Je me prépare à une table ronde puis un débat public sur la réforme. La première, mardi prochain au Cégep du Vieux-Montréal, réunira Pierre Saint-Germain, Odette Lefrançois et votre serviteur. Le second, un mois plus tard, seulement P. St-Germain et moi.
Le président de la FAE a beaucoup d'objections à la réforme.
L'une d'elles se résume à:
la réforme = moyen détourné de rationaliser des compressions budgétaires
Dans une allocution prononcée en 2004 et intitulée la Face cachée de la réforme de l'éducation, il raisonnait ainsi:
Le monde dans lequel nous vivons est un monde où le marché domine [...] La diminution des dépenses de l'État vise à laisser de plus en plus de place au privé. [...] La lutte au déficit a ainsi pris le pas sur la qualité des services [...] Le MEQ doit [...] gérer ses budgets tout en livrant la marchandise au moindre coût possible. Le bien-être des élèves et des personnels, ça vient après!
Lorsque j'entends des appels à une injection de ressources additionnelles en éducation, j'ai ce débat intérieur:
J'étale mes cartes ici, avec l'espoir de me faire objectiver si jamais il y avait des failles dans mon raisonnement. Étant donné la dénatalité au Québec, j'ai retenu la dépense de l'état par élève. En ajustant ces dépenses pour tenir compte de l'inflation, j'obtiens:

Est-ce à dire que Pierre St-Germain a tort d'imputer des motivations d'abord budgétaires aux promoteurs de la réforme québécoise?
Mise à jour de 16h: François a raison, il faut considérer la % du PIB. Ce premier tableau, extrait des indicateurs du MELS:

semble donner raison à Pierre Saint-Germain. De l'aveu même du MELS:
Entre 1992 et 1998, la part de l’éducation, du loisir et du sport dans l’ensemble des dépenses de programmes a diminué de 3,3 points de pourcentage, passant de 29,2 % à 25,9 %. Cette diminution s’explique surtout par des compressions budgétaires et l’application d’importantes mesures d’économies dans les organismes d’enseignement.
C'est là un mouvement qui dépasse largement nos frontières, comme en atteste cette illustration de la dépense globale en éducation par rapport au PIB:

et qui s'explique en bonne partie par la part de nos impôts siphonnée par les soins de santé attendus par nos boomers vieillissants. Pour revenir à l'éducation, il y a une bonne et une mauvaise nouvelles.
La mauvaise: avec les universités qui crient famine, nos écoles primaires et secondaires ne sont pas prêtes à voir des injections significatives à moyen terme.
La bonne? On se console en se comparant. Selon les statisticiens du MELS:
La dépense par étudiant plus élevée au Québec s’explique principalement par de plus petits rapports étudiants-enseignant pour tous les ordres d’enseignement, par des dépenses plus importantes en ce qui concerne les immobilisations et les frais financiers, pour la recherche dans les universités, pour les services de garde en milieu scolaire et le transport scolaire.
Il y a également une importante précision à apporter sur la comparaison de la dépense par étudiant du Québec avec celle du reste du Canada; elle concerne les différences dans le coût de la vie. En effet, le coût de la vie est moins élevé au Québec que dans le reste du Canada (écart d’environ 10 % en 2005-2006) et, si l’on ajustait les dépenses pour en tenir compte, la dépense par étudiant, plus élevée au Québec, le serait encore plus.
La question demeure donc: Pierre Saint-Germain a-t-il raison de voir un lien de cause à effet (compressions budgétaires --> réforme) là où je vois une co-occurrence?
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