Connaissances et compétences : la fin d’un mauvais procès?

01/29/10

Permalink 08:30:45 pm, par Jean-Pierre Proulx,
Catégorie: Discussion

Connaissances et compétences : la fin d’un mauvais procès?

Les reportages d’hier et d’aujourd’hui (1), (2) sur l’entente survenue entre la Commission scolaire de Montréal et l’Alliance des professeurs de Montréal m’ont donné l’impression que c’en était fini de l’ « approche par compétences ». (Et encore davantage par le titre du reportage de ce matin dans La Presse: « Exit les compétences, place aux connaissances) ».

Le texte de l'entente est nettement plus nuancé. On distingue bien l’accent mis sur les connaissances, mais on ne répudie pas le principe du développement des compétences. En voici l'extrait central :

Nous présenterons ici les thèmes pour lesquels il se dégage, pour la CSDM et l’APPM, une base de convergence en lien avec un certain nombre de modifications à proposer au présent modèle d’évaluation des apprentissages.

Évaluation des connaissances

Ce qui prévaut actuellement comme résultat de l’élève est une appréciation du développement de ses compétences.
Nous reconnaissons que l’acquisition des connaissances constitue la pierre d’assise des apprentissages des élèves. En ce sens, leur évaluation doit être prioritaire et fondamentale. Ainsi, l’acquisition des connaissances doit faire l’objet d’une évaluation explicite et continue pour en être témoignée dans le résultat de l’élève.
Nous adhérons au principe que le développement de compétences (savoir-faire) doit reposer sur une solide maîtrise de connaissances (savoirs).

Situations d’évaluation

Les situations d’évaluation, tout en intégrant une ou quelques tâches complexes, devraient néanmoins être conçues de manière à permettre l’évaluation des connaissances, déterminées par le MELS, de manière simplifiée et explicite.
Actuellement, il existe des grilles de correction mais elles ne font pas une place suffisamment explicite à l’évaluation des connaissances. Des grilles de correction adaptées à l’évaluation des connaissances permettraient à l’enseignante et à l’enseignant de porter un jugement sur l’acquisition de celles-ci de façon objective. Ces grilles, utilisées comme référentiels communs, vont permettre d’appuyer le résultat de l’élève tant sur l’acquisition des connaissances que sur le développement des savoir-faire.

Compétences transversales

Les compétences transversales contribuent aux apprentissages faits par les élèves. En ce sens, elles font partie du PFÉQ et bien que nous reconnaissions qu’elles ne nécessitent pas d’évaluation formelle, une façon simple d’en communiquer l’évolution aux parents devra être élaborée.

Cette prise de position commune, dont on perçoit qu’elle a été négociée, me confirme dans ma conviction que la campagne de l’Alliance contre l’ « approche par compétences » n’avait peu, sinon pas du tout à voir avec sa valeur intrinsèque sur le plan conceptuel, mais tout à voir avec son impact sur la tâche des enseignants. Le procès que l’on a fait à cette approche était si intellectuellement mauvais - comme si l’on pouvait dissocier, voire opposer, comme on l’a fait, les compétences de l’apprentissages des connaissances- que le discours de l’Alliance sur ce point n’était tout simplement pas crédible.

En revanche, il est manifeste que cette approche a un impact sur la tâche et en particulier sur les manières de faire en matière d’évaluation. J’en ai moi-même fait l’expérience lorsque, après quatre ans d’absences à l’université, je suis revenu à l’enseignement : c’est plus complexe, plus long, plus difficile, mais, je l’affirme avec conviction, infiniment plus riche au plan pédagogique.

Un syndicat a pour but principal de promouvoir les intérêts de ses membres. L’Alliance a fait son devoir. Mais je trouve, et je le dis comme je le pense, infiniment déplorable qu’elle ait, pour mieux légitimer sa position, utilisé une approche intellectuelle que j’aurais aimé ne pas avoir à qualifier de démagogique.

Cela dit, je reconnais pleinement - comme d’autres avant moi - que la mise en œuvre de l’approche par compétences a connu d’importantes lacunes : il ne suffisait pas de constater sa valeur intrinsèque. Il fallait aussi en évaluer et en prévoir les impacts concrets sur la pratique enseignante, notamment sur l’évaluation des apprentissages. Cela ne fut pas fait, ni suffisamment, ni à temps, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

Pour celles et ceux, au sein de la profession enseignante, qui ont cru au mérite de cette approche, ce qui arrive aujourd’hui - en tout cas, qui en est présenté dans les médias - apparaît comme un retour en arrière, une régression pédagogique.

Je dois hélas constater, depuis 40 ans que j’observe l’évolution de notre système éducatif, que ce n’est pas la première fois.

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
Si j'ai bien compris, l'Alliance associe connaissances et savoir? Pourtant, il me semble qu'il y ait des différences conceptuelles entre connaissances et savoir? Aussi,de ce communiqué, il ressort que l'Alliance s'appuie sur une théorie du savoir de type classique alors que ce n'est pas ce que préconise le Programme.

L'évaluation est certes une responsabilité du personnel enseignant. On ne peut que les encourager à agir dans leur domaine de responsabilités. Toutefois est-il de leur ressort de refondre un programme à partir d'une conceptualisation boîteuse?
PermalinkPermalien 01/30/10 @ 14:09
Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
Vous présumez que les gens de la FAE ont défendu leurs positions dans le but de plaire à leurs membres et de leur éviter du travail. Franchement! Et si c'est parce qu'ils avaient constaté que cette approche ne marchait pas sur le terrain et ne donnait pas les résultats escomptés? Et s'ils avaient livré cette lutte pour les élèves?

Il est lassant de voir les gens accuser constamment les autres de tous les péchés.
PermalinkPermalien 01/30/10 @ 23:23
Commentaire de: M.Poupore [Visiteur] Email
M.Papineau,

à votre avis, l'Alliance a livré cette lutte pour les élèves. J'aimerais comprendre votre affirmation, pouvez-vous élaborer un peu plus à ce sujet?
PermalinkPermalien 02/02/10 @ 08:53
Commentaire de: Luc Papineau [Visiteur] Email
Élaborer quoi?
PermalinkPermalien 02/02/10 @ 18:09
Commentaire de: François Bourdon [Visiteur] · http://www.hyperclasse.com
De quelle façon cela aidera-t-il les élèves?
PermalinkPermalien 02/03/10 @ 11:59
Commentaire de: Sylvain [Visiteur] Email
Pourtant, Monsieur Proulx, une fois que l'on maîtrise assez bien l'évaluation par compétences, cela simplifie plutôt nos tâches.

Malheureusement, plusieurs ont préféré apposer un autocollant "Non à la réforme" sur leur pare-chocs avant même d'ouvrir les nouveaux programmes.

Par ailleurs, la conversion des cotes en pourcentage aura nui, permettant aux réfractaires de faire des moyennes au lieu de porter un jugement professionnel...
PermalinkPermalien 02/24/10 @ 02:02
Commentaire de: Jean-Pierre Proulx [Membre]
M. Sylvain,

Je partage tout à fait votre avis.
PermalinkPermalien 02/24/10 @ 09:09

Laisser un commentaire:

Votre adresse email ne sera pas affichée sur ce site.
Votre URL sera affichée.

Balises XHTML autorisées: <p, ul, ol, li, dl, dt, dd, address, blockquote, ins, del, span, bdo, br, em, strong, dfn, code, samp, kdb, var, cite, abbr, acronym, q, sub, sup, tt, i, b, big, small>
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera PAS révellée.))

Blogue du RAEQ

Adhérer au RAEQ

TopBlogues

Mars 2010
Dim Lun Mar Mer Jeu Ven Sam
 << <   > >>
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31    

Rechercher

Qui est en ligne?

  • Visiteurs: 6

propulsé par
b2evolution