L'éducation et la technologie

01/06/09

Permalink 10:26:07 am, par Hervé Bergeron,
Catégorie: Discussion

L'éducation et la technologie

Pendant que l'on discute sur les résultats en français d'une année qui, comme tout le monde le sait, ne peuvent indiquer une tendance en statistiques, le développement technologique suit son cours. Dans un article du Devoir du 5 janvier 2009 (Une école pour les «natifs» de l’univers numérique, une entrevue de Michel Dumais avec Marc Prensky), on constate le fossé entre les enseignants et les élèves quant à la connaissance et à l'utilisation de technologies qui rendent disponibles l'information, son traitement et sa production.

Depuis la mode de l'audiovisuel dans les années 1970, j'ai tendance à me méfier des « révolutions » technologiques qui vont modifier la façon d'enseigner, la mode de l'audiovisuel n'ayant donné que des versions plus ou moins utiles du tableau noir. Mais cette fois, ça me semble sérieux. Le développement d'outils faciles d'utilisation, de banques de données de plus en plus nombreuses sur internet, la fascination de beaucoup de jeunes pour ces outils, leur omniprésence via une connexion internet ou un téléphone cellulaire laissent entrevoir un autre monde, un autre rapport à l'information.

Cela ne peut qu'interpeller le monde de l'éducation si traditionnel dans son ensemble. Je sais qu'il est de bon ton de regarder de haut tous ces « débordements » issus des TIC en se disant qu'ils ne sont qu'amusements passagers par rapport à la vraie façon de comprendre et de transmettre les connaissances. Mais si nous étions dans une situation qui s'apparentait à celle dans laquelle s'est trouvé Socrate il y a près de 2 500 ans quand la possibilité d'écrire est devenue accessible plus facilement.

Qu'on me pardonne les raccourcis, mais ce grand penseur, symbole par excellence de la réflexion, a pourfendu cette avancée au nom de la rigueur de la pensée humaine et de sa pérennité. Il ne voyait dans cette technique qu'une façon de pervertir la jeunesse en les rendant paresseux intellectuellement et annonçait la dégénérescence de la civilisation. Ironiquement, toutes ses inquiétudes ont été conservées grâce à l'écriture.

L'internet a changé le rapport à la connaissance et le développement constant d'outils de communication de plus en plus sophistiqués et conviviaux ne fait qu'accentuer ce mouvement. Ces technologies sont principalement adoptées et utilisées par les jeunes qui ne peuvent plus voir de la même façon le savoir et sa transmission. La fascination que je ressentais dans les années 1960 en lisant mon livre de physique, comme Tycho Brahe m'a fait rêver, qui était une fenêtre sur un univers que je n'aurais jamais connu autrement, ne peut plus exister.

De plus, comme le souligne Marc Prensky dans l'article précité, souvent les jeunes possèdent maintenant des connaissances technologiques supérieures aux adultes qu'ils côtoient aussi bien à la maison qu'à l'école.

Le monde de l'éducation ne peut plus ignorer ces développements. La structure traditionnelle de la « transmission » du savoir avec ses rôles bien définis, ses codes rigides, son organisation industrielle ne pourra tenir encore longtemps. Il me semble que ces faits placent les discussions sur la réforme dans une autre perspective. Malgré l'inquiétude des nostalgiques, un retour en arrière serait catastrophique.

L'heure des véritables remises en question a peut-être sonné, la façon dont on nous a instruits n'est peut-être plus pertinente et avec elle, les rôles traditionnels des divers intervenants dans l'école.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
M. Bergeron, désolé de vous contredire mais les résultats en français de cette année ne sont pas un incident de parcours et s'inscrivent dans une baisse qui s'étalent sur plusieurs années.

C'est d'ailleurs à la suite de la constatation de cette tendance qu'a été mi sur pied le groupe Ouellon, à ce que je sache.

Je cite à cet effet deux extraits du texte du Soleil:

«Le taux de réussite des élèves de sixième année à l'épreuve d'écriture a encore chuté entre 2005 et 2006, passant de 83 % à 81 %. En 2000, ils étaient pourtant 90 % à réussir cet examen.»

«Ces résultats confirment la tendance observée entre 2000 et 2005, qui a fait l'objet d'un rapport remis il y a deux ans à la Table de pilotage sur le renouveau pédagogique. À la lumière de ces résultats décevants, Québec avait alors annoncé un important virage afin de «réformer la réforme».
PermalinkPermalien 01/06/09 @ 17:21
Commentaire de: Hervé Bergeron [Membre]
M. Papineau vous avez raison. Comme ce n'était qu'une introduction qui faisait le lien entre le sujet précédent et celui que je voulais aborder, j'ai été négligent sur le contenu.
Ceci étant dit, comment l'école s'arrange-t-elle avec les avancées de la révolution technologique que l'on vit en direct et qui fait des jeunes, de certains jeunes, des personnes en avance sur les adultes qui leur enseignent?
PermalinkPermalien 01/06/09 @ 21:01
Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
Ben, dans mon cas, le vieux apprend des jeunes et personne n'en meurt
PermalinkPermalien 01/06/09 @ 21:58
Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
Un dernier mot: négligent sur le contenu? La nouvelle a eu un certain retentissement. Je parlerai plutôt de préjugé, de foi ou d'aveuglement. Il y a bien des signes qui indiquent que le Renouveau a un impact négatif sur les résultats des élèves (on parle ici de compétence à écrire un texte, par exemple, pas de connaissances).

Il faudrait vous rendre à l'évidence: ce virage pédagogique a dérapé.
PermalinkPermalien 01/06/09 @ 22:47
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Visiteur] Email · http://recit.org/raeq
Je salue M. Bergeron qui, à l'invitation du comité des communications du RAEQ, a accepté d'apporter sa contribution à notre blogue collaboratif.

La diversité des points de vue ne peut que nous enrichir.

J'en profite d'ailleurs pour rappeler aux membres actuels et futurs du RAEQ qu'ils sont les bienvenus s'ils souhaitent participer à cet instrument de partage d'informations, d'opinions et de réflexions. Pour ce qui est de la technique, prière d'expédier un courriel au RAEQ. On vous aidera.

Ses lecteurs non membres ont aussi toute la liberté de commenter les billets de ce blgoue dans les limites qu'impose le respect des personnes.

Le RAEQ privilégie par ailleurs hautement ceux qui interviennent à visage découvert, sans recours, donc, à l'anonymat. Il y voit une exigence d'une authentique liberté d'expression.

JPP
PermalinkPermalien 01/07/09 @ 08:55
Commentaire de: Hervé Bergeron [Membre]
M. Papineau
Comme le disait Henri Laborit il y a bien longtemps dans L'homme imaginant, la plupart des intellectuels se servent de leur cerveau comme les ouvriers de leurs mains sur une chaine de montage. Comme tout le monde, j'ai mon lot de préjugés et d'a priori, le problème que ça pose, c'est de le reconnaître et de traiter les sujets en conséquence. J'avoue que les débats sur l'enseignement du français me lassent et, règle générale, me mettent de mauvaise humeur. Je les subis depuis que je suis enfant, le frère Untel, et le nombre de catastrophes auquel on a eu droit depuis ce temps est considérable. Pourtant, les personnes qui étudiaient lors de chacune de ces catastrophes annoncées parlent, lisent et écrivent aujourd'hui en français.
Pendant que je parle d'impacts actuels et futurs des technologies de stockage, d'utilisation et de production de l'information sur l'enseignement, vous me répondez que le « virage pédagogique a dérapé ». Ne devriez-vous pas questionner quelques-uns de vos propres préjugés? Ou à tout le moins souligner quelles pratiques ce virage a modifiées dans votre enseignement qui justifient une telle assertion?
Je dis cela en toute simplicité, reconnaître ses préjugés est la condition d'un dialogue fructueux, sinon on arrivera vite à un 110 % pour intellectuels.
PermalinkPermalien 01/07/09 @ 11:05
Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
M. Bergeron,

Alors que vous parlez «d'impacts actuels et futurs des technologies de stockage, d'utilisation et de production de l'information sur l'enseignement», vous introduisez votre sujet en affirmant
que «les résultats en français d'une année qui, comme tout le monde le sait, ne peuvent indiquer une tendance en statistiques».

J'ai relevé ce que j'estimais une affirmation fausse. Point. Je n'ai pas commenté le reste. Je n'y étais pas obligé et rien ne m'y oblige non plus.

Cela étant dit, une réforme qui affirme vouloir améliorer la réussite des élèves et réduire le décrochage et qui se traduit par des résultats comme on les connait ne peut être qualifiée de «succès pédagogique». Une baisse (constante) de 9% en sept ans n'est pas le fruit du hasard.
PermalinkPermalien 01/07/09 @ 21:03
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
Par quel moyen a-t-on recueilli ces données? Plus précisément, les élèves avaient-ils le recours à un crayon ou un ordinateur ?

Peut-être ici, faut-il se demander quel est l'impact des nouvelles technologies sur l'apprentissage de la langue?
PermalinkPermalien 01/08/09 @ 11:05
Commentaire de: Myriam Huzel [Visiteur] Email · http://www.PartageonsLeSavoir.com
C'est certain qu'il existe une différence entre la révolution de l'audiovisuel et l'utilisation des TIC. Si la première n'a pas connu le succès espéré, c'est surtout parce que les élèves ne faisaient pas usage de cette technologie en dehors de l'école. Tandis que l'ordinateur et le Web sont présents dans la majorité des foyers québécois, et font partie intégrante de la réalité des jeunes.

Aujourd'hui, les élèves sont en plein contrôle des nouvelles technologies. Ils possèdent une solide assurance face aux diverses manipulations et exploitations de ces outils. En intégrant l'apprentissage des élèves au sein du monde des TIC, les enseignants augementent leur intérêt et surtout leur confiance envers leur capacité de compréhension et d'application des matières scolaires.

Si la réforme acuelle mise sur le développement des compétences; les TIC sont une façon concrète et facile d'accès pour les élèves afin qu'ils appliquent les connaissances apprises tout au long de leur parcours scolaire.

La question face à l'intégration des nouvelles technologies à l'école est la suivante: dans un contexte ou depuis presque 10 ans,les critiques et les réticences face aux changements proposés par la réforme sont incessantes, sommes-nous prêts à assumer une révolution d'une telle ampleur?

PermalinkPermalien 01/08/09 @ 11:21

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