L’élection des commissaires au suffrage universel est susceptible de vivifier la démocratie scolaire

05/14/08

Permalink 10:44:05 am, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

L’élection des commissaires au suffrage universel est susceptible de vivifier la démocratie scolaire

Le projet de loi 88 déposé hier par la ministre de l’Éducation, Mme Courchesne, stipule que les présidents des commissions scolaires seront élus au suffrage universel, exactement comme les maires.

C’est là une bonne nouvelle. En effet, c'est là une mesure (parmi d’autres à venir, affirme la ministre) susceptible d’augmenter la participation électorale actuellement insignifiante. En effet, la grande lacune des élections scolaires c’est l’absence d’enjeux, les candidats n’étant généralement pas capables ou ne voulant pas en proposer aux électeurs.

La nouvelle donne est susceptible de changer cela. En effet, si une personne entend se présenter à la présidence de sa commission scolaire, c’est qu’elle a vraisemblablement un programme à offrir aux électeurs. Et si elle veut avoir des chances de le réaliser, elle voudra probablement s’entourer d’une équipe de candidats qui partagent sa vision des choses. Et si elle veut réunir une telle équipe autour d’un programme, elle devra en débattre avec eux et, qui sait, avec des électeurs qui partagent cette même vision. Et qui sait encore, d’autres électeurs auront peut-être une vision différente des choses et voudront-ils qu’un autre candidat à la présidence représente leurs aspirations. Bref, on pourra peut-être convenir (enfin) qu’une élection est une affaire politique et pas simplement une technique de nomination.

Malheureusement, la Fédération des commissions scolaires est, pour l’heure, défavorable à cette proposition. Lors de son dernier congrès où l’on a débattu de cette hypothèse, ses membres n’ont pas réussi à faire consensus. On craint apparemment que ce système donne lieu à des guerres de clans et que « le bien de l’enfant » soit subordonné aux intérêts politiques des groupes.

C’est effectivement un danger. Il n’y a cependant qu’une réponse à cette objection. La démocratie comporte des risques. C’est au nom de ces mêmes dangers qu’en 1962, cette même Fédération s’opposait à la création du ministère de l’Éducation : il ne fallait pas politiser l’éducation. Quand des élus refusent de jouer pleinement leur rôle, d’autres exercent le pouvoir à leur place. Jadis, c’était l’Église. Aujourd’hui, les commissaires se fient à leurs technocrates, faute de développer une vision de l’éducation qui leur soit propre.

Par ailleurs, la Fédération faisait valoir hier son opposition à l’élargissement du Conseil des commissaires à des personnes cooptées par les élus et les commissaires parents. À cet égard, elle a raison car, par définition, des commissaires élus au suffrage universel représentent toute la communauté qu’elle dessert. Au reste, l’analyse que vient de faire la Fédération du profil des commissaires élus à l’automne, montre que 52% des élus n’ont pas d’enfants d’âge scolaire.

Cela dit, la volonté de la ministre de réformer le système électoral par petits bouts est bien difficile à comprendre. Elle annonçait hier que d’autres mesures étaient à l’étude, en particulier la tenue simultanée des élections scolaires et municipales. Mais on sait que le monde municipal s’oppose (pour de mauvaises raisons, au demeurant) à ce changement. Bref, la vraie réforme est à venir.

Dès lors pourquoi arriver aujourd’hui avec des demi-mesures, comme l’élection des présidents au suffrage universel (refusé au surplus par les premiers intéressés), alors qu’une approche systémique s’impose autour de cette question? Mystère. Peut-être, était-ce une façon de dire que le gouvernement tient aux commissions scolaires.

Mais Québec a aussi l’intention de bien les harnacher et de bien harnacher les écoles, comme le révèle le reste du projet de loi. Les États généraux sur l’éducation de 95-96, le Conseil supérieur de l’éducation avant eux avaient insisté sur l’importance de la décentralisation. La réforme de 1998 est allé nettement dans ce sens. Le balancier vient résolument de passer de l’autre côté. Et si l’on se fie au sondage rendu public hier par la Fédération québécoise des directeurs d’établissement,la population n’est pas d’accord.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Michel Le neuf [Visiteur] Email · http://carnets.opossum.ca/LeNeuf
M. Proulx,

Dans tout cela et la suite, il y a un élément-clé: nous sommes en présence d'un gouvernement minoritaire qui aura besoin de l'appui du PQ pour faire adopter son projet. À moins que M. Charest ne veuille aller en élection sur ce thème. En ce cas, il a peut-être manqué de courage en ne déposant pas son projet avant les partielles de lundi dernier...

Quel beau sujet pour les gérants d'estrade que nous sommes, non ?
PermalinkPermalien 05/14/08 @ 13:32

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