Les esprits s’échauffent ces jours-ci sur les blogues éducatifs. Je ne sais pas si cela a toujours été le cas—je suis relativement novice sur cette scène. Je ne sais même pas s’il faut s’en formaliser. L’éducation, après tout—ou du moins après Dieu et la politique—n’est-elle pas l’enjeu qui nous saisit le plus aux tripes? Qu’y a-t-il de plus viscéral que la meilleure manière d’éduquer et d’instruire la prunelle de nos yeux?
Ce que je crois savoir cependant, c’est une ou deux causes de notre dialogue de sourds. Un dialogue qui ressemble à ceci:
Interlocuteur #1 :
la réforme est bonne pour les élèves en difficulté.
Ce qu’entend l’interlocuteur #2 :
un programme axé sur le développement des compétences est bon pour les élèves en difficulté.
Ce que pensait l’interlocuteur #1 :
la combinaison...
intervention précoce diminution des ratios au début du primaire investissements dans les quartiers défavorisés différenciation souci de tâches pas trop éloignées du vécu du jeune… ... est bonne pour les élèves en difficulté.
Ce que répond l’interlocuteur #2 :
la Science a démontré que cela est faux; que la méthode Direct Instruction est la plus efficace pour les élèves en difficulté.
Ce qu’entend l’interlocuteur #1 :
il a été démontré qu’une méthode qui "drille" les élèves en vue des examens donne de meilleurs résultats... lors de ces examens.
Ce que pensait l’interlocuteur #2 :
un programme axé sur le développement des compétences met la barre beaucoup trop haut pour les élèves issus de milieux pauvres sur tous les plans; n'est-ce pas "votre" Perrenoud qui écivait:
même si l’approche par compétences ne se présente pas comme une réforme élitiste, on ne peut a priori exclure l'hypothèse qu'elle pourrait aggraver les inégalités sociales devant l’école
.
Ce qu’aurait répondu l’interlocuteur #1 s’il avait pu lire les pensées de son vis-à-vis :
vous avez raison, je n’ai jamais pensé que le seul virage des compétences suffirait à prévenir l’échec scolaire; comme Perrenoud, j’estime que sans intervention précoce, sans diminution des ratios, sans investissements dans les quartiers défavorisés, sans différenciation, sans adaptation des tâches exigées de nos élèves, sans formations et accompagnement soutenu des enseignants, sans tout cela, les élèves qui jadis parvenaient à s’en tirer tant bien que mal risquent désormais de perdre leurs repères.
Ce que l’interlocuteur #1 a en fait répondu :
on ne peut pas demander à la science de bénir un choix de société; le but de la réforme n’est pas de préparer des élèves à bien performer dans les examens de l’école, son but est de préparer des être compétents dans les épreuves de la vie.
Ce qu’entend l’interlocuteur #2 :
on peut sauter aux épreuves de la vie avant d’être prêt aux examens de l’école; on peut commencer par le complexe sans un détour aussi patient qu’obligé par le simple.
Ce que pensait l’interlocuteur #1 :
le modèle 1) on passe du simple au complexe et 2) on compartimente les disciplines scolaires… cela fonctionne a) bien pour une minorité des élèves, b) mal pour le peloton central et c) pas du tout pour les élèves en difficulté.
Ce qu’aurait répondu l’interlocuteur #2 s’il avait pu lire les pensées de son vis-à-vis :
je le pense aussi, sauf que vous avez une image caricaturale de «Direct Instruction»; entre les mains de profs habiles, elle ne se limite pas à faire mémoriser des connaissances atomisées; au lieu de laisser un jeune sans moyens expérimenter et découvrir par lui-même, elle préfère lui enseigner explicitement deux ou trois scénarios variés.
Ce que l’interlocuteur #1 aurait pu lui répondre alors :
mais on dit la même chose! Vous m’affirmez que la version non caricaturale de Direct Instruction ne néglige pas les habilités cognitives de plus haut niveau; j’affirme que seule la version caricaturale de la réforme se limite à des projets d’un trop haut niveau de complexité pour les élèves en difficulté; que seule la version tronquée de la réforme proscrit des capsules d’enseignement on ne peut plus explicite et magistral.
Ce que l’interlocuteur #2 a en fait répondu :
si je comprends bien, vous préconisez un saut dans l’inconnu, sans moyen objectif de valider s’il en vaut la chandelle.
Ce qu’entend l’interlocuteur #1 :
mais on m'accuse de prendre nos enfants—mes propres enfants—pour des cobayes! On me reproche d'être entré en religion, que rien ne me fera changer d’avis. Hier encore dans le Devoir, où il était mention d'un
nouveau clergé […] avec ses dogmes et son catéchisme.
Ce que répond l’interlocuteur #1 :
…
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