Archives pour: Mars 2009

03/26/09

Permalink 09:58:14 pm, par Amine Tehami,
Catégorie: Discussion

Une entrevue de madame Courchesne qui donne froid dans le dos

... à qui croit en la mixité sociale.

Avec le boulot et les engagements para-professionnels qui me sortent par les oreilles, j'avais manqué cette entrevue de notre ministre à Maisonneuve en direct:

Sincèrement je pense que si on ne soutenait plus l’école privée à cette hauteur, c’est tous les enfants de la classe moyenne qu’on pénaliserait.

C'est la première fois que j'entendais un politicien annoncer tout haut et sans le moindre euphémisme que l'école publique est désormais associée à la classe ouvrière. C'est aussi la première fois que j'entendais une répudiation aussi franche de l'idéal de la mixité sociale:

[…] j’ai écouté l’enseignante et un monsieur de Laval qui disaient

Ben avant il y avait les forts les moyens et les plus faibles

Et ce que ça me dit c’est que ce principe de mixité, qui est certainement louable à la base--je peux comprendre que certains [...] puissent réclamer cette mixité-là. C’est beau la théorie mais dans les faits, je ne pense pas que les parents nous disent qu’ils sont satisfaits de cette mixité-là.

[…]
Regardez l’exemple des écoles internationales
[…]
Ce sont les enfants forts qui se retrouvent à l’école internationale[…] À mon sens c’est un modèle qui est super intéressant. Et c’est pour ça qu’il est si populaire
N’en déplaise encore à [certains qui disent que] dans les écoles internationales, on permette à tous les enfants...

Moi je pense qu’il y a un équilibre à l’intérieur de tout ça. C’est comme si j’avais le sentiment que parfois on chercher à luttter contre la nature humaine.

[...] Il faut qu’on soit capable de répondre à des attentes [des parents et des élèves]; l'école internationale est un projet qui a beaucoup de popularité parce que les enfants qui sont plus forts s’y reconnaissent et s’y sentent motivés.

J'apprenais hier soir, à l'émission de Masbourian que la 3e acception du mot poète, dans le Larousse, c'est une

Personne qui manque de réalisme, rêveur, idéaliste.

Je me suis alors mis à penser affectueusement à tous les poètes qui ont un jour manqué de réalisme. À ces poètes qui se sont battus contre la nature humaine. À ceux et celles qui ont eu l'audace d'espérer mieux.

Qui se sont un jour dits:

Mais pourquoi limiter le droit de vote aux propriétaires fonciers?

Un homme qui en possède un autre... quelle idée saugrenue!

La femme, égale de l'homme? Pourquoi pas?

Un homme qui en épouse un autre? Humm...

Frapper ses enfants pour les éduquer? Ouache...

Et si la Femme et son fiancé n'étaient pas le joyau de la Création?

Scolariser tous les enfants, quelque soit leur origine? Humm...

Et j'en passe.

Je me console avec deux idées:

  • celle d'être membre d'un cercle de poètes qui, au mois d'avril 2007, recommandait «au ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport»

    de renoncer aux pratiques de sélection des élèves sur la seule base des performances scolaires et de miser sur des critères plus inclusifs, notamment: intérêt et motivation de l’élève, engagement dans le projet de formation, engagement dans les études.

  • et la conviction que l'histoire humaine, au fin fond, c'est une valse entre poètes et réalistes. Tandis que les poètes cherchent à nous élever au-dessus de notre nature humaine, qui est animale, les réalistes s'assurent qu'on ne se fait pas d'entorse en se relevant trop brusquement. Une précaution frustrante pour qui se sent les muscles bien réchauffés, prêts à bondir, mais bon: ce gouvernement plein de... réalisme ne risque pas de recevoir un troisième mandat, n'est-ce-pas?
  • 03/19/09

    Permalink 10:37:02 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    Ménard vs. Marois

    Après une première ronde de réactions à chaud, il me semble que le rapport Ménard, placé dos à dos avec la réforme "Marois", fait émerger une complimentarité intéressante:

    Rapport Ménard Réforme Marois
    1a. Intervention 0-4 ans 3e ligne d'action: Accroître les services d'accompagnement offerts aux futurs parents, aux parents et aux enfants de 0 à 5 ans issus de milieux défavorisés. n/d
    4e ligne d'action: Mener des projets pilotes communautaires - complémentaires aux services de garde - ciblant les enfants à risque de 0 à 5 ans dans les milieux défavorisés afin de préparer leur intégration au primaire.
    1b. Intervention 4/5 ans n/d

    1e ligne d'action: Intervenir dès la petite enfance

    * Offre de la maternelle à temps plein à tous les enfants de 5 ans, à compter de septembre 1997.
    * [...]
    * Maintien des programmes de soutien aux compétences parentales.

    2. Communauté extrascolaire 1re ligne d'action: élargir à l'ensemble de la société québécoise le consensus sur la nécessité de valoriser l'éducation et la persévérance scolaire.

    n/d

    2e ligne d'action: Renforcer la mobilisation régionale en matière de persévérance scolaire.
    3. Modifier les pratiques en classe

    5e ligne d'action: Favoriser et instaurer des pratiques d'excellence pour réduire les retards d'apprentissage au primaire.

    Le groupe préconise le dépistage des retards d'apprentissage au primaire, l'offre de services d'aide personnalisée et le suivi du progrès des enfants dépistés. Les programmes les plus prometteurs seront renforcés et une dizaine de projets pilotes seront lancés dans les milieux les plus à risque, afin d'élaborer de nouvelles approches ou simplement de mesurer les résultats des approches existantes.

    2e ligne d'action: Enseigner les matières essentielles

    * révision des curriculums du primaire et du secondaire (grilles-matières, temps d'enseignement, diversification des cheminements, orientations des programmes d'études, évaluation des apprentissages, sanction des études, utilisation des nouvelles technologies), avec l'intention d'appliquer les nouveaux contenus de formation pour le début du primaire à compter de septembre 1998.
    * [...]

    4. Soutenir les milieux défavorisés 6e ligne d'action: Renforcer la stratégie Agir autrement au moyen de méthodes d'intervention éprouvées.

    4e ligne d'action: Soutenir l'école montréalaise

    * Action ciblée dans les 95 écoles primaires et les 23 écoles secondaires considérées dans une situation de fragilité à l’égard de la réussite scolaire.
    * Stratégie d'action reposant sur l'aménagement d'une zone de coopération renforcée.
    * Investissement d'environ 10 M $ pour soutenir les différentes mesures du plan d'intervention.
    * élaboration d'une politique d'intégration et d'éducation interculturelle.

    7e ligne d'action: Mettre en oeuvre des projets communautaires ciblant les jeunes à risque au secondaire dans les quartiers les plus défavorisés.
    5. Fluidité des parcours

    8e ligne d'action: Faciliter et encourager la transition vers la formation professionnelle.

    Pour y arriver, il faut rendre les parcours scolaires plus fluides (en créant par exemple des passerelles entre les voies générale, professionnelle et technique), assurer les services complémentaires appropriés pour répondre aux besoins des élèves de ce secteur, et mieux promouvoir la formation professionnelle et les métiers afin de changer les perceptions à leur égard.

    5e ligne d'action: Intensifier la réfor

    me de la formation professionnelle et technique

    * Objectif : quadrupler, d'ici 5 ans, le nombre de diplômés de formation professionnelle décernés à des jeunes de moins de 20 ans.
    * [...]

    6. Imputabilité

    top-down

    9e ligne d'action: Incorporer dans le système d'éducation des mesures incitatives et des outils de gestion de la performance ciblant la persévérance scolaire, en s'appuyant sur la loi récemment promulguée à cet effet. Au printemps 2008, la ministre de l'à‰ducation, du Loisir et du Sport déposait le projet de loi 88, visant à renforcer la responsabilité des commissions scolaires relativement à la réussite scolaire des enfants. La Loi modifiant la loi sur l'instruction publique et d'autres dispositions législatives, sanctionnée en octobre 2008, pourra faciliter l'atteinte des objectifs de persévérance scolaire par des mesures additionnelles.

    bottom-up

    3e ligne d'action: Donner plus d'autonomie à l'école

    * Amendements à la Loi sur l'instruction publique pour confier à l'école plus de responsabilités en matière de choix pédagogiques, budgétaires et administratifs, et pour clarifier ses obligations d'imputabilité.
    * Décentralisation de l'organisation du travail dans le cadre des négociations des conventions collectives.
    * [...].

    7. Pilotage 10e et dernière ligne d'action: Créer une instance nationale de concertation en persévérance scolaire, dans le cadre d'un partenariat entre le gouvernement, le milieu scolaire, le secteur civil et le milieu des affaires. n/d

    03/18/09

    Permalink 08:20:23 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    Avant moi le néant et des PQuisses

    Je viens de terminer le Rapport du Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires au Québec.

    Trois réactions à chaud:

    1) La citation de Francis Bacon en exergue, qui est à l'origine du titre du rapport...

    « Savoir, c’est pouvoir »

    pour qui connaît un peu la genèse de cette pensée...

    Bacon et son contemporain, René Descartes cherchent à rompre avec une Science qui se contente de contempler la Nature; le second rêvait de nous voir

    « Devenir comme maîtres et possesseurs de la nature »

    L'un et l'autre s'avèrent, en rétrospective, à l'origine de la mécanisation puis de l’industrialisation du capitalisme naissant

    ... cette citation, dis-je, est à la fois ironique au moment où ce capitalisme traverse sa plus grande crise (et que cette Nature nous manifeste son ras-le-bol de notre maîtrise et possession d'elle) mais pas vraiment surprenante quand on prend connaissance du CV du banquier à l'origine du rapport en question.

    2) Sous le titre

    Trois actions déjà bien engagées au Québec

    on peut lire

    Ce rapport ne prétend pas faire justice à tous les programmes et initiatives qui agissent de près ou de loin sur la persévérance scolaire au Québec – on en recense plus d’une centaine.

    On s'attendrait à ce que l'une de ces "actions" soit celle qui avait démarré sur ces constats:

    L'abandon scolaire soulève l'inquiétude dans tous les milieux. Certains qualifient le phénomène de honte nationale. On craint la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée et le gonflement de l'effectif du chômage et de l'aide sociale qui ne manqueront pas d'en découler. Chacun y va de ses statistiques - 35 p. 100, 40 p. 100, 50 p. 100 - pour attirer l'attention sur la gravité du taux de décrochage. Tous ne sont pas également touchés. À Montréal, le phénomène prend des allures de drame social; dans les régions éloignées, et plus encore chez les populations crie et inuit, le fléau frappe plus fort encore. Au sein du milieu scolaire, on invite à un peu plus de rigueur dans la mesure du phénomène : il ne faudrait pas associer trop étroitement sortie sans diplôme et échec scolaire, dans la mesure où la distance qui sépare les décrocheurs du diplôme n'est pas toujours si grande, sans compter que le complément de formation pourra être acquis ultérieurement, l'arrêt de la scolarisation étant loin d'être toujours définitif. Plusieurs critiques sont formulées à l'endroit des tentatives faites jusqu'ici pour résorber le phénomène : les efforts du Ministère ne suffisent plus, les maisons de jeunes en font bien davantage, on a négligé d'y associer les parents et les ressources communautaires, le suivi de ces élèves [... etc., les caractères gras ne sont pas de moi]

    Mais non. Lorsque le mot réforme échappe aux rédacteurs de ce rapport, soit à cinq reprises, 4 fois il réfère à la "réforme Ryan":

    À la suite de la Réforme Ryan (1988), qui haussait les exigences de formation générale pour l’accès à une formation professionnelle plus complète, le taux de diplomation des moins de 20 ans a subi une baisse pendant quelques années.

    La cinquième fois:

    Check & Connect devrait inspirer la réforme de la stratégie d’intervention Agir autrement.

    3) Et ce passage, mon préféré:

    Au printemps 2008, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport déplorait les limites du contrôle gouvernemental pour veiller à la réussite des enfants, et déposait le projet de loi 88 visant à renforcer la responsabilité des commissions scolaires et des écoles à cet égard. Selon plusieurs intervenants, la Loi modifiant la loi sur l’instruction publique et d’autres dispositions législatives, sanctionnée en octobre 2008, constitue un pas important vers l’amélioration de la gestion de la performance.

    Les caractères gras sont de moi; la question aussi: qui sont ces intervenants?

    03/16/09

    Permalink 05:30:09 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    L'école selon Ivan Illich: un calvaire pavé de bonnes intentions

    Un des visiteurs les plus réguliers sur ce blogue, André Chartrand, m'incite souvent à expliciter mes aprioris. Parmi ceux qui le font réagir vivement, il y a mes croyances relatives aux méfaits de l'école: elle a beau être peuplée de gens comme moi, comme lui, qui sont bienveillants jusqu'au bout des ongles, l'institution elle, à mes yeux en tous cas, demeure soumise à la loi des conséquences non prévues.

    Lorsque je sors de telles discussions, ébranlé, j'aime bien retrouver mon équilibre en parcourant quelques pages d'Une société sans école, d'Ivan Illich [1926-2002]. Pour une synthèse rapide, je recommande ce texte d'Isabelle Stengers.

    Stengers:

    Depuis Illich, l'institution scolaire a été critiquée, mais jamais, je pense, avec cette radicalité.

    Car ce qu'il met en question ne peut être "réformé", que ce soit par la bonne volonté des enseignants, par des innovations pédagogiques, ou par la tentative d'évaluer non plus l'acquisition des matières scolaires comme telles, mais les compétences qu'elles donnent l'occasion d'acquérir.

    La bonne volonté de "l'enfant au centre de l'école", la critique constructiviste de la notion de transmission, la thèse répétée selon laquelle l'apprentissage n'est pas reproduction mais recréation peuvent sembler très radicales mais elles ne touchent pas à ce qui, pour moi, est crucial dans les thèses d'Illich : le scandale d'une expropriation, la négation d'un droit fondamental, le droit d'apprendre et pas seulement d'apprendre quelque chose, mais d'apprendre à quelqu'un d'autre [...]

    [...] L'école, selon Illich, repose sur le postulat que les jeunes êtres humains sont comme des immigrés, de nouveaux venus qui doivent se soumettre à un processus de naturalisation, un processus qui doit les mettre à l'écart de leur milieu naturel et les faire passer par une matrice sociale sous responsabilité de l'Etat, un Etat dont l'enseignant accrédité est d'abord le représentant.

    Je retrouve mon équilibre en m'appuyant sur plus à gauche que moi.
    Et certainement plus courageux.

    03/13/09

    Permalink 04:38:03 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    Rêveries d’un promeneur dans la foule

    Vendredi dernier, à Agra, tandis qu’un guide touristique me bourrait les oreilles de données numériques sur le Taj Mahal...

    Saviez-vous qu’il a fallu tant de dizaines d’années à tant de milliers d'artisansesclaves, manipulant tant de millions de tonnes de matériaux précieux provenant de tant de pays différents pour …

    ...je me suis surpris à activer ma sourdine mentale avant de m’évader dans mes propres rêves de grandeur…

    Je me voyais dans un superbe monument érigé par le RAEM, le Réseau pour l’avancement de l’éducation dans le monde, une sorte de confédération onuséenne de tous les RAE-X du monde, dont le RAEQ.

    Je nous voyais disposer d’une armée non pas de concubines et d’ennuques, mais de deux gigantesques équipes.

    En défense, une équipe internationale, multilingue, de « contrediseurs professionnels», des génies de la souris qui bondiraient sur leur clavier à chaque fois qu’un chroniqueur, un journaliste, un commentateur ou un blogueur, où que ce soit, était surpris à commettre un « yaka » ou un « toutes les études démontrent que… »; une armée qui se ferait un devoir d’acheminer au coupable une étude suggérant exactement le contraire, tant il est vrai que

  • "There is no idea so stupid that you can't find a professor who will believe it." H.L. Mencken
  • Il n’y a rien de simple en éducation, seulement des paradoxes qu’il faut apprendre à apprivoiser.
  • Quant à la seconde équipe, à l'offensive, je la voyais constituée d'une pléthore de chercheurs à la maîtrise et au doc, grassement financée, pour répondre à une foule de questions factuelles, univoques, comme :

  • Quel est le pourcentage du temps que les profs consacrent, typiquement, à l’évaluation?
  • Quelle est la corrélation entre ce % et la réussite des élèves?
  • Quelle est la corrélation entre les résultats scolaires et le succès post-scolaire?
  • Quelle est…
  • C’est alors que mon guide m'a ramené à la réalité en me tendant la main: "I hope you’ve appreciated my services".

    03/11/09

    Permalink 05:35:39 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    C'est l'histoire d'une docimologue, d'un bédouin et de son cousin

    C’est l’histoire d’un bédouin archi pauvre chez qui débarque à l’improviste un lointain cousin. Fidèle à ses coutumes qui consistent non seulement à offrir le gîte le plus généreux possible mais surtout à ne demander aucune précision quant à la durée du séjour, notre bédouin lui fait rôtir l'unique occupante de sa basse-cour, une poule. Le cousin mord dedans à pleines dents, s’essuie les lèvres avant de s’étendre pour la nuit.

    Le second soir, le bédouin extirpe de la carcasse de la veille jusqu'à la dernière miette de chair, morceaux qu’il saupoudre sur un plat de riz. Le cousin esquisse une moue furtive mais finit par vider son assiette avant de s’endormir.

    Le troisième soir, le bédouin trempe ladite carcasse dans une casserole d’eau bouillante et finit, tant bien que mal, par en extraire une soupe. Le cousin ne dissimule pas sa déception mais finit par vider son bol avant de s’endormir.

    Le quatrième soir, le bédouin présente une casserole recouverte. Son cousin s’en approche, le regard vif d’anticipation. Le bédouin soulève le couvercle et invite son cousin à humer la casserole.

    --Mais… ?!? Elle est vide!
    --Du tout, mon cher cousin. Elle contient l’odeur de la soupe que j’ai pu soutirer à la carcasse de l’excellent poulet que tu as dévoré le premier soir. Hume à satiété, ô illustre invité.

    La docimologie me rappelle à tout coup cette vieille blague arabe.

  • Le poulet, je l’assimile à la vraie vie—un ensemble infiniment supérieur à la somme de ses parties.
  • Les miettes de chair du second soir, je les assimile aux disciplines spécialisées, dont le corpus est censé tenir lieu de cette vraie vie—ce qui renvoie au problème que les réformes osent aborder: l'adéquation ou non du curriculum avec les circonstances changeantes.
  • La soupe, je l’assimile aux évaluations. Lorsque les élèves nous demandent si ça compte pour l’examen, lorsque des profs, pressés par le temps, se mettent à faire ce que les américains appellent du « teaching to the test », on est déjà dans l’équivalent du 3e soir du pauvre bédouin. Pour le dire vite, il y une distance entre la beauté de la physique (que les plus romantiques d'entre nous continuent d'appeler la philosophie naturelle) et les problèmes-type pour lesquels il vaut mieux, stratégiquement, préparer nos élèves si on ne veut pas que le niveau suivant (comme le Cégep par exemple) se mette à douter de notre sérieux. La même distance qu'il y a entre un riz au poulet et une soupe au poulet.
  • On atteint la casserole vide lorsque, comme ce fut le cas pour moi cet après-midi, pendant une bonne mais agonisante heure, l’on participe à la planification d'un calendrier d’épreuves de fin d’année où les compétences d’une même discipline, affublées d’acronymes (C1, C2, C3), sont traitées isolément.
  • Dans le cadre de sa tournée du réseau pour s’enquérir de la situation au regard de l’évaluation, notre nouveau sous-ministre sera dans ma région après-demain. Sa patronne, me dit-on, ne veut plus entendre parler du poulet entier—je veux dire qu’il n’est plus question de prononcer le moindre mot qui fasse référence aux idées centrales de la réforme du renouveau pédagogique: décloisonnement, virage des compétences, transfert, ...etc.

    Il ne sera pas davantage question des morceaux du poulet, histoire de vérifier s'il en manque, si certains sont trop gras ou pas assez consistants.

    Il sera question de la soupe, c'est-à-dire de la saveur laissée par ces morceaux. Et dans certains cas, de l'odeur seulement.

    Je soupçonne que vendredi, les convives seront trop gênés pour suivre le conseil d'Aznavour--"il faut savoir quitter la table lorsque l'amour est desservi".

    03/10/09

    Permalink 04:50:45 pm, par Amine Tehami,
    Catégorie: Discussion

    HOTS (V.O.A., s-t en Hindi)

    Malcolm Gladwell, un diplômé de l’université de Toronto, partage son temps entre l’écriture des 80 000 mots qu’il doit livrer chaque année à un hebdomadaire new-yorkais et le circuit international des conférenciers de marque, dans la foulée de ses 3 méga best-sellers en 8 ans.

    Lors de ces conférences, Gladwell prend un malin plaisir à raconter la simplicité avec laquelle il avait été admis à l’université de Toronto:

    I applied to college one evening, after dinner, in the fall of my senior year in high school. [...] The whole process probably took ten minutes.

    Chez nos voisins du sud, surtout dans les états qui abritent des universités ultra sélectives, son récit provoque l’incrédulité. Et un choc lorsqu'il le juxtapose à des études empiriques suggérant que le processus de sélection des universités de la Ivy League est un mauvais prédicteur du succès des candidats retenus.

    Écouter l’exposé de Gladwell sur un lecteur mp3, dans le métro de New Delhi, et à la fin du mois de février en plus, c’est une expérience mémorable.
    Explications :

    À la fin de chaque février, un demi million d’étudiants indiens de douzième année préparent les redoutés examens du "Central Board of Secondary Education". Tellement redoutés que le quotidien Times of India trouve le moyen d’en parler jour après jour. Il déniche l'espace pour en parler, entre le faste des starlettes de Bollywood et les frasques des stars du cricket. Quelques exemples: le jour J-2, on donne la parole à deux ou trois psychologues sur la meilleure manière de composer avec le stress; le jour J-1, on demande à une diététiste la recette du petit déjeuner idéal; au jour J, à la sortie de la première épreuve, on interroge les étudiants sur les questions « pas faisables ». Et ainsi de suite, un mois durant!

    À la fin de chaque février, les cafés et les rames de métro sont remplis d’étudiants qui noircissent de leurs stylos des cahiers de préparation à ces concours. Le genre de cahier qui reprend les questions des années antérieures… avec les réponses en annexe. Le genre de cahier qui incite à mémoriser les réponses.

    Sauf que février 2009 réservait une réforme déstabilisante pour notre armée de bachoteurs et leurs familles. Une nouveauté au nom sexy: HOTS.

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