Pendant que l'on discute sur les résultats en français d'une année qui, comme tout le monde le sait, ne peuvent indiquer une tendance en statistiques, le développement technologique suit son cours. Dans un article du Devoir du 5 janvier 2009 (Une école pour les «natifs» de l’univers numérique, une entrevue de Michel Dumais avec Marc Prensky), on constate le fossé entre les enseignants et les élèves quant à la connaissance et à l'utilisation de technologies qui rendent disponibles l'information, son traitement et sa production.
Depuis la mode de l'audiovisuel dans les années 1970, j'ai tendance à me méfier des « révolutions » technologiques qui vont modifier la façon d'enseigner, la mode de l'audiovisuel n'ayant donné que des versions plus ou moins utiles du tableau noir. Mais cette fois, ça me semble sérieux. Le développement d'outils faciles d'utilisation, de banques de données de plus en plus nombreuses sur internet, la fascination de beaucoup de jeunes pour ces outils, leur omniprésence via une connexion internet ou un téléphone cellulaire laissent entrevoir un autre monde, un autre rapport à l'information.
Cela ne peut qu'interpeller le monde de l'éducation si traditionnel dans son ensemble. Je sais qu'il est de bon ton de regarder de haut tous ces « débordements » issus des TIC en se disant qu'ils ne sont qu'amusements passagers par rapport à la vraie façon de comprendre et de transmettre les connaissances. Mais si nous étions dans une situation qui s'apparentait à celle dans laquelle s'est trouvé Socrate il y a près de 2 500 ans quand la possibilité d'écrire est devenue accessible plus facilement.
Qu'on me pardonne les raccourcis, mais ce grand penseur, symbole par excellence de la réflexion, a pourfendu cette avancée au nom de la rigueur de la pensée humaine et de sa pérennité. Il ne voyait dans cette technique qu'une façon de pervertir la jeunesse en les rendant paresseux intellectuellement et annonçait la dégénérescence de la civilisation. Ironiquement, toutes ses inquiétudes ont été conservées grâce à l'écriture.
L'internet a changé le rapport à la connaissance et le développement constant d'outils de communication de plus en plus sophistiqués et conviviaux ne fait qu'accentuer ce mouvement. Ces technologies sont principalement adoptées et utilisées par les jeunes qui ne peuvent plus voir de la même façon le savoir et sa transmission. La fascination que je ressentais dans les années 1960 en lisant mon livre de physique, comme Tycho Brahe m'a fait rêver, qui était une fenêtre sur un univers que je n'aurais jamais connu autrement, ne peut plus exister.
De plus, comme le souligne Marc Prensky dans l'article précité, souvent les jeunes possèdent maintenant des connaissances technologiques supérieures aux adultes qu'ils côtoient aussi bien à la maison qu'à l'école.
Le monde de l'éducation ne peut plus ignorer ces développements. La structure traditionnelle de la « transmission » du savoir avec ses rôles bien définis, ses codes rigides, son organisation industrielle ne pourra tenir encore longtemps. Il me semble que ces faits placent les discussions sur la réforme dans une autre perspective. Malgré l'inquiétude des nostalgiques, un retour en arrière serait catastrophique.
L'heure des véritables remises en question a peut-être sonné, la façon dont on nous a instruits n'est peut-être plus pertinente et avec elle, les rôles traditionnels des divers intervenants dans l'école.
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