Sainte trinité, le retour! Ordre, autorité et discipline...

01/31/08

Permalink 04:07:40 pm, par David D'Arrisso Email ,
Catégorie: Discussion

Sainte trinité, le retour! Ordre, autorité et discipline...

Décidément, l’orage fait des siennes et attention aux dommages!!! Nuance et subtilité ne sont plus de mise! Ainsi, selon Martin Ouellet de la PC, Mario Dumont souhaite le retour de la « discipline » et de l’ « autorité » à l’école. Le journaliste rapporte que Monsieur Dumont aurait aujourd’hui affirmé devant la Chambre de commerce et d'industrie de Saint-Jérôme, que :

[d]ès sa mise en application il y a dix ans, la réforme a été "kidnappée" par la bureaucratie et cette dernière a transformé les élèves en rats de laboratoire.

Et vlan! Rien de moins…

Le chef de l’opposition officielle ajoute donc sa voix à celles des ténors péquistes pour exiger un moratoire à la réforme. Oui, mais pour quoi faire en attendant?

La réponse de Monsieur Dumont :

recentrer l'enseignement sur les "apprentissages de base" et surtout, ramener l'ordre dans les salles de classe.

Euh…d’accord…Supposons que ce soit là la solution,comment faire ?

[…]il préconise le retour en classe de la stricte discipline et l'adoption d'un code de conduite comportant le vouvoiement obligatoire dans les relations maître-élève […] l'enseignant doit aussi redevenir "une figure d'autorité" qui commande le respect des écoliers[...].

Ah oui… C’est si simple! Je n’y avais même pas pensé : Ordre, discipline et autorité… Ça va de soi!

Mais… l’ordre, Monsieur Dumont, vous allez l’imposer comment? En l’intégrant dans la loi? Et la discipline,elle? C’est pour le régime pédagogique? L’autorité… ? Hop, dans les programmes? Et pour faire respecter tout cela? Des inspecteurs nationaux? Entre l’État-Pédagogue si dénoncé et l’État-Ordre/Discipline/Autorité que vous proposez, lequel doit-on choisir?

Bref, business as usual : un petit tour devant les kodaks, quelques phrases-chocs pour épater la galerie, et après : le néant!

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Francis Poissant [Visiteur] Email
Dumont lance quand même un débat pertinent

Vous semblez penser que la figure d'autorité est incompatible avec celle du pédague. Pourtant, être pédagogue m'empêche en rien d'avoir une politique disciplinaire et d'insister sur le respect de la figure d'autorité qu'est l'enseignant adulte qui est sur le plancher responsable d'enfants dans une classe. Il est souvent même difficile d’obtenir un silence en classe. Parler au-dessus de l’expressivité naturelle et parfois incontrôlée des jeune est inefficace au niveau de la communication et franchement minant pour la santé. Et, ne nous mettons pas la tête dans le sable, on l’obtient ce silence au secondaire souvent en montrant la menace et en sanctionnant à l’occasion. Dans des écoles, où on ne vous permet pas de brandir de menaces sérieuses, faute de moyen, de système d’encadrement, un enseignant peut se retrouver devant des jeunes qui constamment prennent le contrôle de sa classe. C’est l’horreur. Vous aurez beau faire appel à la raison, vous allez endurer le chaos longtemps avant d’avoir un silence volontaire. C’est pourtant, si simple à comprendre que nous avons tous compris et intégrés un tant soit peu des règles de savoir-vivre parce que des adultes dans notre jeune âge nous ont forcé la main à respecter certaines règles minimales et un certain respect de la hiérarchie. Nous ne sommes pas traumatisés pour autant.

Comment donc faire respecter les codes de vie pourtant bien présents dans les agendas des élèves? Évidemment, il y a quelques trucs du métier en gestion de classe qu’on nous enseigne et qu’on développe en enseignant. Ça ne suffit pas. Il faut aussi, en ayant des sous pour cela, avoir du personnel chargé d'appliquer des sanctions quand il y a des conduites répréhensibles. Des locaux d'encadrement existent déjà, dans bien des établissements. J'ai travaillé dans d'autres qui n'avaient même pas un local pour recevoir des élèves perturbateurs et on nous forçait la main de les garder en classe. Enfin, si on changeait un peu aussi l'attitude « gnagnan » de certains intervenants de l'encadrement, cela aiderait aussi. Quand un jeune aux conduites délinquantes va rencontrer une maman complaisante qui l'écoute, il n'a pas vraiment l'impression d'avoir mal fait en envoyant promener l'enseignant. Il n’est absolument pas incité à changer sa conduite. Vous devez pourtant connaître le behaviorisme qui n’est pas la panacée, mais qui nous donne quand même quelques lumières assez évidentes sur des méthodes connues depuis la nuit des temps. Il n’y a pas besoin de battre quiconque jusqu’au sang pour créer un renforcement négatif, juste besoin d’emmerder un peu la vie du jeune. Mais évidemment, quand on a trop cru Rousseau, et qu’on est idéologiquement braqué contre l’idée même de la punition, on oublie ce genre de théories pourtant si importantes dans la recherche en psychologie du comportement du 20e siècle.

Parfois j’ai l’impression que nos chercheurs dans nos universités manquent de certaines données fondamentales du quotidien dans une école secondaire. A l'université, les jeunes sont responsables eux-mêmes de se prendre en main et sont de jeunes adultes en plus triés par l’appareil éducatif. Au secondaire, les jeunes sont encore à tester les limites du jusqu'où ils peuvent aller dans le langage pour prendre leur place. Quand le message est qu’ils peuvent envoyer promener quiconque sans vraiment avoir de conséquences sérieuses, je ne crois pas qu'on éduque dans le bon sens. Quand on laisse des adultes subir l’irrespect quotidiennement, comme se sont plaintes de nombreuses personnes qui quittent la profession, c’est collectivement qu’on manque d’un certain sens des responsabilités. Penser que tous les jeunes sont des petits anges, c’est franchement ne pas reconnaître la réalité..

Sans revenir à la « strap », qui est la caricature à laquelle vous semblez penser quand certains parlent de revaloriser la figure d'autorité et de réinstaller une discipline plus sérieuse, on peut certainement faire quelques pas en arrière dans certains milieux. Évidemment, ses jeunes parfois turbulents, sont maintenus de force bien souvent jusqu'à leur 16 ans dans une classe qui ne leur convient pas. Ça n’excuse pas le manque de respect envers les autres. On peut néanmoins remettre en vigueur et renouveler les classes spéciales, augmenter l’accès à des écoles de métier en créant des places, pour que plus de jeunes puissent aller commencer à apprendre un métier vers 14-15 ans, si c'est leur besoin. Ce sont encore des voies qui, je répète, règleraient probablement bien des choses.

Je n’ai rien d’un tortionnaire, je vous parle simplement d’un minimum de bon sens. Dans mon entourage, je rencontre quotidiennement d’autres profs qui se sentent de plus en plus désarmés face à l’inconduite des jeunes. Il est temps de réfléchir sérieusement à cette question et de prendre action.

Quand on sort d'un cadre idéologique, on se permet de revoir ce qu'on a fait et ce qu'on fait déjà et on regarde comment on peut l'améliorer...

PermalinkPermalien 02/01/08 @ 08:06
Commentaire de: Jean Archambault [Visiteur] Email
Dans le fond, David, c'est rassurant tout ça. On constate que nos personnes politiques ont fait une réflexion en profondeur sur l'école, qu'ils ont un discours étoffé sur l'éducation, qu'ils en comprennent les vrais enjeux et qu'ils en discutent en toute connaissance de cause.

Des discours creux, des solutions simplistes et pas de vision à long terme. J'espère seulement qu'on ne nous imposera pas un espèce de "No child left behind" à la québécoise. Plusieurs Américains contestent ce retour en arrière en éducation, mis en place par Bush en 2000. On y voit même plein d'effets pervers sur l'apprentissage des élèves.

Ce ne serait pas la première fois qu'on essaierait quelque chose que les Américains ont eux-mêmes déjà essayé, chose qu'ils ont depuis mis aux poubelles.

Non, j'espère plutôt que ce sera "trois petits tours (devant les kodaks), et puis s'en vont" et que dans quelques jours, on sera passé à autre chose!
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Par ailleurs, je continue d'être étonné de tout ce qu'on peut mettre sur le dos de la réforme. Combien de fois faudra-t-il le répéter, cette réforme est vraiment mise en place dans très peu d'écoles. Alors lorsqu'on analyse des données sur la réussite des élèves, ces données ont été produites en majorité par les pratiques pédagogiques d'avant la réforme, celles-là mêmes auxquelles les tenants du STOP veulent revenir. Bizarre!
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Par ailleurs, on fait dire plein de choses aux théories béhavioristes. Maintenant, on les considère comme préconisant la punition. Rien n'est plus faux. Les béhavioristes ont toujours préconisé le renforcement de comportements adaptés ou incompatibles plutôt que la punition des comportements inadaptés. La raison: une question d'efficacité, vérifiée expérimentalement!
PermalinkPermalien 02/01/08 @ 15:06
Commentaire de: David D'Arrisso [Membre] Email
Je ne crois pas que Monsieur Dumont lance ici un débat. Je crois plutôt qu'il cherche à le clore en proposant des slogans simplistes, voire populistes.

La « figure d’autorité » n’est pas nécessairement incompatible avec celle du « pédagogue ». Tout dépend de l’idée que l’on se fait du concept d’ « autorité », qui a plusieurs sens. Employé dans son premier sens, brutal, de « droit de commander, pouvoir (reconnu ou non) d’imposer l’obéissance»(Petit Robert), je suis désolé, mais là je ne vous suis pas. Par ailleurs lorsque qu’employé dans le sens de « supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le respect, la confiance » (ibid.), là j'y vois un outil précieux et indispensable au « pédagogue ».

Il arrive, certes, qu’en situation de crise, un enseignant (du primaire à l’université) ou une école fasse appel à la première conception du concept d’autorité auprès de ses élèves, tout comme, acculé dans ses derniers retranchements, un intellectuel va parfois avoir recours au sophisme qu’est l’appel à l'autorité. Quand la chose arrive, ce n’est jamais de gaieté de cœur, et on s’interroge sur ce qui a bien pu se passer pour que l’on se rende jusque là. Mais une fois érigée en véritable système, l'emploi d'une telle autorité ne peut servir qu’à cacher un problème de légitimité bien plus profond.

Employé dans son deuxième sens, l’autorité peut-elle être imposée par l’État? Je ne crois pas non. L’État peut imposer, brutalement même, la première de ces visions de l’autorité, comme nous le montre, encore aujourd’hui, plusieurs régimes autoritaires, qu’il soit bureaucratique ou théocratique.

Mais le respect et la confiance? Peuvent-ils être « imposés » à partir de Québec? Non. D’ailleurs, la proposition de Dumont visant à imposer le vouvoiement à l’école témoigne bien du caractère frivole d’une telle entreprise. En effet, au-delà de son titre de « pluriel de politesse », en quoi l'imposition à distance du vouvoiement empêchera-t-il les élèves de faire preuve d’une truculente impolitesse à l’égard de leurs enseignants? En quoi cela leur donnera-t-il plus de confiance ou plus de respect envers ces derniers?

Les leviers pour créer un climat favorable à l’émergence de la deuxième forme d’autorité en classe sont, à mon avis, plutôt entre les mains des écoles, des parents et des enseignants eux-mêmes, lorsqu’ils sont placés dans des conditions adéquates. Or, ce sont de ces conditions-là qu’il faudrait davantage entendre parler. Les conditions d’implantation de la politique d’adaptation scolaire y sont pour beaucoup, comme vous le soulignez. Par contre, il faudrait éviter de voir le « transfert » des élèves à problèmes vers la formation professionnelle comme la panacée. Peut-être que plusieurs des élèves démotivés dont vous parlez y trouveraient leur voie, mais sûrement pas tous. D’ailleurs, la formation professionnelle a souffert de choix similaires par le passé, dont elle se relève encore péniblement (i.e. filière du professionnel court).Je ne suis pas certain que vos collègues, qui y œuvrent d’arrache-pied, trouveraient votre solution particulièrement adéquate.

Finalement, en ce qui a trait à l’ « idée de punition », ce n’est pas tant ma fréquentation de Rousseau qui me la rend moins sympathique que les résultats des travaux des béhavioristes eux-mêmes. En effet, ces derniers ont montré que le renforcement positif était de loin supérieur à la punition dans le domaine de l’éducation. Certes, si votre objectif est de contrôler les « comportement déviants », la punition peut servir afin de créer des « aversions », non sans entraîner d’autres effets indésirables. Mais, de manière générale, je ne crois pas qu’il s’agisse là de la mission de l'école québécoise.
PermalinkPermalien 02/01/08 @ 15:37

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