vivons pas dans un État bilingue.»

Peut-être pas mais nous vivons dans un État dont les autorités éducatives aspirent au bilinguisme fonctionnel pour nos enfants:

L’apprentissage de l’anglais représente, pour la plupart des jeunes Québécois, la possibilité de communiquer avec des gens d’une autre langue et d’une autre culture.

Mais c’est aussi une nécessité, étant donné la situation géographique du Québec, la présence d’une communauté anglophone et l’accessibilité de médias et de produits culturels anglophones. Par l’apprentissage d’une langue seconde, l’élève s’ouvre sur le monde et est ainsi amené à apprécier la richesse de l’apprentissage des langues.

Ce qui est une nécessité pour pitou serait une option pour minou?

Y'aurait-il un standard plus élevé pour nos enfants que pour nos leaders?

L'un deux, qui brandit la copie du cancre d'à côté, semble croire que oui:

Pour le chef du Bloc québécois, la polémique prouve qu'il y a deux poids, deux mesures entre le Québec et le reste du Canada.

«Le maire d'Ottawa, capitale du Canada, pays supposément bilingue, où vivent 15% de francophones, ne parle pas français. Est-ce qu'il y a eu une ligne dans The Gazette pour dénoncer cette situation épouvantable? Pas du tout!»

Permalink 08:54:42 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

Stoppons-la-margarine

MONTREAL, le 8 juin /CNW Telbec/ - La Fédération autonome du beurre (FAB) et la Coalition Stoppons-la-margarine tiennent à souligner le 10e anniversaire du remplacement du beurre par la margarine, une triste commémoration d’un échec évident.

Pour la FAB, le 8 juin 1999 constitue une date symbolique dans l'histoire de notre alimentation. C'est à ce moment que le ministre de la santé dévoilait l'un des éléments essentiels du nouveau régime alimentaire québécois : le rejet du beurre au profit d’une approche alimentaire centrée sur la margarine.

Peu nous importe que nous ne sachions pas exactement ce que mettent nos enfants sur leurs tartines, a déclaré un porte-parole de la FAB. Peu nous importe que plusieurs d’entre eux continuent de beurrer copieusement, bien que clandestinement, leurs toasts. Peu nous importe que la sédentarité, la monoparentalité, la pauvreté, la prolifération de la malbouffe, l’exode vers les cliniques privées, et autres facteurs aggravants soient à la hausse depuis 10 ans.

Nous persistons et signons: c'est la faute de la margarine.

Nous défendons des membres formés à fabriquer du beurre. Nous les estimons habiles à vendre du beurre. Nous les considérons compétents à œuvrer avec du beurre. Nous entendons leur malaise avec l’odeur de la margarine. Nous constatons leur rejet de la couleur de la margarine.

Pour la FAB, il ne suffit pas que le ministre de la santé se dise prêt à modifier la couleur ou encore l’odeur de la margarine. Pour la FAB, puisqu’il y va de la santé même de nos enfants les plus vulnérables, il s’agit rien de moins que l’abandon pur et simple de la margarine et le retour au beurre.

Car comme le veut le dicton irlandais, ce que beurre et whisky ne peuvent soigner est incurable.

Permalink 08:27:07 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Le procès de Drummondville sur le programme ECR

Aujourd'hui s’ouvre à Montréal un nouveau procès sur le programme ECR que ne veut pas implanter une école privée anglo-catholique. Le Devoir nous révélait aujourd’hui et hier que, de même, des écoles juives hassidiques « ruent dans la bacul » comme disait mon grand-père.

J’ai réfléchi à la question sous l’angle juridique, à partir de la requête soumise par des parents à la Cour supérieure de Drummondville.

=> Lire la suite!

06/04/09

Permalink 11:17:55 am, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Les limites du syndicalisme - L'évaluation des apprentissages

La présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants du Québec (FSE-CEQ), Mme Manon Bernard, publie ce matin une lettre aussi intéressante que significative sur l’évaluation des apprentissages dont elle « dénonce le cafouillis énergivore » qu’elle est devenue. Elle en dénonce surtout l’impact démesuré sur la tâche de ses collègues, ce en quoi elle remplit parfaitement son mandat de syndicaliste. Et elle a sans doute raison.

C’est toutefois du ministère de l’Éducation qu’elle attend les améliorations, mais qui ne viennent toujours pas. Pour arriver « au redressement attendu et nécessaire en matière d’évaluation », il faudra, conclut-elle, « d’abord et avant tout reconnaître à leur pleine mesure le rôle et l’expertise des enseignants ».

Je ne saurais être plus d’accord avec elle. Seulement, il faudrait cesser d’attendre la réponse du MELS. Si les enseignants et les enseignants acceptaient les conséquences institutionnelles d’être pleinement des professionnels, c’est eux qui définiraient les normes et les méthodes d’évaluation d’apprentissage et non pas les fonctionnaires du MELS, malgré tout le respect qu’on leur doit.

05/22/09

Permalink 01:35:08 pm, par Hervé Bergeron,
Catégorie: Discussion

La langue française (prise n)

Le 26 avril, Jean-Pierre Proulx écrivait un billet intitulé Qu'est-ce qu'une langue de qualité? Cet article n'a suscité qu'un commentaire. J'aimerais revenir sur le sujet en le plaçant dans une perspective un peu différente.
Je sais que le débat sur la qualité de la langue est sérieux pour tous les intervenants, mais placer le débat sur l'enseignement de la langue comme un débat sur sa seule qualité est une façon de se détourner de la réalité qu'auront à vivre les jeunes d'aujourd'hui dans le monde de demain.

1- La qualité de la langue est un débat creux. Une langue existe dans et par toutes ses manifestations orales ou écrites : littéraire, relevée, populaire, argotique...

2- Le débat traditionnel sur la qualité de la langue est infini, repose sur les préjugés et le parcours de chacun, ne produit que des réponses stériles aussitôt contestées parce que contestables.

3- Le débat sur la qualité de la langue devient assez vite un débat sur la langue écrite dans ses manifestations superficielles avec en filigrane la dictée hebdomadaire comme remède.

4- La question qui devrait nous préoccuper est plutôt : quelles sont les compétences linguistiques que l'on devrait posséder pour survivre et prospérer dans le monde qui nous attend et surtout dans le monde qui attend les jeunes pour lesquels nous sommes engagés en éducation?

5- Les besoins en littératie ont littéralement explosé depuis 25 ans. L'informatisation, contrairement à certains augures, exige des compétences linguistiques élevées de tous parce que le langage est ce qu'on a trouvé de mieux pour se faire comprendre et que l'informatique est un support sophistiqué du langage, qu'il soit oral, écrit ou iconique, qui est universellement accessible et utilisable.

6- Dans le type de société que l'on peut entrevoir pour l'avenir, l'analphabétisme handicapera presque totalement celles et ceux qui en souffriront.

7- L'informatisation de la société aura à brève échéance une autre conséquence, les logiciels de correction déjà très performants permettront une prise en charge assez complète des accents et des participes passés. Ils permettront aussi d'écrire à partir d'une dictée verbale du scripteur.

8- Les compétences qu'il sera nécessaire de posséder ne seront donc pas celles des accents circonflexes ou de l'accord des participes passés, mais celles des fonctions supérieures du langage, la compréhension fine et la capacité d'exprimer des idées. Ce sont aussi celles nécessaires pour réussir à l'école.

9- J'en tire la conclusion qu'à moins de vouloir vivre dans le passé, il faut interroger la langue et son enseignement selon ces paramètres pour voir si on se situe dans la ligne d'évolution prévisible : une capacité de compréhension supérieure en littératie, orale, écrite et iconique, et une capacité d'expression orale qui permette la dictée d'une pensée structurée.

10- Corolaire 1. L'école doit intensifier l'enseignement de la lecture et de l'écriture en tenant compte des réalités nouvelles et de l'avenir prévisible. La nécessité de maitriser la lecture et l'écriture à un degré supérieur. Cette maitrise de la langue orale et écrite dépasse de beaucoup les phénomènes de surface que sont l'orthographe et la plupart des règles d'accord.

11- Corolaire 2. Le dépistage des problèmes de lecture doit être fait dès le préscolaire et des correctifs doivent être mis en place pour éviter que le problème devienne une cause de difficultés scolaires.

12- Corolaire 3. Le contact avec le monde de l'écrit pendant l'enfance est primordial pour favoriser un apprentissage de la lecture et de l'écriture. En conséquence, tout programme sérieux de lutte au décrochage scolaire devrait s'assurer que tous les enfants du Québec aient un contact régulier et suivi avec le monde de l'écrit. Des programmes spéciaux, accès aux bibliothèques, à des livres gratuits, à des conteurs, etc., devraient viser les milieux défavorisés.

05/21/09

Permalink 07:30:35 am, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

Examen de conscience

La semaine dernière, dans un courriel où j’étais en copie conforme:

[...] plusieurs d'entre nous, dont des chargés de cours, se sont engagés fortement en faveur de la "réforme" et se sont fait les promoteurs d'une idéologie pédagogico-politique qui n'est pas nécessairement bien vue dans le milieu […]. Je crois que, dans ce genre de situation, le maintien d'une attitude critique est essentielle et que le soutien accordé aux acteurs de premières lignes est la clef : être nuancé par rapport aux réformes et être à la disposition des acteurs qui assument tous les jours la présence aux élèves de manière, non pas à les amener à adopter la réforme, mais à les aider à réussir dans les décisions diverses et progressives qu'ils prennent et assument.

Comme je suis l’un des chargés de cours en question, fût-ce à temps plus-que-partiel, je me suis senti visé. Dans le bon sens du terme. J’ai depuis beaucoup réfléchi. Je me suis demandé si, dans mes interventions, je conservais une saine distance critique.

Une semaine plus tard, je n’arrive pas à mieux que « ça dépend ».

D’un côté, je pourrais « linker » vers une douzaine de billets où je n’ai pas épargné les idées de mes « amis »; à la fondation de Réussir-la-réforme, l’ancêtre du RAEQ, j’étais de ceux qui insistaient le plus en faveur de l’étiquette d’amis critiques; aujourd’hui, la mission remaniée du RAEQ, bientôt soumise pour adoption par ses membres, ne fait aucune référence explicite à la réforme.

D’un autre côté, et probablement dans un ratio de 10 pour 1, je le reconnais, le méditerranéen bouillant en moi, réagissant aux Facal et al. de ce monde, a sans doute laissé suffisamment de traces pour constituer un florilège d’extraits farouchement et résolument pro-réforme. (Whatever « reform » means… mais c’est là une stratégie d’évitement sémantique un peu facile à laquelle je refuse de céder.)

J’ai récemment soutenu l’idée que c’est d’abord nos tripes qui nous mènent dans une direction bien avant que notre raison ne reprenne le volant. Qu’y a-t-il, dans mon parcours, pour expliquer mes prises de position?

Pour le dire vite, je réalise que je suis davantage mû par un rejet viscéral de l’école disciplinaire (dans les deux sens du mot) que par l’attrait de l’école pédagogique.

J’ai connu une caricature de l’école disciplinaire à deux reprises, au cours de ma vie d'écolier. Au primaire, puis au Cégep. Même si mes parents ont immigré à Montréal à temps pour que j’y entre en première année du primaire, mon père a tellement changé d’avis, entre 1971 et 1977, ballottés que nous étions entre Montréal et Oran, que je ne me souviens plus quelles écoles j’ai fréquentées, dans quelle ville et à quel âge.

Je me souviens cependant très bien des coups de règle que je recevais, surtout dans les cours d’arabe où j’étais poche. Je me souviens des nœuds dans le ventre lorsque les profs nous remettaient les examens par ordre de mérite décroissant. Je me souviens du garde-à-vous lorsque le directeur daignait entrer en classe. Je me souviens de la terreur dans les regards lorsqu’il convoquait l’un de nous dans son bureau.

Je me souviens aussi, là-bas comme ici, de l'irrespect pour mon rythme d'apprentissage. Dans les matières où j'étais un lapin, j'apprenais tout seul, en marge de l'institution scolaire. Dans les matières où j'étais une tortue, la poésie arabe par exemple, je n'écoutais pas davantage en classe, passant mon temps et l'essentiel de mon énergie à me composer un personnage aussi circonspect que possible, de manière à ne pas attirer de questionnements de la part du prof. Je m'efforçais de hocher de la tête au moment où le faisaient les bons élèves, à griffonner dans mon cahier en même temps qu'eux, à ne jamais laisser transparaître la moindre trace de l'ombre d'une incompréhension.

Bref, à survivre une autre journée enfermé dans cette institution.

Voilà pourquoi les appels au sens, à la signifiance, au plaisir, au respect des différences, appels, dis-je, que je lis dans la réforme le renouveau me plaisent tant, tellement que je suis très indulgent face aux ratés dans la mise en oeuvre.

Voilà pourquoi le dénigrement de ces mêmes appels me fait tant réagir. Je reçois chaque hurlement conservateur, chaque appel à un retour à l'école disciplinaire comme une menace ressentie au plus vif de mes tripes.

En espérant que cet étalage m'incitera à être dorénavant plus «nuancé».

05/14/09

Permalink 09:26:00 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

«Une vérité qui dérange» pour enfants--un bijou d'outil didactique

Avant lundi matin, ce petit bijou de film avait été vu par des millions de personnes:

Mais plus important encore,

more than 7,000 schools, churches and others have ordered a DVD version, and hundreds of teachers have written Ms. Leonard to say they have assigned students to view it on the Web.

Depuis lundi matin, alors que le NY Times le faisait connaître sur sa première page, je suis surpris que les serveurs d'Annie Leonard tiennent le coup.

The video was created by Annie Leonard, a former Greenpeace employee and an independent lecturer who paints a picture of how American habits result in forests being felled, mountaintops being destroyed, water being polluted and people and animals being poisoned. Ms. Leonard, who describes herself as an “unapologetic activist,” is also critical of corporations and the federal government, which she says spends too much on the military.

Ms. Leonard put the video on the Internet in December 2007. Word quickly spread among teachers, who recommended it to one another as a brief, provocative way of drawing students into a dialogue about how buying a cellphone or jeans could contribute to environmental devastation.

Je l'ai visionné ce matin, avant d'aller au boulot. Il m'a habité toute la journée. Je voudrais le faire connaître, au minimum, à tous les profs d'anglais du Québec.

La version Youtube est moins bonne sur tous les plans--audio et video. Pour l'apprécier jusque dans les effets sonores de la craie sur le tableau, il vaut mieux aller sur le site d'origine. Pour un 21:16 minutes de génie didactique.

05/13/09

Permalink 08:53:45 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

ECR et HEC: une même révolution copernicienne

Le mois dernier, j'entendais un ami DGA dans la région de Québec employer l'expression "révolution copernicienne" pour caractériser la réforme de l'éducation consécutive aux États généraux de la fin des années 90.

À proprement parler, la révolution copernicienne désigne:

le changement de représentation de l'univers du XVe au XVIIIe siècle, faisant passer les représentations sociales accompagnant les représentations mentales de l'univers, d'un modèle géocentrique [...] au modèle héliocentrique [...]

J'imagine à peine le choc pour nos ancêtres : ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la Terre; c'est l'inverse!

Pour vérifier son hypothèse, je me suis amusé à «wordler» les cinq tomes du Rapport Parent...

... avant d'en faire autant pout le Programme de formation de l'école québécoise:

Dans les textes, manifestement, nous sommes passés d'une pensée centrée sur la matière à un programme centré sur l'élève.

Cette révolution est contestée par une partie des enseignants et des parents. D'autant plus fortement lorsqu'elle touche des contenus associés à l'identité: via le cours d'ECR (éthique et de culture religieuse) hier; via le cours d'HEC (histoire et éducation à la citoyennenté) aujourd'hui:

Le nouveau cours d'histoire et éducation à la citoyenneté, de 3e et 4e secondaire, occulte tout récit national, dénonce une étude de Charles-Philippe Courtois, de l'Institut de recherche sur le Québec.

Ce qui m'amène à imaginer un peu d'histoire-fiction: supposons que les États généraux n'avaient pas eu lieu. (Et même s'ils avaient eu lieu, que Pauline Marois n'avait pas été là pour forcer qu'ils débouchent sur autre chose que des constats). Pourrait-on défaire la révolution que nous vivons et revenir à une ère centrée sur la matière, soucieuse de la transmission de la culture au sens d'héritage, caractérisée par la discipline, l'autorité, le vouvoiement?

J'en doute. Outre-Atlantique, donc loin des conditions historiques ayant accouché du Rapport Parent et de la réforme "Marois", Meirieu constate la même révolution:

L’École [...] s’éloigne, de plus en plus, du modèle [...] où le « maître » pensait et partageait en même temps son savoir, face à des disciples heureux qui se sentaient, à la fois, honorés et élevés. Nous sommes loin de la scène primitive qui, dans l’imaginaire collectif, représente l’archétype de la transmission entre générations : des jeunes gens, rayonnants et disponibles, installés dans une belle sérénité méditative, qui prennent le temps de s’approprier, en le savourant, le savoir de « l’ancien », infiniment respectable et toujours respecté…

À mille lieues de cela, beaucoup de situations scolaires ressemblent à de difficiles parties de bras de fer, quand elles ne deviennent pas, tout simplement, d’interminables « conflits d’opinions ». Le maître a une opinion, il la défend ; l’élève en a une autre ; l’un des deux doit céder dans un rapport de forces que plus rien ni personne ne semble pouvoir arbitrer.

Ce qui est plus ou mois vrai: au Québec comme en France, les autorités politiques appuient de tout leur poids pour renverser la révolution en cours. Meirieu est bien placé, lui qui signait le 27 décembre dernier, cette Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale:

vous continuez toujours, semble-t-il, à me considérer assez largement comme un « pédagogue libertaire » qui fait toujours prévaloir l’intérêt spontané de l’enfant sur la transmission de la culture… alors que je n’ai cessé d’expliquer que tout mon travail pédagogique consistait précisément à chercher comment mobiliser l’élève sur des enjeux culturels forts ! [...] Vous pensez que je nie l’intérêt des exercices d’entraînement systématique, alors que je cherche comment les rendre vraiment efficaces ! Cela dit, nous avons de vrais désaccords. En matière pédagogique, vous semblez dénier, en effet, cette réalité que les pédagogues se coltinent depuis toujours : il y a des élèves qu’aucune injonction ni menace de sanction ne peut mettre au travail, parce qu’ils ne veulent pas apprendre. Cette « résistance » à notre projet peut engendrer résignation, rejet ou exclusion ; mais elle peut aussi, en articulant le principe d’éducabilité et la confiance dans la possibilité d’un sujet à engager sa liberté d’apprendre, stimuler notre inventivité pédagogique pour offrir à nos élèves les situations les plus variées et mobilisatrices possibles.

Je sors de cette réflexion avec deux convictions: 1) la révolution copernicienne en cours est culturelle, pas la résultante d'une action délibérée de réformateurs zélés; 2) elle nous place devant deux choix, et deux seulement:

  • une crispation couplée à un traitement disciplinaire, dans les deux sens du mot,
  • ou un appel à encore plus d'inventivité pédagogique, une posture à la Sisyphe qui prend acte du fait que le monde ET nos enfants ont changé, pas seulement le programme du MELS.
  • Mon choix, fait depuis un moment, se confirme.

    05/12/09

    Permalink 08:20:12 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    Éthique et culture religieuse: Gérard Bouchard vs. David Mascré

    Sur le site de Radio-Canada, plus tôt aujourd'hui:

    Le débat sur le caractère obligatoire du nouveau cours d'éthique et de culture religieuse (ECR) s'est poursuivi, mardi, au palais de justice de Drummondville. Les deux parties ont profité de la deuxième journée d'audience pour faire entendre des témoins experts.

    La couronne a commencé par faire entendre

    le sociologue et historien Gérard Bouchard par vidéoconférence depuis l'Université Harvard.

    Le coprésident de la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles a affirmé que le cours d'éthique et de culture religieuse constitue le meilleur moyen d'aider les jeunes à apprivoiser le multiculturalisme.

    La défense a répliqué avec

    David Mascré, un docteur en philosophie, [qui] a également témoigné par vidéoconférence depuis la France. Le philosophe a grandement étudié le contenu du cours d'éthique et de culture religieuse.

    Selon lui, la formation, qui est donnée à tous les enfants du Québec depuis septembre dernier, est très réductrice. À son avis, le cours revient à demander à des enfants d'apprendre à comparer une dizaine de langues, alors qu'ils maîtrisent à peine leur langue maternelle. [...]

    Des parents présents dans la salle d'audience ont d'ailleurs applaudi à la fin du témoignage de M. Mascré, ce qui est inhabituel au tribunal.

    J'ai demandé à Google qui pouvait bien être cet expert-philosophe qui a suscité ces applaudissements. Je m'attendais à trouver un expert de la didactique de l'éthique, au mieux; au pire, un épistémologue. J'ai trouvé une feuille de route plus mince que celle d'un doctorant à Harvard.

    Et ceci:

    Le nombre de références subtiles à un discours conservateur a d'abord allumé une couple de lumières rouges. Les deux premières minutes sont consacrée à décrire l'IRIE:

    l'institut de recherche indépendant pour l’éducation (IRIE) est un organisme de recherche privé et sans but lucratif. Il oeuvre depuis 2008 à la définition et à la promotion d’une philosophie de l’éducation adaptée à notre temps qui puisse nous sortir de l’impasse éducative actuelle.

    Puis à 2:26 du clip, Mascré annonce clairement que son institut est "$outenu" par SOS-Éducation.

    Et que prône SOS-Éducation
    ?

    1. Tous les enfants doivent savoir lire à la fin du CP. La méthode globale doit être remplacée par la méthode syllabique. [...]

    2. Rendre la priorité à la transmission des savoirs. L'Ecole a pour première mission d'instruire les enfants. La transmission des connaissances doit être son principal objectif. L'épanouissement de l'élève est son corollaire.

    3. Restaurer le prestige des professeurs. Les professeurs doivent disposer de tous les moyens réglementaires nécessaires pour assurer leur autorité. La décision du passage des élèves dans la classe supérieure doit leur être rendue.

    [...]

    7. Restaurer la discipline dans les classes. Les prédélinquants doivent aller en internat disciplinaire. Ils ne peuvent pas occuper les places des classes spéciales pour élèves en difficulté [...]

    8. Créer des cours de civisme. L'enseignement du civisme, tel qu'il était fait à l'école autrefois, est devenu plus nécessaire encore du fait de la démission de plus en plus courante des parents. Ces cours doivent enseigner aux enfants leurs devoirs au moins autant que leurs droits.

    9. Encadrer le pouvoir syndical [...]

    10. Sanctionner le personnel scolaire en cas de faute professionnelle [...]

    P.S. Je n'ai rien contre la délibération publique. Qu'elle se fasse via un franc échange de points de vue diamétralement opposés plutôt que via des claques et des insultes, mille fois bravos. Je suis juste mal à l'aise de jouer à «mon expert est plus fort que le tien». Je regrette qu'on traverse l'Atlantique à la recherche d'un Stoppons-la-réforme avec un accent parisien, à peine sorti de son doc, qu'on le maquille de ses titres universitaires avant de nous le servir comme un «expert».

    Appelons un chat un chat. Avant que le débat ne reprenne.

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