La chasse aux sorcières pédagogiques est réconfortante mais futile

12/10/09

Permalink 05:14:27 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

La chasse aux sorcières pédagogiques est réconfortante mais futile

Le texte qui suit, préparé par le comité de coordination du RAEQ, a été envoyé il y a quelques jours au quotidien Le Devoir, qui ne l'a pas publié. Le voici:

C’est la vielle question du verre rempli non pas à 50%, mais à 70%. Pour les uns—Jacques Parizeau sur le plateau de "tout le monde en parle", Jacques Ménard avant lui, Denise Bombardier le 21 novembre dernier, à peu près tous les chroniqueurs et commentateurs du Québec, et la plupart des citoyens qui prennent le relais en famille ou entre amis—c’est un « scandale », c’est un « véritable gâchis », c’est un [insérer ici le synonyme de votre choix] que 3 québécois sur 10 ne décrochent pas un diplôme du secondaire avant l’âge de 20 ans. (Chez les garçons, c’est 4 sur 10. À Montréal, c'est 5, parfois 6).

Pour les autres, dont nous sommes au RAEQ, il s’agit de se souvenir qu’il y a seulement 45 ans, nous n’avions pas encore créé le ministère qui est devenu le «punching bag » des tenants de la thèse du scandale. Il s’agit de se souvenir qu’en moins de deux générations, nous avons réalisé des bonds à une vitesse inédite dans l’histoire humaine. Quatre bonds pour être précis :

* la démocratisation au sens de l’accès pour tous, pas seulement pour les «bien-nés»;
* la démocratisation de l'autorité responsable du système d’enseignement—justement ce qui a mené à la création du ministère de l'Éducation et du Conseil supérieur de l’éducation;
* la démocratisation des administrations scolaires locales, responsables de la gestion de l'enseignement primaire et secondaire public;
* enfin, la démocratisation du financement public de nos institutions, via le principe de la répartition équitable des ressources.

Il s’agit de se souvenir qu’en moins de 35 ans, nous nous sommes hissés au sommet de la Francophonie mondiale. En l’an 2000, suite aux premiers tests du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) qui comparent les ados de 15 ans, nous étions déjà premiers en lecture, en mathématiques et en sciences. Trois ans plus tard, idem. En 2006, les derniers résultats disponibles, nous étions encore premiers en lecture, en mathématiques de même qu’en science.

Il s’agit de se souvenir, avec Guy Rocher, le principal rédacteur du Rapport Parent, combien

c'est un immense défi de vouloir à la fois améliorer la qualité de l'enseignement et édifier un système d'enseignement de masse [...]. Jamais auparavant aucune civilisation ne s'était donnée un tel objectif. Il reviendra au Québec du XXIe siècle de continuer à […] réaliser cette utopie.

Il s’agit de s’arrêter un moment pour prendre toute la mesure de ce mot. Utopie. Ce néologisme d’un écrivain anglais désigne une réalité idéale, c’est-à-dire difficilement atteignable. Ceux qui, comme nous, voient le verre au 7/10e plein n’incitent pas à la complaisance. Seulement à la patience.

Il s’agit de se souvenir que les cris aujourd’hui lancés par Parizeau et al., ce sont exactement les mêmes qui étaient émis à la fin du siècle dernier. Et la réponse de son gouvernement d’alors?

· intervenir massivement à la petite enfance

· renforcer la démocratie locale avec la création des conseils d’établissement

· rationaliser et déconfessionnaliser les structures administratives intermédiaires

· moderniser le curriculum,

· soutenir les milieux les plus défavorisés,

· rehausser les exigences de diplomation.

Oui, rehausser — il est désormais objectivement plus difficile pour un jeune d’accéder au Cégep. C’est là une affirmation qui peut sembler littéralement incroyable pour qui est uniquement exposé au point de vue de Parizeau et al.

Elle devient raisonnable pour peu que l’on veuille:

* faire un effort pour s’exposer à un ratio faits/commentaires un peu plus élevé que de coutume;
* ou élargir son regard pour embrasser une réalité un peu plus nuancée/complexe que : nos enfants sous-performent, cassons du sucre sur le dos des maudits fonctionnaires-pédagogues.

Deux suggestions :

* Tendez l’oreille à une conversation entre profs du Cégep cet automne. Enregistrez leurs doléances sur les jeunes… pré-réforme. Refaites l’expérience dans un an. Comparez.
* Prenez un canot, qui symbolise l’école secondaire non sélective en milieu urbain. Plus précisément montréalais, pour rester avec l’exemple de M. Parizeau. Mettez-le dans l’eau. Percez un trou dans le fond du canot. (Un trou représente une famille de la classe moyenne qui retire son enfant de cette école publique non sélective). Continuez à percer des trous à un rythme lent mais persistant. Du même souffle, continuez d’exiger que les rameurs vident le canot de son eau.

On peut simultanément regarder ce canot, y percer des trous, chacun d’entre nous, et continuer de crier au scandale et au gâchis.

On peut aussi concéder qu’il est admirable que le canot soit demeuré à flot toutes ces années, qu’il n’ait pas baissé sous le niveau du 70% malgré l’ajout de trous--par ceux et celles, notamment, qui crient au scandale.

Et si on cessait de crier au scandale. Et si on cessait de pointer des doigts accusateurs pour se demander comment, chacun d’entre nous, nous pouvons faire partie de la solution. Les possibilités ne manquent pas. On peut :

· militer pour que nos dirigeants remettent à l’ordre du jour le principe d’égalité des chances;

· prévenir la prolifération d’écoles-ghettos;

· proposer du tutorat dans un centre communautaire pour immigrants;

· s’offrir pour lire des contes en milieu défavorisé;

· procurer du soutien académique à ceux qui, décourager par des échecs à répétition, menacent de décrocher.

Nous venons de très loin. Nous sommes déjà dans le peloton des quatre ou cinq meilleurs systèmes d’éducation au monde.

Est-ce par amnésie ou par des œillères qu’une partie influente de notre population ne le voit pas? Nous préférons une interprétation plus magnanime : peut-être est-ce par empressement de réaliser l’utopie d’un système éducatif tout à la fois exigeant et ouvert à tous que ces commentateurs tiennent un discours aussi virulent.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
Lorsqu'il s'agit de l'éducation, sous prétexte d'avoir un jour fréquenté l'école, tout le monde est expert. À mon avis, la désinformation issue de commentaires non fondés est dangereuse pour la démocratie.

Par exemple, ce matin à la radio (98,5) D.Bombardier accuse les intellectuels d'avoir abandonné le Québec et ses valeurs. De son discours, je retiens deux arguments.

D'une part, elle affirme que le cours d'éthique et culture religieuse n'a pas fait l'objet de débat. Ce qui est faux, puisque ce cours est la résultante d'une longue démarche démocratique caractérisée par des débats, consultations, sondages, et recherches. À la toute fin de ce processus, des choix politiques en respect du contexte juridique ont été faits.

D'autre part, elle compare le cours d'éthique et culture religieuse à un endoctrinement au pluralisme. Ici, on pourrait lui rappeler que le but de l'éducation au Québec et de préparer les jeunes à vivre dans la société d'aujourd'hui. Cette société, qu'on soit d'accord ou pas, est une société caractérisée par la primauté des droits de la personne. Ce choix est un choix politique qui a fait l'unanimité à l'Assemblée nationale du Québec en 1975.

En somme, si on réfère aux faits, les intellectuels ont construit un programme à l'image du Québec d'aujourd'hui, visant entre-autres à socialiser les jeunes dans un Québec démocratique. En passant les intellectuels québécois réfèrent au concept de socialisation, instruction et qualification plutôt que celui d'endoctrinement, peut-être existe-t-il des programmes scolaires qui n'aient pas cette visée mais je n'en connais pas.


PermalinkPermalien 12/11/09 @ 12:52
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Quels que soient leurs mérites et leurs bonnes intentions, il reste que "les maudits fonctionnaires-pédagogues", comme vous dites, ont fini par récolter ce qu'ils ont semé. On ne peut pas indéfiniment faire constamment le bien des gens en les trompant (dois-je encore vous rappeler l'histoire de la déconfessionnalisation des commissions scolaires qui n'était pas censée remettre en cause l'enseignement religieux à l'école? et la modification à la sauvette de la Charte des droits pour faire passer le cours ECR?). Tôt ou tard, ces derniers vont finir par en avoir assez et n'écouteront même plus ce que vous pouvez dire de tout à fait acceptable. On est rendu là. L'espèce d'explosion qui a suivi la publication de l'étude de Joelle Quérin depuis le début de la semaine montre bien que le terrain était prêt et n'attendait qu'une étincelle.
PermalinkPermalien 12/11/09 @ 18:24
Commentaire de: Nadine Francoeur [Visiteur] Email
Merci M. Proulx pour ce texte qui "fait du bien"... Merci aussi à M. Poupore pour ce commentaire si juste.
PermalinkPermalien 12/12/09 @ 11:55
Commentaire de: F.P. [Visiteur] Email
A force de nier la problématique des enfants en difficulté en noyant la classe ordinaire avec vos moins forts en besoin de services réels et adaptés, nous voilà à remarquer que les jeunes décrochent toujours sinon plus qu'avant...

Mais il y a aussi que l'école poursuit maintenant des objectifs mal définis tournés vers des compétences (terme issu du monde des adultes en passant qui exige un appareil intellectuel mature) dans une pédagogie tournée vers l'utilitaire et le contextualisé qui ne favorise pas la maîtrise de savoirs de base, mais l'en distrait.

Bref, la classe ordinaire de secondaire 3 est remplie de jeunes qui arrivent à un cul-de-sac effectif dont personne ne peut plus camoufler la carence. Ils décrochent, et on les laisse aller pour sauver les apparences comme j'ai pu le voir dans différentes écoles ces dernières années...

Je ne militerais pas pour l'égalité des chances de recevoir une éducation douteuse basée sur une compréhension si peu convaincante de la réalité de l'apprentissage dont cette réforme bafoue systématiquement les données objectives dont la connaissance des stades du développement de l'intelligence.

S'offrir pour lire votre conte à dormir debout, jamais! Vous nous prenez vraiment pour des imbéciles avec vos solutions factices. Le pire, c'est que vous y croyez sûrement...

Le soutien académique rendu au bord du décrochage est trop peu trop tard. L'école doit être plus performante en amont, et votre réforme improvisée sans vision claire, que vous avez remise entre les mains des enseignants d'accomplir en les accusant de tous les maux, n'a pas remplie ses promesses. On en a marre de prendre la responsabilité et le stress de cette utopie sur nos épaules. C'est assez!

Il est temps de prendre votre retraite, Monsieur. Que du sang neuf prenne la relève et reformule une vision plus réaliste de la scolarisation de masse...

Il est temps aussi que l'opportunisme politique et le libéralisme, qui a pourtant abondé longtemps dans votre promotion de gourous de l'éducation, arrête de saigner les budgets d'éducation et qu'on remette les moyens d'offrir une organisation décente en place pour répondre intelligemment aux nécessités de scolarisation moderne où nous laisserons notre place à des nations montantes plus travaillantes et plus intelligentes.

L'école a besoin de structures fonctionnelles, bref de revenir à la classe spéciale et à une segmentation fonctionnelle permettant la formation d'expertises qui s'étaient pourtant développées avant qu'on ne les sacrifie à l'idéologie de l'intégration et à votre renouveau.

L'école a besoin de se dépouiller de toutes ces illusions cognitivistes appliquées prématurément à l'enfant en développement. L'enfant a besoin de retrouver le guide, l'entraineur, le maître qui travaille dans une didactique ciblée accessible en développant les bases et des méthodes d'acquisition disciplinaire. Qu'on remette votre socio-constructivisme à sa place dans le monde adulte.

L'école a besoin du retour d'une approche plus systématique et de sortir de l'utilitarisme de courte vue où chaque acte doit avoir un sens visible pour l'enfant qui ne peut concevoir, il n'est pas équipé pour cela, il faudra le reconnaître, la destinée de sa démarche. On doit le remettre à l'apprentissage qui est répéter pour maîtriser d'abord. Il n'y a qu'à l'école où cette évidence peut être remis en cause à cause de perroquets dans votre genre qui pourtant nous endoctrinez avec ce que vous niez, c'est quand même inouï. Sortez de nos vies, Monsieur.

Il faut cesser de prôner des modèles uniformes pour toutes les disciplines et laisser l'interdisciplinarité aux professionnels et aux adultes. Laissez les spécialistes des disciplines rendre pédagogiques leur connaissance. Sortons les pédagogies indiscutables des écoles qui tuent le dialogue et la collaboration professionnelle dans le monde de l'éducation depuis 10 ans. Ne laissons plus jamais les solutions miracles panacées qui n'ont pas fait leur preuve détruire la tradition scolaire comme vos œuvres l'ont faites avec tant de brio.

L'école est un outil qui doit résister à l'opportunisme et aux modes. Rentabiliser le monde de l'édition ou celui de l'industrie de l'informatique n'est pas son affaire. Elle doit être une organisation prudente, car la destinée de la nation en dépend dans une large mesure.

Enfin, il faut sans jamais oublier les visées finales de l'éducation, oser redéfinir et réfléchir aux acquisitions de bases qui édifient l'appareil intellectuel. Il faut à tout prix enlever la notion de compétence, cette obsession professionnelle, de notre chemin. Elle n'a pas de sens dans le contexte de l'école primaire et secondaire. Qu'on arrête de nous faire évaluer un construit inadapté qui dévalorise nos leçons qui pourtant misent bout à bout peuvent déboucher sur la possibilité, en temps utiles, de développer une compétence: une maîtrise dans un domaine précis, professionnel. La formation de base générale n'a pas à s'occuper de compétences qui est un concept qui rend compte de ce qui est spécifique.



La pédagogie de projet a à retrouver sa place, un outil dans la palette des interventions éducatives et non l'impératif irréalisable et inefficace qu'elle est. On doit laisser cohabiter dans le respect différent style pédagogique et non imposer des méthodes uniformes qui ne respectent pas la diversité des personnalités chez les éducateurs.

Voilà ce pourquoi entre autre je milite, démonter votre pédagogie qui nous enfume tous depuis dix ans. Si j'en avais le pouvoir, je virerais illico vous et vos semblables du monde de l'éducation. Vous avez fait suffisamment de dégâts.

De grâce, vous et vos amis, laissez donc la place et tirer votre révérence avec élégance alors qu'il en est encore temps. Car, la grogne va bientôt vous broyer.
PermalinkPermalien 12/12/09 @ 15:16
Commentaire de: David D'Arrisso [Visiteur] Email
Ce serait bien que, pour une fois, vous ayez le courage de signez vos propos. Notamment quand la charge se veut aussi pleine de fiel. Il est tout de même paradoxal d'être si convaincu et si virulent mais, en même temps, si peu prêt à assumer ses propos. Désolé, mais là, cette édifiante menace dépasse tout entendement! Allez joyeux Noël quand même lyncheur anonyme...
PermalinkPermalien 12/12/09 @ 16:44
Commentaire de: Gilles G. Jobin [Visiteur] Email
Bizarre cette charge de FP. Mais c'est souvent le cas des gens qui n'ont pas lu le programme de formation. Juste l'idée d'opposer compétences et connaissances illustre bien que ce monsieur gagnerait à le lire.
PermalinkPermalien 12/13/09 @ 08:48
Commentaire de: F.P. [Visiteur] Email
Le fait d'assumer ou pas les idées en mettant son sceau dessus ne change rien au débat des idées et à la réalité de nos difficultés de mettre en oeuvre un programme mal foutu qui engendre un matériel didactique inefficace et une politique d'évaluations alambiquée prônant un subjectivisme injustifiable.

Pour avoir lu mon programme, monsieur Jobin, je sais pertinemment que les connaissances sont au programme.

N'empêche que le bilan de fin de cycle qui fait foi de tout, est basé sur une échelle de compétences qui est sujette à interprétation.

On entre des notes descriptives pour des compétences disciplinaires qui sont transformées en pourcentage. On nous empêche de faire des calculs ou de rendre compte du niveau de maîtrise des connaissances dans les nouveaux logiciels d'entrées de notes. Il ne se discute plus ouvertement dans les milieux de pondération dans les travaux et les évaluations. C'est mal vu à cause de votre philosophie contraignante imposée au corps enseignant.

Bref, on nous demande un jugement sur la compétence à partir de traces sans précisions sur une certaine pondération dans les connaissances.

Ainsi, pour les connaissances en grammaire, on n'a pas d'autres mesures à entrer que leurs utilisations en situation d'écriture et ce depuis fort longtemps.

L'époque où l'on évaluait en définissant un système de pondération dans l'équipe enseignante en se jaugeant avec des outils d'évaluation mieux pensés et mieux validés qu'aujourd'hui par des équipes de spécialistes de la mesure, est bien révolue. Cette rigueur de terrain a cédé la place au fouillis des échelles de compétences qui ne permet plus d'objectiver son évaluation. Bref, on laisse passer bien des jeunes qui ne travaillent pas, car on a empêché la ligne de rigueur de l'équipe disciplinaire d'être tracée. Voyons le résultat, chacun fait comme il pense et interprète des adverbes imprécis saupoudrés dans des énoncés soit-disant sérieusement validés par une équipe obscure d'enseignants fantômes et anonymes avec qui personne, bien sûr, ne va discuter.

Vous gagneriez probablement beaucoup à aller enseigner au secondaire, M. Jobin.

Mais bon, ce système qui court-circuite la rigueur enseignante et l'esprit d'équipe arrange trop bien l'affaire de l'administration et des réformistes qui ne supportent pas l'évaluation objective de leurs idées pour que vous ne soyiez pas un peu au courant...

Voilà pourquoi je voudrais voir le concept de compétences sortir de notre horizon ou grandement remis à sa place. Les connaissances et leurs interrelations dans un domaine d'apprentissage sont l'objet premier d'une formation de base. Après leur maîtrise relative, on peut certes penser leur utilisation coordonnée dans des contextes signifiants. Nos programmes mettent la charrue devant les boeufs sous l'influence d'un globalisme et d'une pédagogie imposée qui sous-estime l'acquisition des connaissances préalables. Au secondaire, nous travaillons avec des élèves qui ont une connaissance des préalables de plus en plus faibles, même les réformistes de terrain le remarquent.

Voilà où il faut revoir ses démarches qui ne tiennent pas leurs promesses. Mais le dogmatisme fermé des promoteurs de ces approches ne veulent pas en entendre parler, en plus de nous contraindre depuis des années dans leur système. C'est pourquoi on attend leurs retraites... et que la compréhension des erreurs de la réforme se clarifie chez les acteurs qui la subissent.



PermalinkPermalien 12/13/09 @ 10:03
Commentaire de: Gilles G. Jobin [Visiteur] Email
Ce que vous dites est intéressant, cher FP.
Pour bien nous comprendre, j'aimerais juste que vous me confirmiez si oui ou non vous voyez les choses de la manière suivante :
- Le prof enseigne des connaissances aux élèves;
- Les élèves font des exercices sur les connaissances apprises;
- Le prof ré-enseigne ces connaissances en fonction des réponses aux exercices et des difficultés des élèves;
- Ré-exercices pour les élèves;
- Le prof teste enfin les élèves (avec des examens objectifs);
- On recommence le processus pour d'autres connaissances
- À la fin de l'année, on compile les résultats. Ceux qui passent vont au niveau suivant, les autres reprennent leur année scolaire.

Est-ce bien votre vision d'une école des années 2000?


PS. Je ne participe à peu près jamais aux discussions avec des anonymes... Cela sera donc ma dernière intervention, à moins que vous ne décidiez de vous identifier.
PermalinkPermalien 12/13/09 @ 10:40
Commentaire de: F.P. [Visiteur] Email
Comme vous recourez à une interprétation réductrice de ce que j'avance, je vais faire une précision. L'argument de la valeur de ce qui est nouveau est insuffisant pour me convaincre. Je me fie aux faits et à la réalité que j'observe.

D'abord, ces connaissances dans un processus circulaire bien connu vont revenir en s'enrichissant constamment de nuances et de nouvelles connaissances. Enfin,les connaissances puisqu'elles sont en fait des réseaux de connaissances ne sont pas des parties indépendantes d'un savoir, mais un réseaux croissants d'informations et de méthodes qui permettent la constitution d'un savoir.

Évidemment, un tel système a besoin de la collaboration de l'apprenant. S'il a toutes les raisons du monde de s'en soustraire, il ne va pas y arriver. Le pointage, l'émulation, le renforcement par le professeur sont des leviers incontournable. Enfin, l'occasion fréquente de voir ses erreurs pour les corriger, d'être mobilisé pour apprendre dans des mini-contrôles sont aussi des incontournables de ces méthodes.

Rien n'empêche ensuite de mettre les jeunes en pédagogie de projet occasionnel ou en situation de résolution de problème. L'idée est de s'assurer que les bases soient solides pour permettre leur utilisation en contexte dans des tâches cognitivement plus exigeantes ou complexes qu'on vise à faire développer.

En mettant l'accent sur le projet ou les mises en situation, on détourne l'attention des nécessaires gammes de tout apprentissage.

Pour moi, solidifier, consolider des bases passent obligatoirement par une phase d'entrainement répétée et évaluée qui doit être entretenue pendant des années pour s'affermir. Nos programmes noient ces exigences en attirant notre attention sur les finalités.

Or, pour être efficace, il faut prioriser, faire des choix et donner du temps à ce qui compte. Enfin, prioriser ce n'est pas tout évincer, l'art de l'enseignement consiste à jouer avec les divers moyens pédagogiques pour entretenir l'intérêt des élèves, mais aussi de jouer du bâton et de la carotte (c'est une image). Ces derniers temps, on a massacré notre levier majeure, les mini-contrôles fréquents. J'ai vu des jeunes se foutre de la démarche d'apprentissage, en projet comme vous voudrez ou autrement, (ou de bonification des acquis) confiant qu'en bout de ligne, ils vont s'en sortir en se reposant sur leur laurier antérieur et sachant d'avance que si l'évaluation d'étape passe, on ne les pénalisera pas. L'école est aussi une discipline de travail, et s'en tirer comme cela c'est disqualifier l'effort quotidien pour se développer, c'est encourager des jeunes à venir à faire du temps en attendant.

Sans faire acquérir la maîtrise de connaissances de base à un point qu'elle en devient réflexe, on ne peut pas ne pas surcharger la mémoire de travail limité de tout homme normalement constitué de 7 plus ou moins 3 éléments.

La mise en situation complexe ne permet pas cette mémorisation méthodique des savoirs essentiels. Voilà pourquoi chaque discipline avait ses méthodes pour gérer les acquisitions. L'uniformisation des méthodes a évacué ses nécessités.

La connaissance des tables par cœur permet le calcul mental complexe, facilite la gestion des opérations sur les fractions, répéter la routine qui fait sortir les facteurs d'un nombre permet aussi de gérer de nombreux autres acquisitions en mathématique: fractions, puis la factorisation en algèbre. Les maths sont bien une discipline de connaissances très agencées. La gestion d'opérations à la verticale, puis de développements verticaux, permet de gérer des développements de calculs en diminuant les erreurs. Tous ces apprentissages participent à l'élaboration des connaissances en calcul et demande du temps pour s'affermir. Voilà ce qu'il faut sans cesse nous rappeler. La mécanique des mathématiques ne se résume par à une démarche de résolution de problème... et un acte de communication.

En français, des disciplines comme l'analyse grammaticale répétée permettait de donner une structure aux apprentissages à l'intérieur d'une méthode qui faisaient revoir l'ensemble des connaissances et ses interrelations.

L'apprentissage systématique des verbes et de leur conjugaison par cœur et l'évaluation régulières de ces connaissances permettaient de faire entrer en soi la grammaire du verbe.

Pourquoi peine-t-on de nos jours à faire apprendre une petite série de concepts nouveaux? Si ce n'est que par manque d'entraînement de la faculté de mémorisation.

Pour que ces connaissances s'apprennent, il faut mettre des conditions qui le permettent, à moins qu'on ait trouvé une manière plus moderne de leur implanter tout ce réseau de connaissances, je crois bien qu'il va falloir revenir voir ce que la tradition scolaire de tout temps a toujours su: qu'on apprend beaucoup en répétant et que de temps en temps on découvre par soi-même...

Il ne suffit malheureusement pas que de faire un bon show significatif pour faire retenir des notions, il faut y revenir sans relâche... de milles façons pour creuser les sillons du disque dur, pour faire les connections neuronales, ce n'est pas du délire, mais de la science dont je vous parle et c'est très moderne.

La tâche d'une formation de base consiste à donner, d'une part, à nos jeunes des cartes mentales pour continuer d'incorporer à leurs réseaux de connaissances de bases solides les nouvelles données qu'ils rencontreront dans leur existence. D'autres part, elle doit viser à leur leviers intellectuels qui permettront de réfléchir leur expérience et de devenir des acteurs actifs dans notre société, pas les bêtes perroquets des médias qui les endoctrinent pour vendre la camelote des multinationales.

Ça ne commence donc pas en se faisant historien à 15 ans, ni s'interrogeant sur l'éthique des choses aux primaires. Non, ca commence par l'apprentissage de concepts simples d'abord, de méthodes d'observation, de copie et d'écriture, ne serait-ce qu'en observant les détails dans un mot...

Évidemment, prétendre pourvoir scolariser tout le monde dans cet esprit de maîtrise n'est peut-être réalisable, voilà pourquoi il faut offrir de l'enseignement adapté à différentes clientèles et ne pas faire poiroter un jeune qui aime les activités manuelles pendant 5 ans dans un secondaire général insignifiant pour lui.

Évidemment, pour tout cela, il faut mettre les moyens, s'ouvrir les yeux et surtout ne pas se mettre la tête dans le sable pour faire des économies d'échelle...

J'aurai donc le mot de la fin, puisque vous vous trouvez des excuses fort commodes pour ne pas débattre vraiment...

PermalinkPermalien 12/13/09 @ 12:33

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