Changement au procès de Drummondville

06/17/09

Permalink 02:32:11 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Changement au procès de Drummondville

On m’a appris cette semaine que les requérants dans la cause sur le programme Éthique et culture religieuse au procès de Drummondville, ont modifié leur requête initiale : ils demandent seulement que leurs enfants soient exemptés du cours. Les parents allèguent que celui-ci porte atteinte à la liberté de religion et de conscience de leurs enfants, garantie par les chartes et que, par conséquent, ne pas les en exempter constitue un préjudice grave.

Ils ont donc laissé tomber leurs demandes initiales par lesquelles ils voulaient faire déclarer inconstitutionnelles le cours lui-même, la loi de 2005 abolissant le régime d’option entre l’enseignement religieux catholique et protestant et la formation morale, ainsi que le nouvel article 41 de la Charte québécoise qui vise à assurer les parents que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux conforme à leurs convictions.

J’ignorais totalement ce fait au moment d’écrire mon commentaire paru plutôt sur ce blogue. Je m’en excuse auprès des lecteurs. Mais à ma connaissance, aucun média n’a fait état de ce changement.

Ce virage majeur est le résultat d’une entente intervenue l’automne dernier entre les parties. Il change considérablement l’enjeu du procès : il n’y a plus de débat sur la constitutionnalité du programme lui-même, ni sur aucune loi. Les demandeurs ont sans doute constaté, ce qui n’était pas difficile, que cette approche n’était pas la plus prometteuse.

Le débat porte donc maintenant sur une décision administrative de la commission scolaire : le refus d’accorder l’exemption aux élèves concernés et donc sur le droit ou non qu’ont les requérants d’être exemptés du cours ECR pour motif de liberté de conscience. Dans cette perspective, la question de la « croyance sincère » demeure probablement la clé de ce procès. Les demandeurs l’invoquent d’ailleurs explicitement.

Voici la conclusion que recherchent maintenant les requérants. Ils demandent au tribunal de déclarer :

« 1) Que le caractère obligatoire du cours ECR porte atteinte à la liberté de conscience des demandeurs et de leurs enfants, telle que protégée constitutionnellement par les articles 3 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et 2 de la Charte canadienne des droits et libertés.
2) Que cette atteinte constitue un « préjudice grave » au sens de l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique;
3) Que la commission scolaire doit accorder l'exemption de l'article 222 LIP à l'égard du cours ECR lorsque les parents en font la demande sur la base de leur liberté de conscience ou de religion;
4) Que les décisions des autorités scolaires de refuser d’exempter les élèves demandeurs du cours ECR sont inopérantes constitutionnellement ».

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
En fait, la requête amendée (dite "refondue") dans le sens que vous indiquez est datée du 4 février 2009.

C'est parce que la Coalition pour la Liberté en Éducation base toute sa démarche sur le droit à l'exemption au nom de la liberté de conscience qu'elle peut regrouper autant des protestants évangéliques que des musulmans et des catholiques qui ne souscrivent pas aux objectifs de l'APCQ (laquelle voudrait idéalement voir rétablie la confessionalité scolaire), et même tendre la main aux athées comme on l'a vu en quelques occasions. En fait, l'Association des Parents Catholiques du Québec est presque reléguée à l'arrière-scène du débat. Le porte-parole de la CLÉ a déjà déclaré dans une entrevue que si des membres de la Coalition poursuivent des objectifs allant au-delà de la reconnaissance du droit individuel à l'exemption, ils peuvent le faire mais à leur propre compte.

Ceci dit, cela n'empêche nullement les opposants au cours ECR de faire valoir, par exemple, que la modification à l'article 41 de la Charte québécoise des droits est illégitime parce qu'elle s'est faite sans débat parlementaire en plein été, ou que le cours ECR est en soi discriminatoire parce qu'il retire aux parents une liberté de choix qu'ils avaient jusqu'en septembre 2008. Si ces arguments ne sont pas allégués dans le cadre judiciaire, ils conservent toute leur portée au plan de la mobilisation politique et ils sous-tendent la revendication du droit à l'exemption considéré à la fois comme une réparation minimale et comme l'actualisation normale de l'exercice d'une liberté fondamentale.
PermalinkPermalien 06/18/09 @ 17:42
Commentaire de: Pierre Buteau [Visiteur] Email
"On m'a appris", vous avez appris par vous-même en lisant un autre carnet ("Pour une école libre"), disons.

Celui-ci, où vous êtes intervenu parce qu'il vous apostrophait pour votre manque de connaissance :


Les grands médias ne reprenant que ce que le gouvernement dit ou des experts pro-gouvernementaux, faut bien vivre!, disent (le dernier étant le Soleil qui a reproduit ce que vous croyiez être les enjeux).
PermalinkPermalien 06/18/09 @ 19:02
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Visiteur] Email
Messieurs,

J'ai pris bonne note de vos intéressants commentaires.
Merci
JPP
PermalinkPermalien 06/18/09 @ 21:34
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Par ailleurs, en ce qui touche le procès de Loyola, quelque chose me dit que le gouvernement va réellement devoir reconsidérer sa position.

Dans l'affaire des écoles juives orthodoxes, en effet, il est prévisible que le MELS va en arriver à une entente consistant à convaincre ces écoles d'intégrer une partie des cours prescrits par le régime pédagogique dont elles font fi présentement. Par ailleurs, le ministère acceptera sans doute aussi de reconnaître l'équivalence de certains cours déjà offerts. Et, pour prix de leur acceptation d'un tel "compromis", les écoles hassidiques pourront s'abstenir de donner le cours ECR. C'est écrit dans le ciel, si j'ose dire. De toute façon, elles n'iront pas devant les tribunaux pour obtenir le droit de faire ce qu'elles font. Ce serait donc au gouvernement de les poursuivre pour leur refus de donner ce cours-là? Hautement improbable. D'autant plus que les orthodoxes ont commencé à faire de la publicité dans le Canadian Jewish News (éditions du 28 mai et du 4 juin). Ni Jean Charest ni Pauline Marois ne vont vouloir s'engager là-dedans.

Dans ces conditions, la position actuelle de l'État face à Loyola est difficilement tenable... Ou alors, on en vient à un système de deux poids deux mesures (selon qu'on soit catholique ou juif) qui n'aurait aucune chance de passer dans l'opinion publique.

Référence: site du blogue "Pour une École Libre au Québec, Réponse de la communauté orthodoxe juive au cours ECR" (18 juin 2009).
PermalinkPermalien 06/19/09 @ 09:02
Commentaire de: Pierre Buteau [Visiteur] Email
Comment croire M. Jean-Pierre Proulx qui est engagé à fond dans une cause, celle d'imposer ce cours, couronnement de son rapport d'il y a 10 ans ?
PermalinkPermalien 06/20/09 @ 03:01

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