Un crime est une chose grave. La violence aussi, dont le fléau de la cyberintimidation. On ne saurait toutefois criminaliser tout ce qui est grave, car on ne peut déléguer à la police et aux tribunaux toute l’autorité morale. D’une part, ils crouleraient sous le lot d’offenses; le coût social, d’autre part, serait non seulement exorbitant, mais tout renforcement de l’autorité porte atteinte à la liberté. Les institutions, la famille et le citoyen doivent assumer leurs rôles afin de faire contrepoids au pouvoir de l’État.
Je ne vois pas d’un bon oeil la décision de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) de demander au gouvernement de criminaliser l’intimidation en ligne (La Presse canadienne : Des enseignants appellent à la criminalisation de la cyberintimidation; Radio-Canada : Fin de la récréation). N’oublions pas que nous reconnaissons aux enfants et aux adolescents un statut particulier en raison de leur immaturité.
Il n’est pas certain que la criminalisation de la cyberintimidation soit une solution efficace, selon Shaheen Shariff, chercheure à l’Université McGill et auteure de Cyber-Bullying (Canada.com : Teachers urged to be careful on cyberbulling). Par ailleurs, il existe déjà des lois qui protègent les individus de l’intimidation (Calgary Herald : Cyberbullying laws already exist). Quoique les lois aient constamment besoin d’être amendées, évitons d’agir sous l’impulsion de la peur.
Je ne minimise pas la gravité de la situation. Certaines victimes n’ont trouvé remède que dans le suicide. Assurément, les jeunes s’adonnent de plus en plus à l’intimidation en ligne (Infobourg : La cyberintimidation gagne du terrain). C’est également ce que reflète l’opinion publique, d’après un sondage commandé par la FCE. La situation est critique, et affecte aussi les professeurs. Mais je ne donne pas cher d’une société qui légifère avant d’éduquer.
Le drame de la cyberintimidation en cache un autre, celui de la négligence des écoles en matière de nouvelles technologies de la communication. Pendant que les jeunes assimilaient toutes ces nouveautés, les enseignants étaient laissés-pour-compte. Pour utiliser la dichotomie de Prensky, l’école n’a même pas atteint le stade de digital immigrant; les écoles sont des digital foreigners aux prises avec des digital natives. Incapables de composer avec la réalité virtuelle, elles n’ont d’autre recours que de se tourner vers des mesures de contrôle, qu’il s’agisse de règlements, de filtres Internet, de caméras de surveillance, et maintenant d’appel à la législation.
Avant de criminaliser la cyberintimidation chez les jeunes, comme envisagent de le faire l’Ontario (CityNews : Cyber-Bullying Law Introduced in Ontario) et certains états américains (eSchool News : States seek laws to curb eBullying), il y a lieu de recourir à des mesures éducatives, comme en Grande-Bretagne (BBC : Government acts on cyber-bullies).
Les ressources ne manquent pourtant pas. En plus de celles que l’on retrouvera plus bas sous la rubrique ‘Par ricochet’, je cite brièvement le Réseau éducation-médias, le wiki de Wes Fryer et le canal YouTube Beatbullying.
Mise à jour, 15 juillet 2008 | Florence Meichel s’intéresse à la question du fichage des individus, notamment des jeunes, et du débat qui a cours actuellement en France autour du projet EDVIGE. Voici quelques ressources pertinentes qu’elle porte à notre attention :
- Agora Vox : Souriez, EDVIGE vous fiche
- CNiL : L’avis de la CNIL sur le nouveau fichier de renseignement Edvige
- LCI.fr : Mineurs délinquants : Fichier Edvige : la réaction du patron de la Cnil
(Billet retranscrit d'un blogue personnel)
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