Critique de la logique conceptuelle de Mme Quérin

12/17/09

Permalink 10:49:29 am, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Critique de la logique conceptuelle de Mme Quérin

Mme Quérin réplique ce matin dans Le Devoir aux propos publiés hier dans ce même journal sous la signature de MM. Leroux, Rousseau, Larouche et Proulx.

Après avoir discuté à nouveau des concepts de pluralisme, de multiculturalisme et d’interculturalisme, elle conclut qu’il s’agit d’une seule et même idée et comme le pluralisme est au fondement du programme ECR, il prône le multiculturalisme, cette doctrine « selon laquelle le Québec n’est qu’une somme de communautés unies par la seule Charte des droits et libertés ».

« Les défenseurs du cours ECR, demande-t-elle peuvent-ils repérer un seul article de cette politique [du multiculturalisme ] avec laquelle ils ne sont pas d’accord ». Très certainement : avec l’ensemble de cette doctrine! Quant au pluralisme, il est un fait sociologique, ce n’est pas une doctrine.

Mais, poursuit-elle, « revenons maintenant au vrai débat [c’est moi qui souligne] : ce cours vise-t-il à transmettre des connaissances aux élèves, ou à leur dire comment agir en présence de la diversité ethnique et religieuse? »

Résumons la position de Mme Quérin :

1- La pratique du dialogue, centrale dans ce programme, vise « l’adoption d’attitudes et de comportements ».

2- L’évaluation de cette compétence visera donc à mesurer si l’élève « se conforme aux attitudes et aux comportements attendus ».

3- Au surplus, insistent les concepteurs du programme, le cours ne vise pas à transmettre des « connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion ou [telle ou telle] doctrine morale ».

4- Le cours, selon Georges Leroux, vise une « éducation où les droits qui légitime la décision de la Cour suprême [sur le port du kirpan à l’école] tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris et font partie de leur conception de la vie en commun. Car ces droits sont la base de notre démocratie, et l’enjeu actuel est d’en faire le fondement d’une éthique sociale fondée sur la reconnaissance et la mutualité ».

5- CQFD : ce cours vise à « endoctriner » les enfants et à faire la promotion du multiculturalisme.

Commentaires :

1- La mission officielle de l’école québécoise consiste explicitement à « instruire », « qualifier » pour la vie et à « socialiser » les élèves. Évidemment qu’elle vise « l’adoption d’attitudes et de comportement »! Socialiser consiste précisément à développer des relations sociales entre des personnes. C’est donc l’un de ses rôles essentiels!

Ainsi, on apprend aux jeunes le respect des personnes. C’est là un des fondements les plus classiques des projets éducatifs de nos écoles. On leur apprend du reste bien d’autres attitudes et comportements. Par exemple, la loi sur l’Instruction publique édicte que « l'élève prend soin des biens mis à sa disposition » et qu’à défaut, les parents doivent les payer. Elle fait même un devoir aux enseignants de « prendre les mesures nécessaires pour promouvoir la qualité de la langue écrite et parlée » et même de "développper chez les élèves le goût d'apprendre". Qui plus est, toutes les écoles adoptent des règles de conduite des élèves.

2- Le programme ne dit pas qu’il ne faut pas enseigner les connaissances. Il dit qu’il ne s’agit pas de sombrer dans l’encyclopédisme, c’est-à-dire, cette tendance systématique à tout savoir et à tout apprendre sur un sujet donné. Bref, il faut faire des choix, comme dans n’importe quelle matière du reste. Et le programme fait ces choix.

3- Faire « comprendre » la nature des droits et, par conséquent la raison d’être d’une décision d’un tribunal, ne signifie pas obliger à adhérer intellectuellement ni même moralement à cette décision. Le programme ECR vise du reste à développer l’esprit critique. Les liberté d’opinion et d’expression demeurent tout entière. L’adhésion citoyenne au régime de droit, en particulier à celui des chartes des droits et libertés qui nous gouverne ne constitue pas une forme d’endoctrinement. Elle fait cependant partie du fondement de notre démocratie et une condition même de son exercice. C'est bien ce que dit de façon solennelle le préambule de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne de 1974.

Considérant que le respect de la dignité de l'être humain, l'égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix;

4- La promotion des droits et libertés et du respect des cultures n’est pas une trouvaille du cours ECR, mais une finalité générale de l’éducation à laquelle le Canada (et par conséquent le Québec) ont adhéré en ratifiant la Déclaration universelle des droits de l’homme de… 1948. Son article 27 se lit comme suit :

2. L'éducation doit viser […] au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux […].

Et comme le Québec s’est engagé depuis plus d’une décennie à mettre en œuvre cette déclaration, il fait aux enseignantes et enseignants, dans sa loi sur l’Instruction publique, le « devoir de prendre les moyens appropriés pour aider à développer chez ses élèves le respect des droits de la personne ».

Ils disposent maintenant de ce nouveau moyen pédagogique qu'est le cours ECR. Hélas, Mme Quérin et d’autres s’en désolent.

Je dénonçais dans mon billet d’avant-hier « son manque de profondeur et de rigueur conceptuelle ». Après sa réplique de ce matin, je persiste et signe.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
Mme Gurérin associe le programme au multiculturalisme qu'elle décrit en terme de communautés unies par la seule Charte des Droits et liberté.

Le programme de formation, selon ma lecture, renvoie plutôt au concept de communautarisme libéral. D'après ce que j'ai compris, ce concept réfère à une seule communauté unie par les mêmes valeurs, celles de la démocratie. Dans ce cadre, les compétences, derrière lesquelles on retrouve une forme de pensée particulière deviennent le lien d'intégration à cette communauté. Aussi, en terme de modèle politique le programme correspond plutôt à celui de Michael Walzer (sphères de justice) .

Conséquemment, à mon avis Mme Guérin se trompe de théorie politique.
PermalinkPermalien 12/17/09 @ 12:47
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Vous êtes drôle, M. Proulx. Je ne vous savais pas humoriste. Avoir l'aplomb d'écrire:

«Le programme ECR vise du reste à développer l’esprit critique. Les liberté d’opinion et d’expression demeurent tout entière. L’adhésion citoyenne au régime de droit, en particulier à celui des chartes des droits et libertés qui nous gouverne ne constitue pas une forme d’endoctrinement.»

Je vous admire de rester sérieux comme un pape en affirmant cela. Je vous rappellerai pourtant cette citation de M. Leroux (dans l'article de Mme Quérin):

«On doit surtout faire l'effort de concevoir une éducation où les droits qui légitiment la décision de la Cour suprême [sur le port du kirpan à l'école], tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris de tous et font partie de leur conception de la vie en commun. Car ces droits sont la base de notre démocratie, et l'enjeu actuel est d'en faire le fondement d'une éthique sociale fondée sur la reconnaissance et la mutualité. C'est à cette tâche qu'est appelé le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse dans l'école publique du Québec.»

Au cas oû vous ne le sauriez pas, M. Proulx, la décision de la Cour suprême dans l'affaire du kirpan ne fait pas l'unanimité au Québec, ni même au Canada, et ce sans égard aux lignes de partage politiques ou religieuses. Mais dans l'esprit de M. Leroux, le cours ECR est bel et bien censé avoir pour résultat de réduire ce débat puisqu'il n'aurait plus lieu d'être. L'esprit critique dont vous parlez ne sera donc cultivé, on peut le penser, que vis-à-vis ceux qui n'ont pas encore reconnu vos lumières. Pour votre information, cela fait beaucoup de monde, y compris chez un bon nombre de gens qui s'imaginent encore que ce cours est "neutre".

Quant à l'affirmation suivante, je ne peux plus la supporter:

«Quant au pluralisme, il est un fait sociologique, ce n’est pas une doctrine.»

Malhonnêteté intellectuelle flagrante ou paresse excusable dans l'information d'un grand chercheur en bout de course, je ne sais. Dans l'un ou l'autre cas, c'est du moins une preuve supplémentaire de votre condescendance à l'endroit des béotiens que vous avez bien l'air de voir dans un public qu'il vous paraît inutile de chercher à convaincre de manière plus articulée. (Il ne faut pas non plus écarter le machisme de vieux profs envers une jeune femme qui a l'audace de les remettre en question, comme on pouvait en juger par le ton de votre article d'hier.) Mais là encore il suffit de citer Leroux pour vous contredire:

«L'école pourrait concevoir sa mission comme une responsabilité dans le processus qui fait passer chaque jeune dans la constatation du PLURALISME DE FAIT à la valorisation du PLURALISME NORMATIF.» (majuscules ajoutées) - "Éthique, culture religieuse, dialogue: arguments pour un programme" (p. 13)

Il s'agit donc de conduire à une option philosophique particulière en arguant de la situation sociale actuelle, mais il n'est pas question de prétendre que la situation impose forcément cette option, qui procède en fait d'une réflexion sur la modernité, laquelle est valable en elle-même; ce qui prouve a contrario qu'il n'y a aucune nécessité d'inférer l'une de l'autre. C'est là pourtant ce que vous faites allègrement, M. Proulx. Or, M. Leroux lui-même vous répond:

«Il ne s'agit pas d'abord, ni même fondamentalement, d'accorder aux exigences de la culture urbaine, caractérisée par un pluralisme de fait, les structures de l'école, il s'agit plutôt de mettre en harmonie l'école avec la modernité politique: NOTRE SOCIÉTÉ DEMEURERAIT HOMOGÈNE SUR LE PLAN DES CROYANCES ET DES CONVICTIONS QUE CE PRINCIPE NE S'EN APPLIQUERAIT PAS MOINS» (majuscules ajoutées) - ouvrage cité (p. 36)

Je n'ai pas de problème avec la modernité, que les inventeurs du cours ECR ont l'air de prétendre avoir découverte et la mission de nous apprendre et dont le reste du monde attend la révélation (puisque ce cours est une première mondiale!); mais j'en ai, et plusieurs avec moi, croyants et athées, fédéralistes et indépendantistes, avec un aréopage auto-proclamé qui insinue avec suffisance que si on ne partage pas son interprétation (légitime et le fruit de toute une vie d'études et d'efforts; bravo à vous), alors c'est qu'on ne doit pas être moderne! Et vous ne vous rendez même pas compte de la contradiction radicale de votre posture en fait d'ouverture au dialogue, qui suppose l'admission de la légitimité du point de vue adverse. Il est oû votre pluralisme? La compréhension des corollaires de celui-ci est-elle univoque? TOUT LE DÉBAT EST LÀ, mais vous prétendez que vouloir le faire ce serait "régresser"!!!

Je n'ai plus la patience de supporter l'outrecuidance d'individus comme Denis Watters qui prend un air penaud pour dire à la télévision, d'un air consterné: "mais comment peut-on être opposé à la tolérance et à l'ouverture"!! Au fait, saviez-vous que le parti libéral valorise les libertés individuelles (voir l'essai publié par Claude Ryan en 2002) et Québec Solidaire prône avant tout la justice sociale: donc si vous critiquez les libéraux et Françoise David, c'est que vous en avez contre le libéralisme et que vous êtes favorable à l'injustice. C'est aussi méprisant que cela comme argument, et cela montre encore une fois à quel point certains nous prennent pour des incapables.
PermalinkPermalien 12/17/09 @ 12:51
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
@ M. Gilbert

Vous citez M. Leroux : «L'école pourrait concevoir sa mission comme une responsabilité dans le processus qui fait passer chaque jeune dans la constatation du PLURALISME DE FAIT à la valorisation du PLURALISME NORMATIF.»

M. Leroux a tout à fait raison. Le pluralisme est certes un fait sociologique, mais en démocratie libérale, le pluralisme devient aussi une norme sociale, soit une règle non écrite, mais néanmoins déterminante pour notre vie en démocratie. Car son contraire, c’est la pensée unique et imposée, les comportements obligés et contrôlés. Nous avons connu dans notre histoire, pas trop éloignée du reste, certaines tendances qui allaient dans ce sens, aussi bien du côté de l’Église que de l’État. Je n’ignore pas, du reste, que d’aucuns reprochent au cours ECR d’imposer le pluralisme comme vision normative. Mais cela nous ramène à l’essence même du débat sur la nature de la démocratie libérale.

De fait, en démocratie libérale, ce que nous estimons par-dessus tout désirables, c’est notre liberté en général qui consiste à nous gouverner selon nos conceptions de la vie bonne, et plus particulièrement certaines libertés qui permettent la réalisation de nos intérêts les plus profonds, telles la liberté d’opinion et d’expression, la liberté de religion, la liberté d’association, et quelques autres, le tout sans discrimination selon la langue, la religion, le sexe, etc.

Bien entendu, la norme sociale du pluralisme a ses limites, notamment l’ordre public et le Code criminel. Au surplus, comme la majorité, dans une société démocratique, détient du fait même d’être majoritaire, le pouvoir d’édicter les lois, cette même majorité accepte, précisément pour garantir les libertés de chacun, de se donner des garde-fous, en particulier en faveur et des individus et des minorités de tous les types : les courants de pensée minoritaires ou marginaux, les minorités religieuses, ethniques, d’orientation sexuelle, etc. Elle s’interdit donc de faire des lois qui porteraient atteinte aux droits et libertés fondamentales de chacun ou qui le feraient de façon discriminatoire.

Et quand l’État et ses citoyens ne s’entendent pas sur la légalité d’une limite à nos libertés, ils demandent aux tribunaux de trancher. Il arrive bien entendu que certaines de leurs décisions, comme dans l’affaire du kirpan et bien d’autres (le dernier jugement sur le cours ECR, par exemple), nous apparaissent mal fondées. On a parfaitement droit de le penser et de le dire et bien des citoyens, juristes ou pas, ne s’en privent pas. Néanmoins, on accepte généralement la règle de base : on fait trancher nos différends par des arbitres et on s’y plie jusqu’à plus amples débats aussi bien philosophiques, politiques ou judiciaires.,

Bref, que l’on parle de pluralisme de fait ou de pluralisme normatif, cela n’a rien à voir, soit dit avec respect pour l’opinion contraire, avec le multiculturalisme. En revanche, cela a tout à voir avec la démocratie et son exercice.

Note particulière

Nous avons toujours cherché sur ce blogue à respecter une norme non écrite d’une certaine élévation et dans le ton et dans le fond du débat intellectuel. Sans doute, avons-nous parfois dévié de cette règle. Nul n’est parfait.

Je dois hélas constater que votre dernier commentaire par quelques remarques irrespectueuses envers ceux avec lesquelles vous différez d’opinion, dévie de cette norme exigeante.

Ce blogue et ses artisans acceptent et participent constamment depuis son ouverture il y a deux ans à des débats, voire à des polémiques pédagogiques et politiques. Il va continuer de le faire encore et vous êtes le bienvenu à y participer tout autant que tous ceux qui ne partagent pas les valeurs qui animent ce blogue.

Je vous prie respectueusement néanmoins pour l’avenir de prendre acte des exigences que je viens d’évoquer.

Jean-Pierre Proulx
Administrateur de ce blogue.

PermalinkPermalien 12/17/09 @ 18:05
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Je reçois votre réponse avec intérêt.
PermalinkPermalien 12/17/09 @ 18:38
Commentaire de: Charles Courtois [Visiteur] Email
M. Proulx, je vous invite à lire la chronique de Christian Rioux dans Le Devoir du 18 décembre.

Il existe plusieurs conceptions de la démocratie. Toutes ne conçoivent pas les droits de l'homme de façon multiculturaliste, ni le chartisme multiculturaliste comme l'apothéose de l'histoire de la démocratie.

La Grande-Bretagne n'a pas de charte des droits. Le modèle français de laïcité offre une autre voie démocratique de gestion de la diversité.
PermalinkPermalien 12/18/09 @ 00:49
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
Il existe en effet plusieurs conceptions de la démocratie. Forcément, les histoires et les cultures nationales sont diversifiées. On connaissait même il y a encore 20 ans la République démocratique allemande (DRA)!

Pour ce qui est de l'Angleterre, ce pays s'est dorénavant lié à la Convention européenne des droits de l'homme.
PermalinkPermalien 12/18/09 @ 09:15
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Conclusion: il n' y a pas de modèle unique. La preuve, il y a même des conceptions de la démocratie qui sont disparues! Alors, qu'est-ce qui vous permet de confisquer des lieux communs comme l'application de la Charte des droits et la nécessité de recourir aux tribunaux pour trancher les litiges et d'en tirer la conclusion que le cours ECR est une conséquence obligée de l'adhésion à des valeurs dont vous n'avez pas le monopole?
PermalinkPermalien 12/18/09 @ 09:26
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
M.Courtois,

vous avez raison dans ces pays d'autres choix politiques et juridiques conditionnent l'enseignement. Aussi, le problème de la prédominance de la Charte au Québec est un problème juridique et non scolaire. Ce débat doit se dérouler dans l'arène politique et non dans l'arène scolaire.



M.Gilbert,

il est difficile de comprendre ce cours, surtout lorsque les émotions l'emportent sur la raison. Derrière les choix qui ont été faits on retrouve de nombreuses raisons juridiques et des choix politiques valides qu'il importe de connaître à mon avis avant de porter un jugement. Les concepteurs des programmes, ont suivi une démarche démocratique que l'on peut suivre à partir de l'ensemble de la documentation relié au Rapport Proulx et tous les documents subséquents. J'ai eu la chance de suivre une grande partie des débats, d'étudier les documents reliés à la consultation publique qui a eu lieu et d'interviewer des parents, enseignants, directeurs et leaders spirirtuels. À mon avis, la démarche qui a été suivie est démocratique et les choix qui ont été faits permettent au Québec d'offrir une formation scolaire remarquable.

Mme Guérin fait plusieurs erreurs dans son document, elle a mal saisi le communautarisme libéral et se trompe de théorie politique. De plus elle commet une grave erreur en tant que chercheure surtout dans le domaine de la sociologie, elle porte un regarde à partir du mauvais paradigme sur un programme qui se situe dans un autre. Par exemple elle cherche d'une part la transmission des connaissances alors qu'il est clairement indiqué dans le programme que ce n'est pas le but ultime de ce dernier. D'autre part, elle accuse le programme d'endoctriner au multiculturalisme alors que se dernier est, si on peut parler d'endoctrinement, largement ancré dans l'humanisme. Ces erreurs de fonds biaisent sa recherche et contribuent encore une fois à alimenter un débat qui n'en est pas un.

Les fondements du cours d'ÉCR et finalement tout le programme de formation permet à l'individu de faire un choix éclairé quant à son adhésion à la société. Ce faisant, les élèves devraient apprendre à défendre leur perspective en référant à des critères et en apprennant à argumenter selon les règles de l'art. Ceci permet à tous et chacun: nationalistes, laïcs et croyants de réfléchir à leur position et de pouvoir la défendre.

Bref, le Programme permet aux élèves croyants d'apprendre à argumenter leur position au même titre qu'il permet à l'élève de développer une vision nationaliste. Au bout du compte c'est la démocratie qui gagne et se renforcit.


PermalinkPermalien 12/18/09 @ 10:04
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Vous dites:

"À mon avis, la démarche qui a été suivie est démocratique et les choix qui ont été faits permettent au Québec d'offrir une formation scolaire remarquable."

En réalité, quand la ministre Pauline Marois a annoncé que son gouvernement irait à Ottawa pour demander un amendement à la Constitution afin de déconfessionnaliser les commissions scolaires, il avait bien été précisé que ceci ne remettrait pas en question la possiblité pour les écoles de demeurer confessionnelles. Plus tard, quand le gouvernement a décidé que les écoles seraient déconfessionnalisées, il a été dit que cela ne changerait rien au maintien du choix de l'enseignement religieux. Finalement, en dernière étape, on a annoncé que celui-ci serait supprimé.

Finalement, donc, le seul moment oû la population a été clairement mise au fait des intentions du gouvernement (parce que c'était un passage crucial oû il importait que l'opinion publique ne se laisse pas entraîner dans une controverse qui aurait refroidi les bonnes dispositions du gouvernement fédéral dont l'accord était nécessaire), c'est lorsque Pauline Marois a dit que déconfessionnaliser les commissions scolaires ne changerait pas le statut confessionnel des écoles. Ce qui s'est passé par après relève des "conséquences" imposées petit à petit et sans véritable débat à une opinion qu'on a conditionnée à accepter que c'était "le choix que le Québec a fait" (ce que vous appelez "une démarche démocratique"). Il n'est pas étonnant qu'une partie non négligeable de la population, qui n'est pas si arriérée que certains pensent, ait fini par en avoir assez (ce qui se manifeste aussi par le ras-le-bol global envers ceux que M. Proulx a appelé "les maudits fonctionnaires-pédagogues"). Sans qu'ils puissent consciemment démonter tous les rouages de la manipulation, s'est répandue chez plusieurs la perception générale que ce que j'appelais hier un aréopage auto-proclamé et rempli de bonnes intentions tropme les gens pour leur propre bien. Il est difficile de donner tort à cette perception quand on revient sur les origines, les non-dits et les petits mensonges successifs de la démarche dont vous parlez. Pour ma part, je ne prends plus rien au premier degré de la part des "spécialistes".
PermalinkPermalien 12/18/09 @ 10:37
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
M.Gilbert,

je n'ai pas la même lecture que vous du processus qui a été suivi. C'est peut-être parce que j'ai commencé mon analyse avec le Rapport Proulx de 1999. J'ai suivi le processus de consultation qui à mon avis a été démocratique. Par démocratie, je réfère aux processus consultatifs publics qui ont eu lieu. Le processus s'est évidemment clôt par des choix politiques. Bref, il me semble que les décideurs ont fait un choix certes difficile mais éclairé.

Il ne faut surtout par perdre de vue que la forme définitive du cours résulte aussi d'un ajustement à l'évolution de la société et à une vision différente de la connaissance affectant le monde de l'éducation. À ce niveau, on assiste carrément à une révolution scientifique,encore mal comprise. Ici, c'est la responsabilité des spécialistes de construire un Programme actualisé.

À plusieurs reprises, je me suis posé de sérieuses questions quant aux décisions prises. Toutefois, depuis que j'ai une meilleure compréhension des fondements théoriques sur lesquels s'appuient ce cours, je suis convaincue que les élèves du Québec bénéficient d'une excellente formation en adéquation avec les mutations sociétaires marquant le Québec depuis 20 ans.

Je comprends votre frustation et je pense qu'il faille dorénavant, en raison de l'importance de l'opinion publique et le poids des médias dans la formation de cette opinion, que le public soit mieux informé. Mais, il faut aussi que le public s'implique et participe au processus de consultation lorsque le débat prend place. Enfin, il ne faut surtout pas perdre de vue qu'en politique tout est possible. Ce n'est pas un processus linéaire, les décisions reposent sur des choix que l'on ne peut pas toujours prévoir.
PermalinkPermalien 12/19/09 @ 11:00
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Mme Poupore, vous me permettrez d'observer que parmi toutes les suggestions que vous faites, il y en une qui fait défaut de manière étonnante pour quelqu'un qui privilégie la démocratie, mais pas surprenante dans la mesure oû vous admettez avoir intégré les concepts de nos spécialistes en ingénierie sociale. Vous dites en effet que le public doit s'impliquer, participer et s'informer (ou plutôt : être informé). Il ne vous vient pas à l'esprit qu'il pourrait aussi être écouté dans ce qu'il a à dire?... En particulier les parents?? Vous l'aurez peut-être noté : dès qu'on parle de leur donner la parole, on peut quasiment entendre M. Proulx soupirer à travers l'écran d'ordinateur.
PermalinkPermalien 12/19/09 @ 13:39
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
"Vous l'aurez peut-être noté : dès qu'on parle de leur donner la parole [aux parents], on peut quasiment entendre M. Proulx soupirer à travers l'écran d'ordinateur."

Vraiment, je ne vous suis pas?
PermalinkPermalien 12/19/09 @ 19:43
Commentaire de: Roger Girard [Visiteur] Email
@M.Poupore
«…une vision différente de la connaissance affectant le monde de l'éducation. À ce niveau, on assiste carrément à une révolution scientifique, encore mal comprise.»
Je ne saisis pas tellement ce que vous voulez dire par cette «révolution scientifique» dont les «spécialistes» ont eu à tenir compte dans la préparation du programme. Pouvez-vous m’aider à mieux comprendre?
PermalinkPermalien 12/19/09 @ 21:13
Commentaire de: Claude Gilbert [Visiteur] Email
Allons donc, M. Proulx, soyez franc! Les droits des parents, ça ne vous branche pas tellement. Vous êtes prêt à dire n'importe quoi ou presque pour les battre en brèche: disséquer les sondages qui contredisent votre idée de la démocratie (M. Girard en a déjà débattu avec vous jusqu'à ce que vous lui déclariez - non sans "élévation" pour employer vos propres mots - qu'il ne vous paraissait "pas pertinent d'aller plus loin"), invoquer la Charte (jusqu'à ce qu'on vous fasse remarquer que c'est la même qui s'applique dans la grosse province voisine oû le libre choix ne semble pas causer de dilemme même si elle est plus multi-ethnique et plus multi-confessionnelle que le Québec), ou même les évêques! Allez, je vous cite, que l'on respire la lassitude du professeur répétant l'objection d'élèves un peu lents qu'il ne comprend pas devoir encore une fois réfuter:

"Donner le choix aux parents..."

http://recit.org/raeq/index.php/2008/12/14/p737

Mais vous pouvez toujours me répondre comme à M. Girard:

"L’exercice est inutile et dépassé."

http://recit.org/raeq/index.php/2008/10/24/title_36

Ben le débat continue quand même, et de plus belle ces temps-ci, Monsieur...
PermalinkPermalien 12/20/09 @ 00:32
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
Ai pris bonne note.

Le non-franc!
PermalinkPermalien 12/20/09 @ 16:19
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
M.Girard,

il me fait plaisir de tenter de vous expliquer, en très bref, ce que j'entends par révolution scientifique, voici mon interprétation.

Vers le 18e siècle les sciences modernes prennent forme en se détachant de la philosophie. Le contexte de l'époque était tel que la pensée politique prédominante, le libéralisme, préconisait une stricte séparation de la connaissance et des valeurs. Le positivisme scientifique prévalait et la science prétendait à l'objectivité et l'universalité.

Depuis, si on consulte la littérature anglosaxonne issue de la philosophie politique (voir John Rawls), il est maintenant reconnu que le libéralisme n'est pas neutre et qu'il est porteur de valeurs démocratiques. Aussi, cette évolution de la pensée politique conduit à plusieurs changements affectant la science, particulièrement les sciences humaines et conséquemment l'éducation. Pour faire bref,à mon avis, on assiste à rien de moins qu'à un retour de la pensée philosophique que l'on peut repérer par un virage conceptuel et un retour de la réflexivité en science. Voilà pourquoi, je parle de révolution scientifique.

En ce qui concerne les sciences humaines, le courant réflexif reconnaît qu'un individu est porteur de valeurs et que ces valeurs affectent l'acquisition des connaissances. Bref, on reconnaît que les connaissances sont traitées par l'individu. Par exemple, on accepte l'existence de plusieurs définitions pour un même concept et de plusieurs interprétations du même phénomène. Tout ceci modifie considérablement les manières de faire.
PermalinkPermalien 12/21/09 @ 15:40
Commentaire de: Charles Courtois [Visiteur] Email
Un problème juridique ou politique et non scolaire ? Vraiment ? C'est le programme d'ECR qui est abusivement orienté. Le problème est que ce cours est idéologique. Cela n'a pas sa place. Rien n'oblige l'école québécoise à donner ce cours ni à faire cet endoctrinement. Il serait tout à fait possible de ne pas donner ce cours et d'intégrer des cours d'histoire religieuse, par exemple - sans endoctrinement multiculturaliste.
Je vous rappelle que, politiquement, l'État du Québec dont dépend le Ministère de l'Éducation, n'admet d'ailleurs pas le multiculturalisme comme modèle d'intégration.
PermalinkPermalien 12/22/09 @ 13:42
Commentaire de: David D'Arrisso [Membre] Email
Je suis désolé Monsieur Courtois, mais VOUS (c.-à-d. l'IRQ) affirmez que ce cours est abusivement orienté, VOUS affirmez qu'il est idéologique et VOUS affirmez qu'il est source d'endoctrinement. D'aucuns tiennent un autre discours à cet effet, et votre attaque du cours, qui mime presque en tous points celle que vous avez faite du cours d'histoire, y compris dans sa structure en forme de procès d'intention, voire de théorie du complot, s'avère plutôt grossière.

Comme vous le soulignez, d'autres choix auraient pu être faits, des enseignements sur les religions auraient pu être intégrés en histoire, certes. Cependant, cela aurait-il davantage mis ces enseignements à l'abri de toute tentation idéologique? Comme en témoignent les éternels débats entourant notre cours d'histoire nationale, débats que vous nourrissez vous-même avec un certain zèle, la discipline historique, notamment son pendant scolaire, n'est-elle pas, elle-même, source d'un potentiel d'endoctrinement?

Il s'avère que l'État québécois, à travers ses gouvernements successifs des dernières années (et non pas d'obscures spécialistes bien-pensants) a fait un autre choix. Le développement du programme d'ECR, qui a accompagné la déconfessionnalisation graduelle du système scolaire québécois, s'est fait dans un double but: (1) celui de répondre à la nécessité (d'autres diraient l'opportunité) de maintenir des enseignements relatifs à un patrimoine religieux permettant de mieux comprendre l'évolution de la société québécoise et (2) celui de répondre à cette réalité qu'est le pluralisme grandissant de cette société, pluralisme qui va bien au-delà de ses dimensions religieuses ou ethniques, trop souvent ressassées dans les médias. Si, ce faisant, le programme devenait le moteur de la promotion du multiculturalisme trudeauiste, comme VOUS l'affirmez avec beaucoup de conviction dans votre procès d'intention répété ad nauseam, et bien soit! Mais permettez moi d'en douter...

Il s'adonne qu'on ait placé la Charte des droits et libertés de la personne DU QUÉBEC au coeur de la réflexion. Chartiste le programme? Il aurait été plutôt difficile de faire autrement, puisqu'il s'agit là, à défaut d'une véritable constitution québécoise, d'un des rares documents d'encadrement législatif distinctif du Québec et pertinent dans le contexte. Que le cours, dans sa structure, témoigne de cette réalité (douloureuse pour certains) n'en fait pas, en soi, un instrument d'endoctrinement... Si le Québec adoptait une charte sur la laïcité, voire une constitution (ce que je souhaite de tout coeur), et que leur présence ne se faisait pas sentir rapidement dans l'évolution de la structure et des contenus du cours, il y aurait là matière à s'inquiéter... Mais jusque-là, la structure du cours ne fait que témoigner d'une réalité.

Le cours pourrait-il être amélioré? Probablement. Mais pour ce faire, il faudrait avoir le temps de l'expérimenter...

L'obsession des membres de l'IRQ envers tout ce qui pourrait affecter, de près ou de loin, un certain "nation building" à la sauce identitaire québécoise, entraîne ces derniers à tirer à boulets rouges sur tout ce qui bouge, sans trop de discernement. Bien qu'à court terme cela puisse aider au positionnement politique ou médiatique de ses membres, cette fâcheuse habitude nuira, à moyen terme, à la "Cause"... qu'elle soit éducative ou nationale.
PermalinkPermalien 12/22/09 @ 17:00
Commentaire de: Charles Courtois [Visiteur] Email
Première remarque : je constate, èa la lecture des propos de M. Proulx, qui invoquait d'abord la démocratie, ensuite l'ordre constitutionnel de 1982, que la rhétorique est toujours que nous n'avons "pas le choix" : il ne peut donc y avoir de débat sur les programmes ? C'est ironique quand on considère la compétence centrale du cours d'ECR, soit "pratiquer le dialogue".

Seconde remarque: M. D'Arrisso, je pense effectivement que toute la réforme pose problème. En fait, la formation des maîtres, les programmes, les évaluations, ont trop sacrifié le contenu au profit des compétences qui ont le défaut de pouvoir être très idéologiques.
Le problème majeur du cours ECR est qu'il ne s'agit pratiquement que de ça, tandis que les autres matières renvoient tout de même à du contenu au départ.
Ce qui est en jeu c'est l'instruction et l'esprit critique, et non la "cause" comme vous dites (le débat transcende les lignes politiques), que la réforme malmène sévèrement (et d'ailleurs les résultats des cohortes réformées sont trèes mauvais). Le cours ECR n'est qu'un concentré de ces travers.
PermalinkPermalien 12/23/09 @ 11:28
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
À M. Courtois:

Dire que l'ordre constitutionnel de 1982 (même si le Québec ne l'a pas sanctionné) est contraignant, c'est dire une évidence. On n'a effectivement "pas le choix" d'appliquer les décisions des tribunaux, ce qui ne veut pas dire que l'on soit intellectuellement et moralement d'accord avec ces décisions. Personnellement, j'estime par exemple que la décision relative au kirpan est fondée sur de mauvaises raisons.

Dire cela, n'est en rien dire que l'on ne peut débattre du programme ECR.

Il s'agit de deux choses différentes et vous avez tort de conclure: "Il ne peut DONC y avoir de débat sur les programmes". Je ne le pense en rien.

D'ailleurs, depuis la publication du manifeste de Mme Quérin, je n'ai fait que cela: débattre de ce programme sur ce blogue pour contester vigoureusement la thèse que celle-ci défend sur les prétendues visées "multiculturalistes" du programme.

Je constate par ailleurs qu'au regard d'un élément du programme: la liberté de conscience, le débat s'est transporté sur le terrain juridique. J'attends comme tout le monde le verdict des tribunaux.
PermalinkPermalien 12/23/09 @ 13:07

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