La réforme est morte, le renouveau aussi, vive le progrès continu

09/18/08

Permalink 05:24:18 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

La réforme est morte, le renouveau aussi, vive le progrès continu

J'aime bien cette boutade de Philippe Meirieu (du moins c'est Perrenoud qui la lui attribue):

L'école fait des réformes, la médecine fait des progrès

Lorsqu'on me la sert, mon esprit de contradiction s'empresse de souligner le monde de différences qu'il y a entre une science "dure" (la médecine) et une science on ne peut plus "molle", la nôtre.

Lorsque je la sers, j'aime bien le désarroi qu'elle suscite chez des amis réformateurs. Et lorsque j'entends que notre nouveau sous-ministre adjoint ne veut plus voir les mots "renouveau pédagogique", je me dis que le jour est proche où la boutade de Meirieu ne fera plus réagir personne.

Il fut un temps—commençant grosso modo avec les premiers pas debout de l’homo sapiens et prenant fin à la révolution industrielle—où les enfants pouvaient encore prendre pour modèle leurs grands-parents. Aujourd’hui, l’inversion est totale : ce sont les aînés qui apprennent de leurs petits-enfants comment se débrouiller dans cette société du Savoir.

Entre ces deux générations, déroutés par la vitesse des changements survenant sur tous les plans, coupés de tous les repères usuels, des éducateurs professionnels cherchent à jouer le rôle de passeurs culturels.

Les plus francs d’entre eux sont aujourd’hui obligés de concéder qu’ils ne se sentent plus capables d’honorer leur part du marché implicite qui les lie à leurs élèves, un contrat du type:

« laissez-nous vous dérober une bonne partie de votre enfance puis de votre adolescence mais c’est pour votre bien—c’est pour mieux vous préparer à votre avenir ».

Les plus francs sont obligés de concéder qu’ils n’en savent rien, de cet avenir, qu’ils sont bien incapables de se le représenter, cet avenir.

D’où ce vœu, déguisé en prédiction : le Québec ne pourra plus refaire d’opération similaire aux deux réformes majeures que nous venons de connaître, celle de l’accès, au milieu des années 60 puis celle du succès, une génération plus tard. Le contexte change à une vitesse telle que nous ne pourrons plus planifier nos réactions à l’échelle macro-systémique (siffler une pause, convoquer tous les groupes concernés, diffuser une synthèse, lancer d’immenses chantiers, les « monitorer », …).

À présent que le mot renouveau est sur le point d’être délogé, j'anticipe qu'il sera remplacé, sans tambours ni publications officielles, par l’idée de progrès continuels, comme en médecine. Des progrès réalisés au jour le jour, à l’échelle de chaque établissement.

Il viendra donc un temps où la boutade de Meirieu ne fera ni sourire ni réagir. Ce sera le moment où l’objectif central de cette réforme selon moi—la professionnalisation des métiers d’enseignement et de gestion—aura été achevé.

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