Enseigner à plus savant que soi

11/24/07

Permalink 09:46:55 am, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

Enseigner à plus savant que soi

L'avant-veille de la dernière rencontre du RAEQ, une enseignante de français invitait son directeur à présenter un exposé de 10 minutes devant sa classe. Le but de l’exercice : développer chez ses élèves l’habileté à comprendre un discours explicatif.

De la dizaine de thèmes qu’elle m’avait soumis, j’ai retenu celui que je connaissais le moins : pourquoi a-t-on la chair de poule?

Madame la ministre, [...] le modèle, en Occident, d'avoir un prof en avant qui transmet des savoirs à des élèves qui vont se casser la tête un peu, [...] ça a marché correctement, il me semble. Avec ce modèle-là, on a envoyé un homme sur la Lune. [Patrick Lagacé]

Le jour venu, debout devant les élèves, du haut de mon savoir chaud comme un petit pain et armé d’un PowerPoint à 3 diapos (la photo d’un poulet cru déplumé, celle d’un chat effarouché et celle d’une vitre Thermos), je n’ai pas eu le temps de me rendre à la seconde diapo avant que deux élèves, presque simultanément, ne brûlent mon punch.

Ils savaient les deux raisons que j’avais préparées; un troisième élève en a ajouté une que je ne savais pas.

Les porte-parole de la Coalition soutiennent que le rôle de l'école n'est pas de faire en sorte que chaque enfant reconstruise des connaissances qui ont pris des siècles à se développer, mais au contraire de transmettre ces connaissances qui font désormais partie de la culture universelle...

Pendant que mon cerveau courait après un plan B, ma mémoire retournait à une prédiction que faisait Margaret Mead en 1978:

  • des siècles durant, en vue d'accéder à l’autonomie, les enfants apprenaient de leurs aînés : dans ce que Mead qualifie de sociétés post-figuratives, le changement est si lent qu’un grand-père qui regarde jouer sa petite-fille jouer peut anticiper le moindre détail de la vie qui l’attend; il a donc beaucoup à lui apprendre; d’innombrables générations se sont relayées de la sorte… sans jamais sentir le besoin d’inventer le concept de scolarité obligatoire;
  • aujourd'hui, dans ce que Mead qualifie de sociétés co-figuratives, les enfants apprennent de leurs pairs; le changement est suffisamment rapide pour que l’apprentissage par les pairs vienne compléter la transmission générationnelle; cette configuration est celle qui nous a produit… et que nous avons du mal à voir partir, car désormais, et de plus en plus, ce sont…
  • les aînés qui ont besoin de leurs petits-enfants pour naviguer la complexité ambiante. Mead qualifie de telles sociétés de pré-figuratives, "the kind of culture in which the elders have to learn from the children about the experiences which they have never had." (p. 13)


  • Dans de telles sociétés, les enseignants ont la tâche ingrate d’inventer l’école de demain, une école

    où le maître ne se tiendra plus constamment à sa tribune mais participera aux recherches en équipe […] les relations du maître et de l'élève et l'atmosphère de l'école seront modifiées. L'école, se donnant pour mission d'habituer les élèves à apprendre, à comprendre, à travailler verra le maître en train lui aussi de chercher la solution à un problème qui lui a été posé, beaucoup plus souvent qu'en train de transmettre des connaissances livresques […]; le manuel sera un ouvrage de consultation, comme le dictionnaire, la grammaire ; mais l'expérimentation et la recherche personnelle seront une source tout aussi fréquente et ordinaire de connaissances. […] Les parents ont, eux aussi, tout comme les maîtres, à comprendre et accepter ces méthodes nouvelles, plus profitables à l'enfant. Et le maître sera ainsi, à son tour, une sorte d'élève; il apprendra de ses écoliers bien des choses [...]


    Commentaires, Pingbacks:

    Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
    Vous pourriez retourner en 1948 et retrouver des propos semblables. «Plus savants» pour certaines choses, peut-être. Mais pour l'essentiel, les jeunes sont parfois démunis.
    PermalinkPermalien 11/24/07 @ 10:39
    Commentaire de: Hervé Bergeron [Membre]
    À Luc Papineau
    Quel est cet essentiel?
    Est-ce manger avant d'aller à l'école?
    Est-ce d'avoir accès à des livres et à un ordinateur chez-soi?
    Est-ce de vivre entouré d'attention et d'amour?
    Est-ce le besoin d'être guidé dans la vie pour savoir quoi faire avec les choses que l'on sait et celles que l'on apprend et apprendra?
    Est-ce autre chose?

    Fi de ces grandes phrases pleines de sous-entendus qui miment la sagesse!

    PermalinkPermalien 11/25/07 @ 12:30

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