La nouvelle d’hier touchant les bulletins me suggère les quatre commentaires suivants :
1 - La gouvernance de l’éducation appartient depuis 1964 au politique. La création d’un ministère de l’Éducation fut un choix de société. Cela veut dire que les décisions et les arbitrages ultimes n’appartiennent pas aux technocrates (les fonctionnaires) ni même aux professionnels (les enseignants), mais bien aux élus.
La conséquence de ce choix est que le gouvernement doit, dans ses décisions, prendre en considération les attentes sociales et, dans le cas du bulletin, plus particulèrement celles des parents. À cet égard, il est manifeste que le régime institué depuis quelques années, malgré ses mérites propres, précédait ce que j’ai appelé ailleurs la culture commune en éducation, culture formée par nos propres expériences scolaires. Le gouvernement a jugé que la facture actuelle et variée des bulletins précédait indument cette culture. Certes, des considérations stratégiques ont joué. Il est minoritaire et l’ADQ voulait le retour au bulletin chiffré. Mais cela fait aussi partie de la démocratie.
Pour ma part, je suis d’avis que la décision ministérielle marque un retour en arrière. Mais je prends acte.
2- Le débat sur le bulletin n’est pas que technique et ne se résume pas qu’à une question de clarté dans la communication (ce qui est en soi important). Ainsi, l’inscription de la moyenne renvoie à un débat de valeurs. À entendre ce matin les commentaires, on s’en rend bien compte. La moyenne est associée fortement à la compétition. Puisque la société adulte est fondée largement sur la compétition, on veut qu’il en soit de même pour l’école. C’est là que le bât blesse. Car qui dit compétition, dit gagnants et perdants. Or la mission même de l’école, c’est la réussite de tous.
3- La réécriture des compétences, pour en simplifier et en clarifier les libellés, est une très bonne nouvelle. J’ai écrit dans ce blogue que le langage obscur de la réforme et du renouveau pédagogique avait nui plus que tout à sa mise en œuvre et surtout à son acceptation par le public en général et les parents en particulier. La culture scolaire commune a été heurtée. Ce ne sont pas les fonctionnaires et les enseignants qui ont construit les programmes qui sont les premiers responsables du gâchis. Ils ont utilisé la langue de leur métier, comme cela se fait dans tous les métiers. Non, les premiers responsables sont les politiciens qui représentent la population qui les a élus. C’est d’eux que devaient venir les exigences de clarté.
4- Enfin, ceux et celles qui croient en la valeur des fondements de la réforme en cours devront être vigilants. Les changements annoncés touchant le redoublement remettent sérieusement en question l’organisation du primaire en trois cycles d’apprentissage. De même, le mandat confié au Conseil supérieur de l’éducation relatif à l’approche par compétence ne me dit rien qui vaille. À moins que ce ne soit que tactique pour apaiser la « contre-réforme ». Il faudra attendre le libellé exact du mandat qui sera confié au Conseil. Car pour l’heure, le communiqué de la ministre n’est pas …clair!
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