Le e-learning captif

07/14/08

Permalink 03:36:42 pm, par François Guité,
Catégorie: Discussion

Le e-learning captif

Jadis, l’homme interagissait intégralement avec l’environnement. Il était libre d’agir — ou de ne pas agir — en fonction de ce que ses sens lui révélaient. Dans les limites des contraintes sociales, son individualité lui appartenait. Or, le monde virtuel a changé le rapport de l’homme à la nature en ce qu’il abandonne une partie de son identité dans un cyberespace où ses données personnelles flottent à la dérive, saisies par des robots, archivées, distribuées et manipulées dieu sait comment. Une partie de son existence, dès lors, échappe à son contrôle. Sans sombrer dans la paranoïa, il y a lieu de rester vigilant, particulièrement au regard de l’avenir.

Quoique le e-learning demeure une solution incontournable, car nous utilisons tous les nouvelles technologies de la communication à des fins d’apprentissage, je me méfie des portails à la Blackboard qui maintiennent l’élève captif d’un environnement d’apprentissage en plus de cumuler des données électroniques sur sa personne. Dojo Learning est un autre exemple qu’on vient de porter à mon attention (source : Jane Hart). Dans une perspective de développement de la pensée supérieure, à défaut parfois de finalité, tout élève doit être libre des moyens d’apprentissage.

Le e-learning à grande échelle gagne rapidement du terrain, surtout aux États-Unis. Encore cette semaine, l’Alabama étendait le service à toutes les écoles secondaires de l’état (Montgomery Advertiser : Distance learning expansion continues). Les raisons évoquées sont excellentes : offrir aux élèves un plus vaste choix de cours. Mais le moyen d’apprentissage semble calqué sur l’école, un environnement cloisonné où l’on soumet les élèves à des opérations prédéterminées. Les murs virtuels ne sont que moins apparents. Non pas que les gestionnaires donnent dans le machiavélisme; la plupart ne font que reproduire le seul modèle qu’ils connaissent.

Toutes les formes d’apprentissage en ligne ne sont pas en cause. Plusieurs laissent l’élève exploiter ses propres applications. Je me défie non de la forme, mais des plateformes, particulièrement celles qui dépossèdent l’élève de ses outils et du fruit de son travail. L’ordinateur personnel demeure le point de départ technologique à partir duquel l’apprenant contrôle son apprentissage.

Je ne crains pas tant l’outil comme sa proximité des décideurs incompétents. J’admets toutefois que fort peu d’éducateurs reconnaissent la primauté de l’élève dans l’apprentissage. Encore moins savent-ils sensibiliser les élèves à la panoplie de ressources en ligne de façon à ce qu’ils organisent leur travail selon leur convenance. À titre d’exemple, il suffit de voir Google for Educators ou la rubrique éducation de Simple Spark.

En marge du e-learning, certains enseignants réussissent à transformer leur enseignement. C’est le cas de Jonathan Bergmann et Aaron Sams, deux professeurs de sciences à Woodland Park High School dont la méthode exploite le podcasting vidéo. Sous le vocable Educational Vodcasting, elle est résumée dans le vidéoclip ci-dessous.



Mise à jour | Bruno Devauchelle poursuit la réflexion sur le sujet en faisant écho à des idées exprimées sur cette page (Veille et analyse TICE : Logiques commerciales, logiques scolaires ???)

(Billet retranscrit d'un blogue personnel)

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