Comme on le sait, il est plus facile de défendre le « non-changement » même si on ne réussit pas vraiment à préciser ce que veut dire « suspendre la Réforme ». Le changement crée des insécurités même si des experts et expertes peuvent expliquer les fondements de ce changement et ce qui en est fait. On peut donc penser que les insécurités sont très grandes, car les occasions d’explications à un large public ne sont pas souvent fournies. Dans une émission où 3 ou 4 moments de 1 à 2 minutes sont alloués pour fournir des explications, il n’est pas possible de donner des exemples élaborés et compréhensibles pour bien saisir le rôle des connaissances dans les compétences. Surtout lorsque la parole est coupée ce qui empêche d’aller au bout des idées. L’éducation, comme d’autres domaines, a droit à ses concepts quelque soit leur nouveauté, quelque soit leur niveau conceptuel. Le socioconstructivisme, la métacognition et les compétences transversales s’expliquent bien, mais pas en deux minutes; pas dans un contexte où l’objectif derrière est de démolir ce qui sera dit quelque soit la pertinence des explications.
Accepter que des experts soutiennent que le développement de compétences dénie l’acquisition de connaissances est inacceptable. J’aimerais bien que ces mêmes experts expliquent ce que veut dire un retour en arrière, qu’ils montrent comment un retour en arrière est favorable aux jeunes, aux enfants. On dit que la Réforme n’est pas bonne, mais on ne dit pas en quoi le retour en arrière est bon pour les générations futures de jeunes en considérant les changements technologiques et les perspectives internationales.
Après toute la place accordée par les différents médias aux « contre-réforme », on pourrait se demander à quand des émissions assez longues pour favoriser une information de qualité par rapport à ce qu’est le développement de compétences, une information non empreinte de visées politiques et électoralistes. Après, les débats pourront se faire de sorte que les parents et le public seront mieux informés. Il est certain que des parents sont influencés par des discours alarmistes qui disent que les jeunes du Québec ne seront plus compétitifs à l’échelle internationale, que les jeunes ne connaîtront rien… La portée de tels propos diminue s’ils peuvent être contrés dans un contexte d’écoute et de discussion.
Comment peut-on dire que des résultats rendus en 2005 à partir d’une recherche internationale montrent un recul des résultats du Québec à cause de la réforme? Lorsque de tels résultats sont rendus disponibles, les jeunes ont passé les tests 1 ou 2 ans auparavant, sinon davantage. En 2003 et 2004, la réforme était rendue à la fin du primaire, pour une première cohorte. Peut-on dire que la Réforme était complètement implantée avec une seule cohorte? Les enseignantes et enseignants eux-mêmes vous diront que c’est impossible. Personne ne peut exiger qu’une réforme puisse donner des résultats en 1, 2 ou 3 ans. Un tel changement ne peut se faire d’« un coup de baguette magique ». Si toute l’énergie était mise à améliorer la perspective de développement de compétences au lieu de la contrer, il n’y aurait pas eu de gestes politiques créant des incohérences aux fondements de cette Réforme : bulletins chiffrés pour évaluer des compétences, redoublement en cours de cycle sous prétexte d’aider les élèves en difficulté, une évaluation des connaissances en plus de celle des compétences quand l’évaluation des connaissances doit être intégrée à celle des compétences.
Quand va-t-on cesser de comparer le Québec à la Suisse (en faisant référence au canton de Genève) qui se classe loin derrière le Québec dans les épreuves internationales (PISA-2006). Ce n’est pas un exemple à imiter. Pourquoi ne pas regarder les systèmes de pays comme la Finlande qui se classe souvent au premier rang. Dans le dernier numéro de la revue Le monde de l’éducation de janvier 2008, il y est écrit que sur 1400 personnes à postuler en formation à l’enseignement à l’université, 100 seulement y ont été admis. Ce métier attire beaucoup, car « le professeur fait toujours figure de héros national ». En sommes-nous là au Québec? En voyant la teneur des débats autour de la Réforme, je me permets d’en douter.
J’aimerais bien pouvoir discuter de façon critique à propos de cette réforme, car tout n’est pas parfait, mais cela ne semble pas possible dans un contexte où des groupes et individus mésinforment les parents, la population et qu’une grande importance leur est accordée sur la place publique.
Le Québec avait l’occasion de continuer à démontrer son dynamisme, sa créativité et sa valeur en éducation. Les débats « supposément pédagogiques » pour « supposément » aider les jeunes sont « parasités » par des enjeux politiques et trop de choix sont faits à partir d’une évaluation de leur valeur électoraliste.
Je me console, car pour le moment à tout le moins, il ne semble pas question de suspendre la Réforme. À quand une recherche de cohérence dans les changements apportés pour aider les personnels scolaires, enseignants et enseignantes, à faire leur travail pour l’apprentissage des élèves vers plus de compétence.
Louise Lafortune Ph.D.
Professeure
Université du Québec à Trois-Rivières
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