De l'anonymat sur les blogues

02/02/08

Permalink 11:49:30 am, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

De l'anonymat sur les blogues

Je ne comprends pas. Nous avons mis au coeur de nos valeurs, celle de la liberté d'expression et voilà que plusieurs carnetiers et commentateurs se réfugient (?) dans l'anonymat.

Pas un seul journal n'accepte de publier des lettres anonymes, pour des raisons éthiques bien sûr, mais parce que leur responsabilité d'éditeur est en cause.

Je suis en train de mener une recherche historique sur la genèse de la démocratie scolaire au Québec, ce qui m'amène à lire systématiquement les journaux du Bas-Canada au début du XIXe siècle. À l'époque, l'anonymat était pratiquement la norme. On signait d'un pseudonyme. Pour l'historien, c'est extrêmement frustrant de ne pas savoir à qui il a affaire.

Mais comment expliquer que ce phénomène ait repris de nous jours dans la blogosphère? De quoi ou de qui a-t-on peur? S'agit-il, pour certains, de contourner le devoir de réserve auquel leur fonction les astreint. Il faudrait voir. Et si c'était pour plusieurs un alibi.

Pourtant, les carnetiers ou commentateurs anonymes du milieu de l'éducation écrivent des choses fort intéressantes et pertinentes. Pour sa part, Mario Asselin, et d'autres, suggèrent vivement aux carnetiers d'aller écrire chez les voisins. Mais j'avoue, quant à moi, éprouver beaucoup de difficultés à dialoguer avec des anonymes.

Carnetiers et commentateurs anonymes, expliquez moi!

Mise à jour: Je viens de lire ceci. Intéressant, mais insatisfaisant.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: François Guité [Visiteur] Email · http://www.opossum.ca/guitef/
Plusieurs ont appris à préserver leur identité sur la Toile. On ne doit pas leur en faire le reproche, surtout les jeunes enseignants au statut précaire. À tout prendre, il vaut mieux que ces lecteurs s'expriment anonymement plutôt que pas du tout. L'anonymat n'est vraiment répréhensible que dans la malveillance.
PermalinkPermalien 02/02/08 @ 14:03
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
À M. Guité,

Soit dit avec respect, je ne partage pas votre point de vue. Il postule que des personnes désireuses d'écrire des opinions tout à fait légitimes dans une société démocratique, écrivent sous le couvert de l'anonymat parce qu'elles craignent des représailles.

C'est donc dire que la liberté d'expression garantie par nos chartes ne serait pas si garantie que cela. En partant de ce point de vue, on accorde a priori et indûment du pouvoir aux personnes que l'on craint.

Bref, on devient soi-même moins libre.

PermalinkPermalien 02/02/08 @ 17:14
Commentaire de: François Guité [Visiteur] Email · http://www.opossum.ca/guitef/
Voilà un excellent raisonnement philosophique. Je cède devant tant de sagesse.

Il appert, par conséquent, que plusieurs préfèrent sacrifier leur liberté pour la sécurité, présumée ou réelle.
PermalinkPermalien 02/02/08 @ 18:25
Commentaire de: florence meichel [Visiteur] Email
C'est aussi ma façon de voir les choses mais je me dis surtout que les gens retrouveront la voie de la confiance et du dialogue quand que le contexte rendra naturel l'engagement et la responsabilité individuelle et collective ! C'est je crois dans cette direction qu'il est souhaitable de travailler !
PermalinkPermalien 02/03/08 @ 05:12
Commentaire de: Hortensia [Visiteur] Email
Bonjour,

La question que vous posez dans ce billet est intéressante. En tant que blogueuse qui a choisi l'anonymat, je me suis sentie interpelée et j'ai tenté d'y répondre un tant soit peu dans mon billet d'aujourd'hui, que je n'arrive d'ailleurs pas à laisser en lien dans mon commentaire, tout comme je n'arrive pas à inscrire l'adresse de mon carnet dans l'espace prévu à cette fin (lorsque je les inscris, on me refuse alors la publication de mon commentaire). Quoi qu'il en soit, vous saurez me trouver je crois.

Hortensia
du blogue Avec ou sans chichi
PermalinkPermalien 02/03/08 @ 10:17
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
Je remercie Mme Hortensia pour son commentaire. Elle a commis sur son blogue une réflexion bien intéressante et qui a déjà suscité quelques commentaires non moins intéressants.

On la retrouvera en cliquant sur ce lien:
PermalinkPermalien 02/03/08 @ 13:58
Commentaire de: unautreprof [Visiteur] Email
Eh bien, moi, je choisis l'anonymat pour des raisons de secret professionnel, entre autre, mais aussi parce que je me sens plus à l'aise ainsi.

Est-ce un peu par peur? Sûrement, il y a aussi une certaine pudeur (mal placée? possible).

Intéressant de se poser la question toutefois : qu'est-ce qui nous pousse à être anonyme et à blogger?

(pas plus capable de laisser mon adresse Url qu'Hortensia)

Ajout du modérateur: votre adresse url. Cliquez ici.
PermalinkPermalien 02/03/08 @ 15:24
Commentaire de: En Saignant [Visiteur] Email
Une très bonne question que vous posez là. Ma réponse? Pour pouvoir profiter de ma liberté de création sans avoir à me soucier que mes doutes, mes faiblesses et mes moins bons coups se retrouvent dans les yeux de mon directeur ou au 3737.

Tout est une question de confiance et cette confiance-là, je ne l'ai tout simplement pas.

PermalinkPermalien 02/03/08 @ 16:48
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
À En Saignant,

Votre commentaire m'a laissé très perplexe. Vous dites n'avoir n'avoir pas confiance ni en votre directeur, ni en la CSDM (sans doute son personnel et sa direction politique).

Et si vos propres élèves n'avaient pas confiance en vous? Et réciproquement. J'espère que ce n'est pas le cas.

Des rapports humains réussis reposent essentiellement sur la confiance. Nos rapports d'éducateur encore plus.

Je cherche à vous comprendre.
PermalinkPermalien 02/04/08 @ 15:59
Commentaire de: André Chartrand [Visiteur] Email · http://recit.cadre.qc.ca/~chartrand
Bonsoir M. Proulx,

M. Proulx, en tout respect, je vous trouve à la fois un peu idéaliste et un peu dur avec les carnetiers anonymes.

Je vous ai trouvé idéaliste dans votre commentaire qui répondait à François Guité. Vous évoquez la garantie de la Charte de droits pour la liberté d’expression. Je ne minimise aucunement la très grande valeur de nos chartes. Toutefois, on ne peut s’en remettre uniquement à cela.

D’abord parce que sur le stricte plan juridique, le droit à liberté d’expression n’est pas absolu. Il est balisé par les autres droits inscrits dans les chartes et par d’autres lois. Vous ne pourrez invoquer, par exemple, le droit à liberté d’expression si vous êtes reconnu coupable d’avoir trahi votre devoir de loyauté envers votre employeur.

« 2088. Le salarié, outre qu'il est tenu d'exécuter son travail avec prudence et diligence, doit agir avec loyauté et ne pas faire usage de l'information à caractère confidentiel qu'il obtient dans l'exécution ou à l'occasion de son travail. »

Code civil du Québec (h ttp://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/CCQ/CCQ.html

La chose n’est pas théorique. Il n’y a pas longtemps, une controverse a éclaté au sujet du déménagement d’une école secondaire de la CSDM. Cette controverse a été rendu publique dans les journaux. La CSDM a interdit au directeur de l'établissement de prendre la parole dans les médias. Il n’en a pas été question, mais je serais prêt à parier que cela incluait les carnetsweb.


Ensuite, dans le cas où des mesures disciplinaires formelles seraient prises par un employeur à l’égard d’une personne pour ses propos sur un carnet et que ces propos seraient manifestement couverts par le droit à la liberté d’expression, la saga juridique qui serait nécessaire pour faire valoir son droit serait dissuasive même pour un salarié syndiqué qui recevrait l’appui de son syndicat. Un salarié non syndiqué, sans appui… Vous êtes mieux d’avoir quelque chose de vraiment important à dire pour vous exposer à une telle situation.

On peut également invoquer les représailles informelles. Dans le cas d’enseignants, on peut penser aux affectations, à l’élaboration du bcd ou du toc. Pour l’enseignant à statut précaire on pourrait craindre pour le renouvellement de contrat. À ce sujet, vous évoquez la nécessitez de la confiance dans les rapports humains. Vous avez raison, certes. Mais la confiance n’est pas donnée d’emblée. Elle se construit et demande d’être… entretenu. Le fait qu’un tel lien n’existe pas entre un enseignant et sa direction ne préjuge en rien de la capacité de cet enseignant à établir une relation de confiance avec ses élèves. D’ailleurs, cela ne préjugent en rien de la capacité de ladite direction d’établir une relation de confiance avec d’autres enseignants, etc.

Je sais que c’est pure conjecture. Je ne vous connais pas vraiment. Je subodore cependant que vous sous estimez les risques à tenir pignon sur Web à son propre nom du fait que vous avez été journaliste et professeur (dans une université s’entend), deux professions qui par leur nature jouissent, et à juste titre, d’une très grande protection dans notre société eu égard à la liberté d’expression. Une protection qui n’a rien de commun avec celle dont peut jouir M. X, que ce dernier soit directeur ou enseignant.

Finalement, on peut vouloir choisir l’anonymat pour s’exprimer plus librement sans impliquer des personnes de notre milieu qui n’ont pas à l’être.

Vous me demanderez pourquoi moi, j’écris sous mon propre nom? J’ai fait un choix certes. Je ne changerai pas d’idée, et je crois avoir fait un choix qui me convient. Mais il m’arrive, à l’occasion, de regretter un peu le couvert de l’anonymat car le choix que j’ai fait m’a imposé bien des silences. Encore aujourd’hui, après un peu plus de trois ans à tenir pignon sur Web, jamais je n’ai mentionné le nom de l’école où je travaille. Je n’évoque presque jamais ce qui s’y passe si ce n’est que très évasivement. Les deux années où j’ai été délégué à coordination du regroupement privé à la FNEEQ-CSN, jamais je n’ai traité de dossiers concernant certains membres ou certains syndicats même lorsque certains dossiers étaient médiatisés.

La contrepartie de la transparence, c’est le respect du devoir de réserve, le respect du secret professionnel, le silence par respect des élèves, des collègues, des parents.

Bref, même si j'ai fait un autre choix, je comprends qu'un carnetier puisse choisir l'anonymat pour se donner une plus grande liberté de d'expression ou se prémunir contre des représailles possibles.
PermalinkPermalien 02/04/08 @ 21:17
Commentaire de: André Chartrand [Visiteur] Email · http://recit.cadre.qc.ca/~chartrand
Truc pour les visiteurs qui veulent laisser un lien url sans être interceptés par le logiciel de sécurité.

Le repère du logiciel est le http de l'url. Si vous mettez une espace entre le h et le ttp l'affaire est dans le sac.
PermalinkPermalien 02/04/08 @ 21:20
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
À M. Chartrand,

Je cherche à ne pas être d'accord avec ce que vous écrivez et je ne trouve pas!!!

Peut-être la grande liberté d'expression dont je jouis me fait-elle surévaluer celle dont bénéficient les enseignants. C'est possible.

Pourtant, quand je lis un François Guité, je me dis que voilà un homme libre qui expose jour après jour ses opinions pédagogiques avec franchise et parfois passion.

Et que dire d'Amine Tehami, au surplus, directeur d'école ?!

Je comprends par ailleurs très bien ce que signifie le devoir de réserve lié à une fonction pour y avoir été soumis pendant quatre ans durant ma présidence au CSE. C'était la règle du jeu. J'avais d'autres compensations!

Je connais aussi le devoir de confidentialité lié au statut d'employé, mais ce devoir ne porte que «l'information à caractère confidentiel qu'il obtient dans l'exécution ou à l'occasion de son travail". Au plan éthique, il ne serait guère admissible de se réfugier derrière l'anonymat pour violer la loi. Voilà une restriction évidemment raisonnable à la liberté d'expression, laquelle, comme tout droit fondamental, doit par ailleurs s'interpréter libéralement.

Et puis, il y a tout le reste dont on peut parler librement. Et il y a le bon jugement qui va de pair avec certaines vertus sociales telles le respect des personnes, la vérité et l'honnêté, la mesure dans nos jugements sur les hommes et les choses. C'est pour cela que je suis, comme vous dites, seulement "un peu" dur avec les carnetiers anonymes! Pour le dire avec franchise, je trouve que l'anonymat marque une régression.

Quand à parler, discuter, contester, tout cela peut mieux se faire, me semble-t-il, à visière levée. Pour tout dire, je préfère la lumière et la clarté. J'y trouve ma vraie liberté. C'est vrai que c'est un peu idéaliste. Mais, je préfère cet idéal à son contraire.

En tout cas, merci pour vos sages commentaires.
PermalinkPermalien 02/04/08 @ 21:52
Commentaire de: En Saignant [Visiteur] Email
Mr. Proulx,

comme vous l'avez si bien mentionné, les rapports humains reposent sur la confiance. Et cette confiance doit être mutuelle. Or, dans mon école, ce n'est pas le cas.

Notre supérieur a plusieurs belles qualités de gestionnaire. Vous seriez surpris de connaître toutes les ressources mises à notre disposition malgré le budget qui fond au même rythme que les dernières statistiques démographiques. S'il possède toutes ces qualités, il est aussi d'une méfiance sans bornes.

Il a sous la main une équipe-école fantastique, que je suis à même de juger par le nombre d'enseignants, bons et mauvais, que j'ai vu passer dans ma carrière. Pourtant, il est méfiant face à elle à cause d'un bagage qu'il traîne depuis la nuit des temps et qui n'a aucun lien avec les individus en poste.

Il suffirait pour cet individu de mettre la main sur mes écrits pour que sonnent les signaux d'alarmes face aux doutes qui m'habitent face à ma profession.

Est-ce que cette attitude fait de moi un enseignant qui néglige le lien de confiance avec ses élèves? Je vous laisse la réponse, mais n'oubliez pas que si la confiance réciproque est à la base des rapports humains, la connaissance de l'autre l'est tout autant.

Et sur ce point, "à cause" de mon anonymat, vous ne pouvez vous permettre de faire des allusions et des suppositions semblables sur la qualité de ma relation avec mes élèves.



PermalinkPermalien 02/05/08 @ 23:47
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
À En Saignant,

Tout n'est pas dit dans un billet ou un commentaire. On réagit à ce qu'on lit et à l'interprétation que l'on en fait. Vous évoquiez, dans un commentaire incisif, la non-confiance en votre directeur, mais aussi au "3737", formule globale, s'il en est, qui m'a fait voir en vous un misanthrope, comme d'ailleurs votre pseudonyme m'a donné l'impression d'une personne blessée. Voilà pour les images.

La communication a ses limites. Je me suis trompé.

Cela dit, pour les fins de l'argumentation, et pour cette fin seulement (car en effet, je ne vous connais pas, ni même votre nom), j'ai formulé l'hypothèse de ce qui se passerait si vos élèves n'avaient pas confiance en vous et réciproquement. Cette hypothèse vous a apparemment choqué voire blessé. J'en suis navré et je m'en excuse.

PermalinkPermalien 02/06/08 @ 08:14
Commentaire de: En Saignant [Visiteur] Email
J'accepte vos excuses et je comprends un peu mieux en faisant le lien entre mon surnom, qui peut parfois porter à confusion et le contenu de mon message. Si celà vous tente, venez faire un tour chez nous un de ces jours et vous découvrirai un tant soit peu qui je suis (mais toujours sous le couvert de l'anonymat). :)

Sans rancune.
PermalinkPermalien 02/06/08 @ 18:12

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