Avertissement: ce texte pourrait choquer certains lecteurs, l'auteur tenait à vous en avertir.

En ouvrant mon ordi en fin de journée vendredi, j'ai pris connaissance d'un message de sur la liste du RÉCIT. L'année scolaire vient tout juste de commencer et déjà le bulletin scolaire a sorti sa laide tête de son terrier. Voici le message en question:

J'aimerais savoir si vous avez eu connaissance d'un document sur les avantages et les désavantages de la note versus la cote dans le bulletin de l'élève (...)

Je suis certain qu'il existe, quelque part, un ou des documents sur la question. Mais, avons nous besoin de documents pour que le gros bon sens fasse son chemin dans ce dossier?

Je crois que le débat sur les notes et les cotes est un faux débat en ce moment au Québec. La note cache beaucoup plus qu'elle ne dit. Est-ce que la cote et sa légende sont vraiment plus parlantes? Je suis loin d'être convaincu et je vais réfléchir à clavier déployé (contraire de voix haute pour un blogue) en espérant que vous vous joindrez à cette grande réflexion.

Dans un premier temps, on peut poser une simple question: à quoi devrait servir le bulletin?

Selon le régime pédagogique, le bulletin devrait faire état des apprentissages de l'élève. Quand on regarde la note, est-ce que cette dernière répond à ce mandat? Est-ce qu'un 75% ou un B, vous dit quelque chose en terme d'apprentissage? Non! Je répète, le mot important ici est apprentissage. La note ou la cote ne nous donne pas un portrait détaillé et clair des apprentissages des élèves.

La note nous donne certains détails. Elle peut nous dire rapidement si ca va bien ou mal. Avec l'aide de la moyenne, elle peut nous dire où se situe l'élève. Mais on ne sait pas grand chose sur le groupe. L'écart type peut nous aider en ce sens, mais on s'éloigne des apprentissages. On ne sait pas de quoi la note est composée. Elle peut être le résultat d'un calcul mathématique complexe ou d'un simple examen à la fin de l'étape. Nous n'en savons rien. Une note peut être le résultat d'un jugement professionnel, mais en ce moment cette tendance est peu répandue au Québec, voir inexistante.

La cote peut-elle nous en dire plus? Elle aussi peut dire, pour une compétence donnée, si ca va bien ou mal. Mais, la cote est étroitement liée à sa légende. C'est elle qui va donner du sens à la cote. Donc, en suivant cette logique, la cote est un peu plus parlante. Elle va nous dire où se situe l'élève dans le développement d'un compétence précise. C'est à ce moment que cela se complique pour les parents. Puisque les compétences se développent pendant toute un vie, comment peut-on expliquer, à l'aide d'une cote seulement, à quel niveau de compétence est rendu un élève à un moment précis. La cote ne dit pas non plus à quel endroit se situe un élève par rapport au reste de son groupe. Il faut mettre en place un autre dispositif pour donner ces renseignements aux élèves et aux parents.

Est-ce que la cote est garante d'un jugement professionnel de l'enseignant? Non pas vraiment! Un enseignant qui suit le processus d'évaluation a plus de chance de nous donner une cote (ou même une note à la limite) issu d'un jugement professionnel. Mais encore ici, ca n'est pas une garantie (5 ans ou 100000 km)... Certains enseignants se torturent en utilisant un système de conversion. On compile une note que l'on transforme en cote qui ne veut absolument rien dire lorsqu'elle est liée à une légende.

Pour qu'une cote dise quelque chose, elle doit être le résultat (sic) d'un processus d'évaluation rigoureux. Elle doit être le jugement professionnel de l'enseignant en lien avec un standard stricte, connu de tous: enseignant, élève, parents, école, commission scolaire et MEQ.

Nous sommes loins de cela en ce moment. Pour l'évaluation soit vraiment au service de l'apprentissage, nous allons devoir élargir le cadre du bulletin. L'information doit circuler plus librement entre l'élève, l'enseignant et les parents. Pour ce faire on ne doit pas se fier uniquement aux bulletins pour donner de l'information sur l'état de l'apprentissage des élèves. A la limite, le bulletin scolaire devrait être la confirmation de ce que l'élève et les parents savent déjà.

J'entends déjà vos questions...Comment allons nous faire cela? On doit voir l'évaluation comme un moment privilégié pour faire prendre conscience à l'élève des apprentissages faits ou non faits. Que l'élève reçoive cette information à l'école est une chose, mais les parents ont le droit de savoir ce qui se passe à l'école aussi.

Grant Wiggins suggère trois éléments à respecter pour une communication efficace entre l'enseignant, l'élève et les parents.

1) Un standart permettant à l'élève de se situer

2) Une compréhension uniforme de la cote ou de la note. C'est-à-dire comprendre ce que ca veut dire ou de quoi la note ou la cote est composée.

3) Un jugement doit être appuyé par des traces.

Je pense qu'il y a dans ces lignes matière à réflexion. Je ne sais pas si j'ai aidé la personne dans ce qu'elle cherchait, mais ca m'a permis de mettre sur le blogue du RECIT une réflexion que j'avais en tête depuis les vacances estivales.