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Les fonctions d’aide et la métacognition : les correcteurs

dimanche 22 mars 2009, par Jean Chouinard

Abordons maintenant la fonction d’aide à la correction en regard de son apport à une démarche métacognitive.

Les correcteurs pour que l’écriture devienne un acte conscient

L’enseignante joue un rôle important comme médiatrice entre l’élève et son texte lors de la phase de révision. Elle lui enseigne des stratégies d’écriture qu’il doit par la suite appliquer dans son processus de rédaction. La difficulté de certains élèves est qu’ils perdent leurs moyens une fois qu’ils sont seuls face à leur feuille. Ils ne se questionnent pas et ne doutent pas de leur texte. C’est là que les aides à la correction peuvent devenir le prolongement médiatique de l’enseignante.

La principale qualité des correcteurs, qu’ils soient orthographiques, grammaticaux ou dysorthographiques, c’est qu’ils agissent comme des agents révélateurs de l’écriture de l’élève. Par leur effet miroir et les moyens d’alerte dont ils disposent, les outils de correction signalent à l’élève des erreurs potentielles l’obligeant conséquemment à faire un temps d’arrêt, un temps de réflexion et de questionnement qui développent chez lui le doute orthographique. Écrire devient alors un acte conscient.

Pour illustrer cet aspect, nous utiliserons un exemple de texte d’élève, écrit à la main, paru dans le journal La Presse, le 7 novembre dernier sous le Titre « Hécatombe orthographique à l’examen du ministère.
La Presse, 7 novembre 2007

"Pour passé le temp, quoi de mieu qu’un bon roman d’anventur ? J’ador m’instalé dans un foduil confordable avec quel que biscuit, du lait et un livre pasionena. Dans mon cartier, ila deux bibliothéque municipal. Hier, j’ai fai ma première visite a la bibliothéque de notre écol."

Voyons comment l’utilisation d’aides à l’écriture aurait pu supporter cet élève dans son processus d’écriture.

Dans cet exemple, nous avons retranscrit le texte de l’élève en l’incorporant dans un traitement de texte avec un correcteur orthographique tel que celui contenu dans les logiciels MicrosoftWord ou OpenOffice. Le soulignement en rouge agit comme signal d’alarme et mobilise l’attention de l’élève sur des fautes d’orthographe potentielles. Ici, notons que l’outil n’est pas parfait, il ne souligne pas les fautes de grammaire. L’enseignante aura au préalable informé l’élève de l’utilité du soulignement en rouge et lui demandera de porter une attention particulière à ce signe puisqu’ils fait office de lumière rouge ou de stop ; lorsqu’il voit ce signe, il doit arrêter et réfléchir. Il s’agit ici d’un temps d’observation qui lui indique d’exercer son jugement critique en se questionnant sur l’orthographe du mot chaque fois qu’il verra ce signe. Il pourra alors se poser les questions suivantes :
- est-ce que j’ai bien écrit mon mot ?
- est-ce que j’ai oublié une lettre ?
- est-ce que j’ai répété une lettre,
- j’identifie le type de mot : nom, verbe, adjectif
- j’identifie le genre de faute : orthographe, grammatical, etc.
- qu’est-ce que je connais de ce mot

Il doit ici mobiliser ses ressources internes.

L’intervenante explique à l’élève qu’une fois qu’il aura modifié le mot, si le soulignement rouge disparaît c’est que le mot est dorénavant bien orthographié.

Si l’élève ne parvient toujours pas à corriger correctement le mot, on lui indique qu’il peut recourir à des ressources externes offertes par le logiciel. Sa nouvelle stratégie consiste alors à se servir du dictionnaire du logiciel. Pour ce faire, il clique sur le mot avec le bouton droit de la souris. Le logiciel propose à l’élève un ou plusieurs mots parmi lesquels il doit choisir. Ce deuxième temps d’arrêt, est un autre temps réflexif et comparatif pour l’élève qui doit puiser de nouveau dans ses connaissances pour les comparer avec les suggestions du logiciel.

Autre temps d’arrêt possible, l’élève peut par la suite se servir d’un correcteur grammatical pour vérifier la règle d’un homophone ou encore d’un correcteur de conjugaison pour vérifier l’accord du verbe ; dans ce dernier cas, il devra exercer son jugement pour choisir la bonne conjugaison parmi les possibilités offertes par le logiciel.

Enfin, il complètera sa démarche de révision avec un correcteur lexical ou syntaxique pour vérifier l’ensemble de sa phrase ou de son paragraphe.

Enfin, pour certains élèves, notamment ceux qui éprouvent des troubles spécifiques de l’écriture, le recours à des logiciels spécialisés d’aide à l’écriture est nécessaire, voire indispensable pour soutenir leur besoin d’écriture. L’utilisation de logiciel de conversion phonème-graphème ou correcteur dysorthographique sera particulièrement utile à l’élève qui a tendance à écrire phonétiquement. Le logiciel traitera le texte de l’élève écrit phonétiquement pour le convertir en un texte plausible sur le plan de l’orthographe et de la grammaire. Évidemment, il faudra que le mot écrit contienne un sens phonétique ; l’aide technologique est puissante, mais pas infaillible.

Ce type d’aide favorise un temps réflexif de comparaison. L’élève peut alors comparer sa production avec la version convertie par le logiciel. L’enseignante demandera à l’élève de comparer chacune des phrases et de relever les différences. L’élève doit par la suite expliquer la règle. Par exemple, il peut se servir d’un correcteur grammatical pour comprendre la différence entre « quel que » et « quelque ». L’élève sera surpris de constater que le logiciel éprouve de la difficulté à traduire certains mots tels « foduil » par « produit », « pasionena » par « parisien de là ». L’enseignante lui expliquera alors qu’un tel écart signale que le mot est très éloigné de son orthographe réelle. L’élève doit alors confronter la phonétique du mot avec son orthographe. Il peut également comparer visuellement l’orthographe des mots « confordable » et « confortable » pour comprendre la distinction phonétique entre un « t » et un « d ».

Certains élèves n’ont pas développé la conscience phonologique du mot. Ainsi, même en relisant plusieurs fois le mot « confordable », ce type d’élève sera convaincu que celui-ci se prononce « confortable ». De même, « pasionena » sera pour lui l’orthographe du mot « passionnant ». Un tel élève peut dorénavant comparer phonétiquement les mots à l’aide d’un logiciel de synthèse vocale (de plus en plus intégré dans des logiciels d’aide à l’écriture) : il s’agit d’un programme informatique qui permet de convertir un texte numérique par une voix synthétisée. Ainsi, lorsqu’une voix synthétique (féminine ou masculine) lira le texte sélectionné « confordable », l’élève vivra un conflit cognitif et phonologique, car il constatera que le mot qu’il a écrit ne correspond pas avec le mot qu’il croyait avoir écrit. L’écart graphème-phonème sera encore plus grand pour le mot « pasionena » qui sera lu comme suit : pazio ne na. Il devra alors décortiquer phonétiquement le mot qu’il a écrit et le comparer avec celui qu’il voulait écrire (ici « passionnant ») pour émettre une hypothèse sur la bonne orthographe du mot.

Notons que l’élève demeure toujours le premier responsable de son texte. Pour chacune des aides présentées, il doit exercer son jugement critique et réfléchir aux options proposées. Ce faisant, il est constamment interpellé pour objectiver sa production.

En autorisant le recours à l’utilisation des aides technologiques, l’enseignante dispose d’un outil didactique qui enrichit la médiation. De plus, elle supporte l’élève dans son effort à développer sa compétence à écrire en lui permettant de recourir non seulement à ses ressources internes, mais également à des ressources externes, les aides technologiques à l’écriture. L’élève bénéficie dorénavant de moyens qui enrichissent son environnement d’apprentissage. La disponibilité des outils, leur proximité et l’instantanéité du recours à ceux-ci prédisposent l’élève à la métacognition. Leur usage stratégique actualise ce processus. Les aides technologiques l’outillent pour devenir un scripteur responsable de son écriture en développant chez lui, le doute orthographique, la conscience phonologique, le jugement critique et la stratégie comparative. Par l’exploitation pédagogique de ces outils, écrire devient alors un acte conscient et réflexif.

Note :
Les exemples illustrés proviennent des logiciels suivants : WordOffice, Antidote, Bon Patron, Médialexie.