Quand il s’agit des enfants, d’autant plus les pauvres, l’espoir est la lunette par laquelle nous observons l’éducation. Nous avons sous-estimé les obstacles à l’infiltration des écoles du tiers-monde par le XO. La première année d’expérimentation au Nigéria a connu plusieurs revers : accès à la pornographie, valeur de l’énergie, problèmes d’utilisation d’un prototype, attaques commerciales et légales (OLPC News : OLPC Nigeria One Year Later: Hard Lessons Learned; source : Stephen’s Web). À tel point que le ministre de l’Éducation y voit un éléphant blanc.
Je me suis laissé prendre, moi aussi, par la vague d’optimisme. Sans minimiser les problèmes techniques, il appert par ailleurs que les difficultés n’émanent pas tant des enfants que de l’environnement politique et culturel dont ils sont captifs. Ces contraintes débouchent certainement sur les mêmes tribulations pédagogiques que l’ordinateur connaît dans les écoles des pays industrialisés.
L’ordinateur n’est qu’une ‘corne d’affordances’, tant pour l’élève que le professeur ou le gestionnaire. Dans le premier commentaire de l’article, Lee Felsenstein, un pionnier des nouvelles technologies, résume admirablement le noeud du problème :
you need to understand how [the network computer] is a system, not a product.
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Le e-learning transforme forcément la nature de la relation maître-élève. Alors qu’on examine attentivement les effets de l’apprentissage en ligne sur les élèves, bien peu de médias se sont penchés sur les conséquences pour le professeur, un vide qui a piqué la curiosité du Washington Post (The Odd World of E-School Teachers). Même si le e-learning demeure un phénomène marginal au Québec, ses caractéristiques servent néanmoins à cerner des évidences de l’école traditionnelle que nous prenons pour acquis, au point de les oublier.
Par souci de comparaison, voici donc quelques particularités de l’enseignement en ligne signalées par l’article :
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Petite erreur de version : l’avenir de l’éducation ne réside pas dans le Web 2.0, comme le croit Steve Hargadon. Les systèmes scolaires défendent beaucoup trop farouchement leurs cités pour capituler à l’irruption technologique dans sa forme actuelle. Il faudra sans doute attendre la quatrième ou cinquième genèse du Web, et une ou deux générations encore d’éducateurs, pour transformer l’école. Néanmoins, Hargadon résume bien les caractéristiques du Web 2.0 qui constituent la première vague d’assaut contre les structures traditionnelles. Sa présentation au Knowledge Bank Conference 2008 est aussi accessible en ligne.
Les 10 tendances du Web 2.0 qui affecteront profondément l’éducation, selon Steve Hargadon :
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Le président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon, a fait preuve d'audace en opinant que le texto ne nuit pas à la qualité du français (La Soleil : Le «texto» n’est pas une menace pour le français). C'est aussi mon opinion, que je ne suis pas seul à partager. Il y a un bon moment que je compile des sources afin d'approfondir la question. En attendant, je me contente de présenter ici le contenu de mes archives, histoire de faire contrepoids au barrage de protestations que cette déclaration risque de soulever.
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Qui a chamboulé le commerce de la musique? Les jeunes. Qui s’attaque maintenant à l’édition de livres? Les étudiants (eSchool News : Copyright fight looms over college textbooks). Qui sera la prochaine génération d’entrepreneurs et de décideurs? Les étudiants encore. Sans compter la multitude de jeunes dont la créativité déborde du cadre académique. Je ne donne pas cher, par conséquent, de l’avenir des droits d’auteur dans leur forme actuelle.
Même si certains croient que la génération Internet n’est pas insensible aux droits d’auteur, cette valeur est en proie à la culture du libre, un phénomène irréversible. Nous n’avons d’autre choix que de trouver de nouveaux modèles pour récompenser la productivité intellectuelle.
Je crois que le modèle de distribution unique, celui qui offre un seul format, tire à sa fin. Avec la multiplicité des moyens de production, les maisons d’édition devront diversifier les formats de leurs produits. L’exemple de Flat World Knowledge, qui mise simultanément sur plusieurs formats, mérite considération.
Mise à jour, 27 juillet 2008 | Le New York Times traite aussi du sujet : First It Was Song Downloads. Now It’s Organic Chemistry. J’en profite pour dénoncer les éditeurs qui louent l’accès à la version électronique de leurs manuels pour un temps limité; un livre est un objet d’apprentissage pour la vie, et son propriétaire ne devrait pas avoir à en mémoriser tout le contenu. Ce genre de service constitue une exploitation d’étudiants appauvris par les frais universitaires et justifie, aux yeux de plusieurs, le recours à la piraterie. La nécessité d’un nouveau droit, fondé sur le contrat naturel, est de plus en plus évidente (Éducation 2.0 : Michel Serres : Inventer un nouveau droit).
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
La cyberintimidation évolue au rythme des nouvelles technologies. Chez les jeunes qui font du mal, comme pour le reste, la gloire repose aussi dans le dépassement. On ne s’étonnera pas d’apprendre que l’intimidation en ligne prend des formes plus cruelles avec l’apparition de la photo, de la vidéo et des faux sites Web (USA Today : Cyberbullying grows bigger and meaner with photos). Les gestionnaires scolaires, qui ont d’autres chats à fouetter, continuent de traîner de la patte loin derrière le peloton des jeunes technophiles. Ceux qui osent s’attaquer au problème réalisent que les ressources utiles à l’apprentissage sont généralement à double tranchant (eSchool News : Educators struggle with AUP enforcement).
La plupart des écoles possèdent une politique d’utilisation (acceptable use policy) des nouvelles technologies de la communication. C’est une erreur. Les règles sociales suffisent. Il ne nous vient pas à l’idée de rédiger des règlements interdisant la violence ou l’intimidation dans l’école. Il ne devrait pas en être autrement pour le cyberespace. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’il faille négliger le sujet dans un but éducatif.
On ne doit pas retirer à l’élève le devoir du choix moral et de l’imputabilité de l’action. Au besoin, on laissera les élèves prendre des mesures collectives dans un esprit de citoyenneté et de démocratie. Forcément, des erreurs seront commises, mais le fer se bat pendant qu’il est chaud.
Il ne revient pas aux administrateurs, par ailleurs, de se substituer à l’élève sur le plan de l’analyse et de la réflexion. L’élève ou le professeur verra dans un nouvel outil des moyens d’apprentissage qui leur échappe. Il est toujours malheureux de punir la majorité à cause de quelques hurluberlus.
Internet a rompu la notion d’école en tant que vase clos. Les mesures de contrôle n’effacent pas l’activité à incidence scolaire qui foisonne hors de ses murs. L’extension de l’éducation au-delà de l’école oblige celle-ci à accroître le maillage avec les parents et les organismes communautaires. Taire le problème, par souci de marketing scolaire, n’est pas moralement acceptable.
Mise à jour, 24 juillet 2008 | Je découvre à l’instant un article qui traite de l’efficacité de l’action par les pairs quand elle est organisée (Edutopia : Bullies, Begone! Safe Schools Ambassadors Help Keep the Peace on Campus).
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Le charme d’un bambin qui s’amuse réside non dans la rougeur des joues, mais dans son insouciante énergie. Cette énergie disparaît souvent dans la chrysalide de l’adolescence. Une étude longitudinale publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) indique qu’un enfant de 9 ans consacre en moyenne trois heures par jour à de l’activité physique, mais quatre fois moins à l’âge de 15 ans, soit seulement 49 minutes en semaine et 30 minutes le week-end (New York Times : As Children Grow, Activity Quickly Slows).
Au total, les garçons font plus d’exercice que les filles. Le début du secondaire semble un moment critique alors que les jeunes passent sous la barre des 60 minutes. Notons que l’absence de récréation au secondaire diminue le temps d’exercice. 30 minutes par jour, ce n’est quand même pas une bagatelle; il faut compenser par une augmentation du temps dévolu à l’éducation physique.
L’étude ne cherche pas à identifier les causes de la diminution de l’activité physique. C’est effectivement un terrain glissant. Néanmoins, j’aurais bien aimé avoir quelque indication de la part de l’inné dans cette léthargie de l’adolescence, dans la mesure où celle-ci existe réellement, ce que contestent certains psychologues, dont Robert Epstein. Peut-être témoigne-t-elle seulement d’une réaction contre une société qui les tient en laisse.
En marge de cette observation, je veux aussi signaler une nouvelle inquiétante selon laquelle « le nombre d’ordonnances de Prozac a triplé en cinq ans chez les adolescents québécois » (La Presse : Le Prozac en hausse chez les ados). Quoique le nombre de cas soit encore restreint (1,3 %), le phénomène dénote notre penchant pour les solutions faciles et l’efficacité des pharmaceutiques.
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Les livres en ligne statiques, comme ceux offerts par Read Print, n’ajoutent rien au format papier, sinon l’accessibilité. Le numérique, c’est plus que cela, particulièrement dans une perspective d’apprentissage. L’avenir n’appartient peut-être pas aux éditeurs existants qui, plutôt que de créer de nouveaux modèles d’édition, tentent d’adapter tant bien que mal un modèle propriétaire. Flat World Knowledge propose un nouveau mode d’édition qui exploite la dynamique moderne du Web : le multimédia, la gratuité, la diversité de format, l’auto-édition (voir le vidéoclip ci-dessous) et les réseaux sociaux (TIME : Coming This Fall: Free Textbooks).
Eric Frank et Jeff Shelstad, anciennement de Prentice Hall, comptent rentabiliser l’entreprise en chargeant un supplément pour le matériel accessoire (versions imprimées, guides d’étude, podcasts), mais à un coût nettement inférieur au marché actuel.
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
La chimie est un univers de réactions. Il est tentant de comparer les idées aux éléments et de considérer Internet comme un vaste laboratoire de transformation endothermique. Peu importe. Ce n’est pas tant la chimie qui m’intéresse, mais l’évolution du tableau périodique depuis l’avènement des nouvelles technologies de l’information. Celles-ci ont donné lieu à une explosion de formes interactives du tableau afin de lui donner vie (exemple 1, 2, 3, 4). Mais dans une fameuse illustration de l’ubiquité et de l’efficacité de la vidéo, une équipe de l’Université de Nottingham a réalisé un vidéoclip sur chaque élément (voir le communiqué).
Je vois dans ces vidéos un mouvement plus général en éducation vers le réalisme, ou ce que je suis tenté d’appeler l’édu-réalisme, malgré que toute bifurcation de la réalité soit une contradiction. Certaines formes de réalisme ne s’en sont pas formalisées. Cette tendance s’inscrit dans le sillage de la pédagogie de projet de Dewey, la pédagogie Freinet, l’action learning, et toute l’approche communautaire. Elle s’oppose à l’artificialité de l’enseignement magistral.
J’en profite pour rendre hommage au génie de mon oncle, Fernando Dufour, qui a créé un modèle 3D du tableau périodique.
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
Il fallait évidemment attendre quelques lunes avant que n’émergent les effets positifs des portatifs dans les classes. Entre autres, les enseignants devaient s’approprier l’outil et adapter leurs pratiques, ce qui n’est pas une mince tâche considérant la nécessité de refondre les approches pédagogiques. À ce sujet, nous n’avons encore qu’effleuré la surface, mais les résultats sont encourageants. Une étude sur l’un des premiers projets d’envergure, le programme de portatifs du district scolaire Henrico County, révèle que les élèves obtiennent de meilleurs résultats en lecture, en histoire, en biologie et en chimie, mais moins élevés en écriture et en algèbre (Richmond.com : Study: Laptop Learning Improving).
L’auteur de l’étude, Dale Mann, croit que la baisse de résultats en algèbre provient d’une transition de la calculatrice graphique à l’ordinateur. Quant à l’écriture, les tests sur papier privaient les élèves de leurs outils d’usage.
Au risque de me répéter, les tests scolaires traditionnels ne s’attardent guère aux apprentissages avantagés par les nouvelles technologies de la communication. Cela n’enlève rien à l’importance de ces apprentissages. L’étude conclut que les élèves « s’adonnent à plus de résolution de problèmes reposant sur les technologies, de recherche, de travail en équipe et de projets qui font appel aux communications. »
On sait déjà comme les jeunes nagent dans ce nouvel élément. Au surplus, l’étude souligne le changement que les portatifs opèrent chez les professeurs. Mann a noté moins d’enseignement directif et plus d’interactions personnelles entre le professeur et les élèves. Jacques Cool, qui travaille au ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick et avec qui j’ai eu un long entretien cette semaine, me faisait part également des effets positifs des portatifs remis aux enseignants de sa province.
Ah, si seulement le Québec voulait doter ses professeurs des outils de la réforme!
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
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