Appliquer la loi 101 au cégep? Quel objectif vise-t-on?

11/23/09

Permalink 07:54:31 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Appliquer la loi 101 au cégep? Quel objectif vise-t-on?

Des éléments du Parti québécois proposent une nouvelle fois, comme ils l’avaient fait en 2000, d'étendre au cégep l’application de la loi 101 en matière de langue d’enseignement. Seuls les membres de la minorité anglophone ayant acquis le droit de fréquenter l’école primaire et secondaire en anglais pourraient accéder au cégep anglophone.

La proposition mérite examen. En effet, quand il s’agit de limiter la liberté des citoyens, un test s’impose : la mesure poursuit-elle un objectif légitime et le moyen pour l’atteindre est-il proportionné à l’objectif?

Or, à la lecture des journaux de ce lundi, force est de constater que les péquistes réunis en fin de semaine ont été diserts sur l’objectif poursuivi. En revanche, l'objectif de la loi 101 estclair et explicite : il s’agit, selon les termes mêmes de la loi, de « faire du français la langue de l'État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires ».

Pour ce faire, la loi a notamment imposé que tous, sauf les ayants droit de la communauté anglophone, fréquentent l’école primaire et secondaire en français. Bref, la scolarité obligatoire doit permettre à tout le monde de vivre dans un Québec dont la vie, hors du foyer, va se dérouler en français. Les anglophones prennent d’autres moyens pour y parvenir, en particulier par la fréquentation massive des classes d’immersion.

La difficulté que soulève la proposition débattue au PQ est que l’on ne sait pas quel objectif on poursuit vraiment. Ou plutôt, on le devine : on veut apparemment faire de la loi 101, une mesure assimilatrice. Autant, jadis l’école anglaise que fréquentaient les allophones faisaient d’eux d’éventuels anglophones, autant ont veut que l’école française en fasse des francophones. Or, observe-t-on, les statistiques montrent que lorsque l’on prend comme mesure la langue d’usage, c’est-à-dire la langue parlée à la maison, la force d'attraction de l'anglais l'emporte encore sur celle du français. Au surplus, la moitié des allophones dont 85% fréquentent maintenant l’école secondaire française passent à l’anglais au cégep. Ce faisant, craint-on, ils vont s’insérer dans des réseaux sociaux anglophones (notamment professionnels) qui risquent de les faire pencher de ce côté à jamais.

Cela dit, ces allophones parlent et écrivent déjà en français comme tout le monde, car c’est dans cette langue qu’ils ont été scolarisés au secondaire. Ils sont donc capables de participer en français à la vie commune. Bref, pour eux, l’objectif explicite et officiel de la loi 101 est déjà atteint.

Deux choses s’imposent donc si l’on veut vraiment faire avancer ce débat :

1- Préciser clairement l’objectif que l’on poursuit en proposant d’étendre la loi 101 au cégep et s’assurer de sa légitimité sur le plan démocratique. Si l’on veut faire de l’école un instrument d’assimilation, c’est un objectif qui, je le répète, n’est pas celui de la loi 101?

2- Étudier de façon critique, aussi bien sur le plan théorique qu’empirique, les postulats implicites sur lesquels repose l’idée d’appliquer la loi 101 au cégep et vérifier si ce moyen est susceptible d’assurer (et dans quelle mesure) l’assimilation des allophones à la majorité, si tant est que cet objectif soit jugé légitime?

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Au-delà de la nécessité du calibrage précis de mesures spécifiques sur un objectif ciblé à partir de données bien établies, il ne faut pas négliger l'importance de la charge symbolique d'une décision telle que celle d'étendre l'obligation de fréquenter l'école française au niveau collégial. Le symbolique n'étant pas sans signification au plan politique et social.

J'ai un ami qui répète depuis des années que l'usage du français décline à Montréal. Jusqu'à présent, je me suis toujours appliqué à lui répéter de mon côté que peu importe si la personne qui me sert dans un commerce est anglophone ou allophone ou qu'elle parle anglais à ses collègues, l'important est que je puisse être servi en français. Le but de la loi 101, ai-je toujours dit, ce n'était pas de transformer les immigrants en canadiens français. On ne peut pas demander aux membres des commmunautés culturelles de remplacer les Québécois de vieille souche qui désertent l'île de Montréal. C'est ce que j'ai dit longtemps.

Récemment toutefois, j'ai commencé à changer mon fusil d'épaule. Je m'aperçois que les attitudes et, semble-t-il, les aptitudes linguistiques sont affectées par les événements et la dynamique dans lesquelles on a grandi. Selon mon expérience dans certains commerces et au contact de personnes oeuvrant dans le secteur des services, les anglophones de 35-55 ans qui travaillent avec le public parlent plus volontiers français, même en le cassant, que les jeunes anglophones de 20-30 ans. Attention, je ne parle pas d'immigrants mais de bons petits WASPs qui n'ont apparemment aucun complexe, sans arrogance, de mener la conversation avec un client en employant tout juste quelques mots de français et puis c'est tout! Là, je me dis qu'il y a un message social qui a cessé de se transmettre. Ce n'est pas vrai qu'on parle encore, à ce stade, d'un "équilibre entre anglophones et francophones" comme disent les farceurs de la grosse Presse. On parle d'un recul, oui. Alors il est temps de prendre de nouvelles mesures.
PermalinkPermalien 11/23/09 @ 21:21
Commentaire de: Pierre Du Puis [Visiteur]
Je suis tout a fait d'accord avec vous Mr. Proulx en ce qui concerne l'objectif. L'objectif officiel est deja atteint, mais il y a une chose Qu'on peut pas demander a la loi 101; C'est de remplacer le "vous" d'autrefois. Moi par example je parle le francais, je l'ecris encore mieux que je le parle, mais je ne suis pas un francophone et je ne serai jamais un francophone. La fierte de dire "je suis un francophone" je l'ai tout simplement pas. Malgre je viens d'un pays a l'usage du francais, Haiti, en arivant ici j'ai terminé mes etudes secondaires en francais et fait mes etudes superieurs en anglais au cegep et universite. Je ne pourrai jamais avoir un amour pour le francais comme vous en avez. Je ne vais pas pretendre aimer le francais comme vous. La realite est que je n'ai aucun amour pour le francais, ca ne fait pas partir de mon identité. Je le parle quand il le faut mais je ne vis pas en francais. je travaille en Anglais, je parle anglais a la maison avec mes enfants, mais dans la rue je parle la langue qu'on m'aborde. Je sais que mes enfants vont devenir des anglophiles sinon des anglophones, mais c'est normal car je ne peux pas les transmettre un amour pour le francais que je n'ai pas.

Tout ca pour dire que une loi ne va pas changer l'identite des gens. Je sais si le PQ pourrais passer la loi juste pour les allophones il le ferait mais ce n'est pa possible. Si les Francos fuient Mtl, ben il va rester les allos sur l'ile et ils vont faire comme moi. Quand on a un choix a faire entre deux langues non-identitaire (sans emotion) pour vous, on va choisir tout simplement celle qui procure une avantage et qui ouvre sur le monde.
PermalinkPermalien 11/24/09 @ 09:52
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
Ici, je pense que si vraiment la langue de la majorité décline (je n'ai pas vu de recherches à ce sujet), il serait plus pertinent de réhausser les exigences linguistiques en introduisant des examens de français dans les écoles anglophones, ce du primaire jusqu'au CEGEP.
PermalinkPermalien 11/24/09 @ 09:58
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
M. Du Puis écrit: "Je parle anglais a la maison avec mes enfants, mais dans la rue je parle la langue qu'on m'aborde. Je sais que mes enfants vont devenir des anglophiles sinon des anglophones, mais c'est normal car je ne peux pas les transmettre un amour pour le français que je n'ai pas."

M. De Puis écrit encore avoir fréquenté l'école secondaire en français et poursuivi ses études en anglais au cégep et à l'université.

Ce témoignage apporte de l'eau au moulin à ceux qui voient dans le cégep anglophone un instrument d'assimilation.
PermalinkPermalien 11/24/09 @ 11:13

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