Pourquoi le Web change tout

07/22/07

Permalink 09:46:00 am, par François Guité,
Catégorie: Discussion

Pourquoi le Web change tout

Les nouvelles technologies ont transformé tous les secteurs de pointe, à l'exception de l'éducation. Mais si les pratiques scolaires restent hésitantes, les élèves n’ont pas tant de retenue. Les nouvelles technologies transforment aussi les individus, et notamment les natifs de ce nouvel élément. Alexandre Enkerli observait dans un commentaire que « dans l'histoire de l'apprentissage formel, une période de transition d'une cinquantaine d'années ne semble pas très longue. » Je partage son point de vue, sauf que nous ne pouvons pas attendre placidement encore 30 ans : l'école sera depuis longtemps obsolète.

Will Richardson compile dans un wiki les raisons qui font en sorte que la Toile devrait transformer aussi l’éducation (WillRichardson : A Web of Connections : Why the Read/Write Web Changes Everything). En résumé :

    • Le monde change
    • Le Web de la lecture/écriture dynamise le changement
    • Le Web change la politique
    • Le Web change le journalisme et les médias
    • Le Web change le monde des affaires
    • Temps de défis pour les éducateurs
    • Le Web ébranle les approches traditionnelles de l’apprentissage
    • Le Web ébranle nos croyances sur les connaissances et la littératie
    • Le Web ébranle notre conception de la classe et de l’enseignement
    • Il faut une vision 2020 pour l’éducation

Peut-être même la Toile n’est-elle pas étrangère au fait que nous lisons plus de livres que jamais (BBC : ‘More reading’ than in 1970s). Comme le rapporte Ewan McIntosh, les blogueurs sont particulièrement conscients de l’accroissement de leurs lectures (Ewan McIntosh’s edu.blog.com : We’re reading more than ever before — no surprise for bloggers?

Plus spécifiquement, Teemu Arina voit dans Internet une sorte de troisième dimension de l’apprentissage, entre l’éducation familiale et institutionnelle, qui libère l’individu et l’habilite à poursuivre ses propres intérêts. Pour bien comprendre, voyez l’intégrale de sa présentation à la récente conférence EDEN : Serendipity 2.0: Missing Third Place of Learning (source : Stephen Downes).

Ce qui m’amène, en conclusion, à l’excellente question posée par Will Richardson : pourquoi est-ce si difficile pour les éducateurs de se concentrer sur leur propre apprentissage? Le paradoxe intéressera les conseillers du RECIT. Se peut-il que les éducateurs, dans un exemple typique de cordonniers mal chaussés, aient perdu de vue leur propre développement? Ou est-ce tout simplement qu’ils sont perdus dans un sentiment de supériorité?

(billet retranscrit d'un blogue personnel)

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: florence meichel [Visiteur] Email
bonjour François

Je rebondis sur ta conclusion : " Ou est-ce tout simplement qu’ils sont perdus dans un sentiment de supériorité?"

C'est ce qui s'apelle mettre les pieds dans le plat ! lol

ça pourrait être drôle si ce n'était pas mahleureusement un sentiment plutôt général...même si bien sur il ne faut jamais généraliser...

En france, je crois que les IUFM (instituts universitaires de formation des maitres) ne sont pas innocents dans ce formatage ?

Je crois que l'école est déjà obsolète...enfin en france particulièrement ! Je suis moins catégorique ailleurs...une de mes filles vient d'intégrer une école anglaise et l'utilisation des technologies me semble plutot intéressante pour le moment ! A suivre !

J'ai envie de croire qu'au travers de ce blog et du travail de chacun de part et d'autre, nous faisons avancer les choses ! :-)
PermalinkPermalien 07/23/07 @ 03:47
Commentaire de: Claude Paquette [Visiteur] Email · http://www.claudepaquette.qc.ca
Réflexions sur le changement en éducation

Monsieur François Guité appelle au changement, car dit-il « nous ne pouvons pas attendre placidement encore 30 ans : l'école sera depuis longtemps obsolète ». Je ne partage pas son avis. Je crois plutôt que l’école est depuis fort longtemps obsolescente, voire inadaptée. Je me souviens d’avoir assisté à une conférence animée par Seymour Papert à la fin des années 60 alors qu’il criait l’urgence d’intégrer les nouvelles technologies à la salle de classe. Je relis présentement une biographie de John Dewey qui réclamait il y a plus de cent ans, une école de l’expérience et du projet, une école citoyenne, une école adaptée à la vie moderne et démocratique.
En éducation, la majorité des éducateurs et des éducatrices souhaitent une école qui a l’air de changer, mais qui dans le fond demeure une école fondée sur le paradigme encyclopédique, donc sur une pédagogie de la bonne réponse. En Occident, cette pédagogie est toujours dominante dans le quotidien, malgré les réformes des quatre dernières décennies. Il n’est pas étonnant que le retour du bulletin unique, chiffré et comparatif n’ait pas soulevé un tollé chez les applicateurs de la réforme car ce type de bulletin est cohérent avec la pédagogie pratiquée en salle de classe : la pédagogie de la bonne réponse!
Pourquoi les réformes en éducation avortent-elles? Trois raisons principales : elles sont improvisées, elles ne tiennent pas compte des règles du changement en profondeur et elles se fondent sur des principes recherchant le compromis, alors on mêle toutes sortes d’approches et de pratiques afin de satisfaire tout le monde. Ça manque de cohérence, de continuité et de cohésion. Il y a cinq ou six ans quand un sous-ministre adjoint a déclaré que toutes les approches pédagogiques étaient valables pour réussir la réforme, j’ai alors eu la certitude qu’on se dirigeait vers un autre échec. Qui fera des efforts pour changer quand un des initiateurs de cette réforme décrète que tout se vaut?
Le monde scolaire ayant généralement une pensée paresseuse et un génie pour les détournements sémantiques, il n’en faut pas plus pour la révolution pédagogique anticipée devienne une réformette qui ne change rien.
Les passionnés de l’éducation, celles et ceux qui vibrent encore pour ce métier complexe, font les frais de ces réformes avortées à répétition. Dans les années qui viennent l’innovation pédagogique sera périlleuse, voire suspecte et dévalorisée. Dans un tel contexte, les innovateurs devront être articulés, persévérants, ambitieux et stratégiques.
Certes, les promoteurs d’une « Éducation 2.0 » peuvent offrir de nouvelles perspectives stimulantes, mais je suis étonné du sentiment d’urgence qui se dégage de la proposition de Mario Asselin sur son blogue d’une rencontre rapide pour « jaser » du comment alors qu’on saisit pas bien le pourquoi.
La meilleure façon de tuer de bonnes idées, c’est de les présenter prématurément, de créer un buzz éphémère, de simplifier tellement que le vide s’installe.

Claude Paquette
Auteur, conférencier et pédagogue.
www.claudepaquette.qc.ca


PermalinkPermalien 07/23/07 @ 16:50
Commentaire de: François Guité [Visiteur] Email · http://www.opossum.ca/guitef/
Bloque du RAEQ : http://recit.org/raeq/index.php/2007/07/22/pourquoi_le_web_change_tout

Quel plaisir que cette visite d’un éducateur qui partage les idées de Dewey et Papert, et probablement aussi Ivan Illich et John Holt.

Je partage absolument le point de vue de Claude Paquette sur l’obsolescence actuelle de l’école, tout comme sa critique de ce qui devait être une réforme de l’école québécoise et qui n’est plus qu’une version factice. Pour ma part, j’ai décidé d’oeuvrer pour le changement à partir de l’intérieur de la forteresse. Plus le temps passe, et moins j’ai l’impression d’avoir fait le bon choix. L’avenir me le dira, mais je persiste à croire qu’il faut opérer sur plusieurs fronts. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai joint le RAEQ.

C’est aussi pourquoi je projette de participer aux efforts de l’Éducation 2.0, où j’entends justement amener au premier plan le « pourquoi » avant de se jeter dans le « comment ». Un début de réponse, très embryonnaire, est présenté sur la page « Au sujet de l’Éducation 2.0».
PermalinkPermalien 07/24/07 @ 12:42

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