En septembre 2008, le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse doit remplacer définitivement les programmes d’enseignement religieux catholique et protestant et le programme de formation morale non confessionnelle. Cette date mareque en même temps l’aboutissement final du long processus de laïcisation de notre système scolaire amorcé en 1964 par la création du ministère de l’Éducation, et qui s’est accéléré à partir de 1998 par le remplacement des commissions scolaires confessionnelles par des commissions scolaires linguistiques, et par la déconfessionnalisation, en 2000, des institutions centrales comme celle des établissements.
Les défis la formation à l’éthique et à la culture religieuse sont nombreux et importants. C’était précisément là l’objet d’un colloque tenu mardi au congrès de l’ACFAS à Trois-Rivières. Il réunissait un bon nombre d’universitaires en éthique et en sciences religieuses dont plusieurs sont associés à titre d’experts à la confection du programme.
Le professeur et philosophe Georges Leroux a précisément résumé en fin de journées ces principaux défis, dont voici ...le résumé!
Le premier défi est sans nul doute la formation initiale et surtout continue des enseignants en exercice. Il s’agit en effet de former sur une période de trois ans à compter de maintenant tous les enseignants du primaire (ils sont près de 30 000) et les spécialistes du secondaire. C’est un défi que doivent relever, en s’alliant les uns aux autres, les départements ou facultés de philosophie, de sciences des religions et de théologie, et d’éducation. Cela même est un défi.
Le second défi est celui du relai institutionnel de la formation en matière de religion. Conçue et contrôlée jusqu’ici par les Églises, celle-ci passe cette fois totalement sous la responsabilité de l’État. La situation, totalement inédite, des stratégies nouvelles d’implantation dans les établissements qui, à leur tour, jouissent d’une certaine autonomie dans le cadre de leur projet éducatif.
Le troisième défi a trait au caractère déstabilisant du nouveau programme, en raison de son approche même qui vise le développement de trois compétences liées à l’éthique, la culture religieuse et la capacité du dialogue. L’inscription dans le même programme de la formation éthique et la culture religieuse a déjà été contestée sur le plan conceptuel, sans compter qu’elle brise des traditions bien établies. Ainsi, la formation morale s’est progressivement développée en s’éloignant de plus en plus de ses racines religieuses. Sur ce défi, le débat n’est sans doute pas terminé. Le rapport du Comité sur les affaires religieuses attendu très bientôt devrait rendre compte de l’état des lieux sur cette question. Il a consulté en effet à peu près tous les intéressés de toutes tendances.
Le quatrième défi a trait à la finalité politique du programme. Il vise notamment en effet la socialisation des jeunes en vue de la gestion du pluralisme. Aussi, le législateur devra-t-il soutenir sa mise en œuvre, car celle-ci s'inscrit au coeur de l'actualité plus large. Que l'on songe à l’opposition du cardinal Ouellet ou au phénomène d’Hérouxville. Bref, le programme surgit au beau milieu de notre anxiété identitaire.
Le cinquième défi, enfin, est de nature pédagogique. La posture des enseignants en classe au regard des apprentissages à faire avec les élèves constitue un enjeu central. La mise en œuvre du programme créée en effet une situation pédagogique nouvelle. Pour ce qui est de ceux qui donnent l’enseignement religieux confessionnel, qui sont souvent des gens de conviction, ils devront opérer leur passage vers la culture religieuse dans le contexte d’une neutralité bienveillante. Ceux qui enseignaient la formation morale non confessionnelle devront de leur côté s’ouvrir à la dimension religieuse, de laquelle ils ont plutôt cherché à s’éloigner. Les uns et les autres, enfin, devront tous développer chez leurs élèves la compétence au dialogue social et religieux, ce qui, sur le plan pédagogique, est largement inédit.
Pour l’heure, près d’une dizaine d’établissements au Québec expérimentent ce nouveau programme. Il serait bien intéressant de lire leurs réflexions sur ce blogue. Car, forcément, ils n’étaient pas à Trois-Rivières mardi. Ils étaient en classe. Par contre, les concepteurs du programme au Ministère étaient curieusement absents. On aurait bien aimé les entendre.
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